Tony Duvert, mort seul à Thoré-la-Rochette

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Tony Duvert © Louis Monier / Gamma

Hier, le quotidien régional La Nouvelle république dans son édition du Loir-et-Cher nous apprenait, en page 4 à la rubrique « Faits de société », la mort de l’écrivain Tony Duvert, né en 1945 et disparu dans un total anonymat, découvert un mois après son décès, des voisins intrigués par une boîte aux lettres qui déborde : « La personne retrouvée sans vie à son domicile hier n’était pas que le vieil homme solitaire que connaissaient les habitants de son village. Ecrivain reconnu nationalement dans les années 70, ses écrits feraient scandale aujourd’hui : il y faisait l’apologie de la pédophilie » lit-on sous la plume de Rémy Maucourt.
Tony Duvert, prix Médicis 1973 pour « Paysage de fantaisie », rappelé à la mémoire d’un public averti en décembre 2005 par l’adaptation de son roman « L’île atlantique » par Gérard Mordillat. A la diffusion du téléfilm sur Arte, interrogée par Daniel Garcia, la journaliste Josyane Savigneau disait de lui : « J’étais persuadée qu’il serait le plus grand écrivain de sa génération. Tony Duvert a disparu un jour, sans même avoir cherché à théoriser son silence. Je rêvais de le rencontrer, évidemment, ça ne s’est pas fait et je ne sais même pas à quoi il ressemble ! Même son éditeur, quand je suis entrée dans le métier, ne correspondait déjà plus avec lui que par lettres ».
Les livres de Tony Duvert, publiés par Jérôme, puis Irène Lindon aux Editions de Minuit (« Récidive », en 1967, puis « Journal d’un innocent », « Quand mourut Jonathan », « Un anneau d’argent à l’oreille » jusqu’à « Abécédaire malveillant » en 1989) continuent de hanter les bonnes librairies, comme ceux d’Hervé Guibert. Personne ne vous les recommande, mais il est rare qu’ils ne soient pas là, à leur place. Une œuvre difficile et délicate, un style flamboyant qui eut, par sa défense de la pédophilie au nom de la liberté des garçons à disposer de leur corps et de leur sexualité, une place à part dans la littérature française et la société de l’après-68. L’écrivain François Nourissier se souvient aussi de lui : « Il vivait dans une cabane au bord d’un étang. C’est tout ce que j’ai pu apprendre, mais après tout, je n’avais pas besoin d’en savoir davantage, je n’ai pas la curiosité des étangs, j’ai celle du style et avec Tony Duvert, je suis servi… La période d’innocence qui s’offrait aux artistes dans les années 70 est révolue : on ne peut plus parler librement de ces choses en ce moment ».
A l’annonce de sa mort, ce matin par un entrefilet dans Libération, je retrouve cette anecdote de Matthieu Galey dans le tome II de son « Journal » : « 1975. 20 mars. Marrakech. Dès l’arrivée ici, on est dans le burlesque. Jean-Pierre Dorian qui organise ce prix depuis vingt-trois ans, est dans tous ses états parce qu’il y a eu un scandale au dîner d’hier. Invité par raccroc, le jeune Tony Duvert a fait un esclandre épouvantable, jetant des bouteilles à la tête des invités, cassant des verres et insultant tout le monde. Au point que le gouverneur qui était du dîner, voulait le coffrer. Motif de ce scandale : Duvert, jeune romancier de gauche, avait reproché à ces vendus capitalistes de se goberger à la Mamounia en suçant le sang du peuple ? Pas du tout. « Il avait tenu, dit Dorian, outré, des propos inadmissibles sur Mozart »… Espérons que le diable, là où il est, en rit encore.

Le site des Editions de Minuit.

Un ancien prix Médicis retrouvé mort, par Rémy Maucourt, La Nouvelle république, jeudi 21 août 2008.

Duvert le scandaleux, par Daniel Garcia, Livres Hebdo, n° 625, 9 décembre 2005.

L’île atlantique, un film de Gérard Mordillat, avec Catherine Jacob, Marianne Basler, Jean-Damien Barbin. (France, 2005, 91mn, Arte France, Archipel 33)

Matthieu Galey, Journal 1974 – 1986, Editions Grasset, 1989.

Une réponse à “Tony Duvert, mort seul à Thoré-la-Rochette”

  1. SH dit :

    On peut parler de ces choses mais on parle de tout, du traumatisme de l’enfant, de ses séquelles. Tony Duvert écrivait très bien, mais il abusait des petits garçons et étaient malheureusement prosélytiste et même politisé. Ce n’était pas des ados, c’était des enfants de 8 ans. C’était donc un criminel, un criminel qui écrivait très bien.

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