Philippe Ridet : souvenirs de charrette à foin

C’est un livre que je lis d’une traite dans le train de retour de Montpellier, puis sur la plage de Sète, dans le compagnonnage qu’on peut avoir avec quelques bons journalistes du Monde dont on ne manquerait pas un seul papier Philippe Ridet comme Raphaëlle Bacqué est de ceux-là. Une année après la présidentielle, il publie « le président et moi » un livre-bilan de ses années à suivre Nicolas Sarkozy dans sa conquête du pouvoir.
Le document est remarquable par la réflexion qu’il offre sur le « cirque » sarkozien (la politique, les rapports ambiguës avec les médias et le grand patronat, la machine à former des symboles qui parle à un large public, les courtisans, les amours et les faiblesses d’un homme dont on ne sait s’il s’aime ou se déteste trop, le feuilleton Cécilia – Anne – Cécilia – Carla ) et la manière dont les journalistes tentent d’échapper à cette « manipulation ». Philippe Ridet, du Parisien au Monde, livre ses carnets de voyages officiels, ses croquis de campagne (jusqu’à ce reportage en Camarque où les journalistes sont entassés sur une charrette à foin, le candidat Sarkozy à cheval) sans chercher moins les révélations qu’à décrire la moulinette dans lesquelles passent les journalistes tout indépendant qu’ils soient.
Alors que les médias font l’objet de critiques sévères sur leur complaisance, qu’on leur reproche d’en dire moins qu’ils ne savent, Philippe Ridet n’a pas peur de montrer ses faiblesses, la connivence qui s’installe sans qu’il n’y puisse rien tout en défendant un métier qu’il aime et dont il s’acquitte avec une vraie conscience, donnant à l’occasion un coup de patte aux bloggers et autres internautes, sans cesse à la recherche d’un scoop ou d’informations croustillantes, prompts à faire le jeu de la rumeur. Un témoignage à méditer…

Philippe Ridet, Le président et moi, Editions Albin Michel.

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