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Archive pour juillet 2008

Olivier Dubois, faune de scène et de sexe

Mardi 15 juillet 2008

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Olivier Dubois © Pascal Gely CDDS Bernand

C’est un échec total et pourtant nous étions quelques-uns prêts à le soutenir, à l’acclamer presque, je dois dire, tant son talent était irradiant dans le « Péplum » de Nasser Martin-Gousset ou dans son précédent spectacle « Tout l’or du monde ». Hortense Archambault et Vincent Baudriller ont accueilli les bras grands ouverts le danseur Olivier Dubois au festival d’Avignon, lui a choisi de se confronter à l’immense et éruptif Njinski, cherchant sans cesse dans l’histoire de la danse, matière à création. En un court-métrage et trois courts spectacles, collés les uns aux autres, il tente donc de réveiller le « Faune » mais aucune émotion ne passe : grandiloquence, maladresse, vulgarité, disons-le, font sombrer le spectacle rapidement dans le néant.
Reste une pépite diablement « Nouvelle Vague » : un film de Christophe Honoré dans lequel le réalisateur de « Dans Paris » revisite avec le concours d’Olivier Dubois ce fameux « Faune » : quatre garçons, en été, jouent au tennis entre les gares de Lyon et d’Austerlitz, espionnés par un homme encore jeune mais trop gros pour rentrer dans leur cercle immature. L’un d’eux s’enhardit et accompagne le voyeur dans un hôtel minable. Pas de sexe, mais un t-shirt de sueur payé très cher feront le bonheur mastubatoire et l’extase du Faune !

En tournée dans la France et en Europe la saison prochaine.

Frère animal : le combat ordinaire

Dimanche 13 juillet 2008

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© F2F Music

D’ordinaire, je dois l’avouer, je fuis ce genre de ce spectacle, toujours désolé par le manque d’humour de ces jeunes créateurs qui se veulent touche-à-tout de génie et d’emblée démiurges sans distance sur leur travail, portés par quelques journalistes négligents qui pensent tirer bénéfice de leur pavillon de complaisance…
Alors, quand il s’en présente un, de belle facture, idéal d’intelligence et d’humour, j’applaudis. C’était le cas, l’autre soir, au Théâtre des Bouffes du nord, dans le cadre du festival « Fragile » (19 juin – 5 juillet), où se produisaient l’étincelant Florent Marchet et sa troupe (l’écrivain timide Arnaud Cathrine, la chanteuse Valérie Leulliot, déjà repérée avec son groupe « Autour de Lucie » et le performiste Nicolas Martel, classieux de perversion) pour le roman chanté « Frère animal ». L’argument ? La vie sans mouvement et tout en dépression, bientôt libératrice de Thibault, petit mec du tertiaire dans une entreprise d’une ville de province. Rien de nouveau, rien de terriblement passionnant, mais ce déjà-vu, déjà-dénoncé est porté par la grâce de Florent Marchet (Gargilesse, Rio Baril) dont la présence sur scène tient d’une certaine magie. Voix en velours, mauvaise humeur engageante et drôlement vacharde, texte de qualité : ne serait-ce cet horrible t-shirt blanc et ce jean rouge mal taillé, on le porterait au pinacle. Mais cela n’est pas important : ce qui compte, c’est cette énergie incroyable qui emporte tout, ses complices et une salle toute entière à lui faire un triomphe. Il revient à l’automne à l’Européen, ne le manquez pas !

Frère animal, Florent Marchet / Arnaud Cathrine, Verticales.
Rio Baril, Florent Marchet, CD Universal-Barclay, 2007

Richard Avedon, portraitiste

Dimanche 13 juillet 2008

« Peu importe comment je me vois mais il est certain que je me considère comme un portraitiste » Richard Avedon

Tom Stroud, Red Owens, Roberto Lopez, Clarence Lippard, Boyd Fortin, Patricia Wilde, Jay Greene, Leonard Ray Blanchard, Peggy Daniels, Juan Patricio Lobato, David Beason, Robert Dixon… Leurs noms ne vous disent absolument rien et cela est tout à fait normal. Au côté de mille célébrités – Charles Chaplin, Marguerite Duras, Björk, Alberto Giacometti, Truman Capote, Andy Warhol et sa factory, Igor Stravinsky, John Galliano – et autres modèles de mode anciens, ils forment la cohorte des gens de peine et de peu de l’Ouest américain photographiés par le célèbre Richard Avedon dont le Jeu de Paume propose aujourd’hui une intéressante rétrospective.
Tout au long de cette exposition, formée de deux grands ensembles, l’un en ouverture et clôture, consacré aux travaux de mode et de mondanités culturelles bien connus, l’autre, à l’étage, dédié à la série « In the american west » développé au début des années 80, court une interrogation sur la perception de l’œuvre du photographe mort en 2004. Loin des mirages de Sunset Boulevard et de la 5e Avenue, la part « documentaire » de son travail semble la plus brillante.
Ils sont grutiers, gouvernante, minier, forain, propriétaire de ranch, cette part de la réalité américaine « profonde », Richard Avedon lui donne le meilleur de lui-même et de sa technique : grand format pour des petits destins, fond blanc ou gris pour libérer les traits et les attitudes sans être perturbé par d’éventuelles mises en scène, expression brute des regards mais souci précis de l’éclairage pour outrer la condition… Les images sont belles et fortes, les poses faussement naturelles. Au milieu de ces portraits, Richard Avedon ose un autoportrait. Lui, aussi, vient de ce terroir. Comme l’aveu, défait, d’un regard sur le monde beaucoup plus impliqué que celui passé à illustrer les pages de Vogue, Egoïste et Harper’s bazaar. Une dépression carabinée, une crise d’identité salutaire au milieu des falbalas et des lumières de cocktail. Salutaire et envoûtant.

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Autoportrait, 1980 © The Richard Avedon Foundation.

Richard Avedon, Photographies 1946 – 2004, Jeu de Paume, Paris, jusqu’au 29 septembre.

Wolfgang Tillmans, dieu en ténèbres

Samedi 12 juillet 2008

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Photocopy, 1994 © Wolfgang Tillmans, Courtesy Galerie Daniel Buchholz, Köln

Wolfgang Tillmans est de retour ! Sans conteste l’un des plus grands photographes européens, il a reçu le prestigieux Turner Prize britannique en 2000, « documentant » le mieux notre époque contemporaine dans ses marges et ses engagements. Il expose cet été à Berlin. Nous y reviendrons. Une belle image de cette rétrospective exceptionnelle en attendant.

Lighter, Wolfgang Tillmans, Hamburger Bahnof, Berlin, jusqu’au 24 août.

Danielle Darrieux : ma baronne bien-aimée

Samedi 12 juillet 2008

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Danielle Darrieux dans « Une chambre en ville » © DR

Dans son journal de la semaine dans Libération, le critique Michel Boujut rend visite à Agnès Varda qui termine ces jours-ci le montage de son autobiographie « Les plages d’Agnès » (sortie décembre 2008). On y apprend également que Rosalie Varda, sa fille, travaille à l’édition intégrale des films de Jacques Demy en DVD. Un grand bonheur en perspective : enfin, retrouvée, Danielle Darrieux en Mme Langlois, baronne déchue, portée sur la bouteille d’ »Une chambre en ville », Dominique Sanda, nue sous son manteau de fourrure et d’autres films encore : « Parking », japonaiserie fragile complètement oubliée avec Marie-France Pisier, Jean Marais, Laurent Malet et Francis Huster, « Trois places pour le 26″ Mathilda May bondissante et Montand dansant sur les marches de la gare Saint-Charles à Marseille, Jeanne Moreau tout en Cardin dérivant sur la « Baie des Anges », Anouk Aimée dans un « Model shop » seventies à Los Angeles et « Lola » à Nantes…

Intégrale Jacques Demy, novembre 2008, Ciné-Tamaris, Arte.

Jacques Demy ou les racines du rêve, Jean-Pierre Berthomé, Editions de l’Atalante (réédition, 1996).

Julien Doré, l’erstaz de convoitise

Jeudi 3 juillet 2008

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Julien Doré © L’Express Style

Qu’y a-t-il à retenir de l’album tant attendu de Julien Doré ? Pas grand chose. Beaucoup de bruit, de pose et d’encre pour rien. Un peu de talent, encore de l’humour pour emballer une production à la hauteur des enjeux économiques, bien sûr. Pourtant, les chansons se fanent les unes derrières les autres. Des notes de déjà entendu, tellement désinvoltes, calculées au millimètre près du bon goût qu’on en reste sur sa faim. Désolé, le garçon a du charme, une race et de jolis refrains mais tout cela tourne à vide comme ses portraits de papiers glacés où il sert de porte-manteau à tout ce que la France compte de créateurs mode…

Singing with Arthur H

Jeudi 3 juillet 2008

Naturellement il est un homme du monde. Je l’avais quelque peu abandonné ces dernières années à sa « Négresse blanche » et voilà qu’il revient avec un album magnifique intitulé « L’homme du monde » qui le place parmi les meilleurs éléments de la nouvelle chanson française. Je ne reviendrai pas sur sa lignée (à laquelle il rend un subtil hommage sur le titre « Cosmonautes père et fils »), juste marquer d’un court signe la sortie de ce bel album. Bien sûr, « Dancing with Madonna », hilarante parodie de la dame qui a quatre minutes pour sauver le monde, que l’on entend sur quelques radios mais surtout les chansons « Si tu m’aimes », « Naissance d’un soleil », « Mon nom est Kevin B. ». Elégance des compositions et orchestrations, texte à la malice déroutante, voix de crooner en harmonie : une réussite jusque dans la pochette du disque réalisée par Laurent Seroussi !

L’homme du monde, Arthur H (Polydor)
En tournée dans toute la France cet été et à l’automne.

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Arthur H © DR

Les belles mécaniques de Mathias Malzieu

Jeudi 3 juillet 2008

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© DR

Je suis passé à côté cet automne et je le découvre avec un retard qui n’a d’égal que le plaisir à le passer en boucle. Le disque a traîné parmi tant d’autres et, par le plus simple des hasards, est réapparu sur la pile. Impossible d’en décoller l’oreille désormais. Un travail remarquable où toute une troupe donne le meilleur d’elle-même emmenée par la maestria de Mathias Malzieu et son groupe Dionysos : Emilie Loizeau, Olivia Ruiz, Grand Corps Malade, Arthur H et, excusez du peu, Jean Rochefort, Rossy de Palma et Eric Cantona en guest-stars. L’histoire à vous de la découvrir : il est, entre autres, question d’un coeur fragile amoureux de la délicieuse Miss Acacias, défié par le dangereux Joe, bientôt borgne mais pas pour autant moins amoureux. Et encore d’un singulier hamster prénommé Cunnilingus qui semble faire le bonheur des dames !
Aux dernières nouvelles, Mathias Malzieu travaille avec Luc Besson à l’animation de ses beaux personnages enchantés pour un film à venir en 2009 ou 2010. Déjà, une pointe d’impatience !

La mécanique du coeur, Dionysos, 2007 (CD Barclay)
La mécanique du coeur, un roman de Mathias Malzieu, (Flammarion, 2007)

Son excellence monsieur mon voisin

Jeudi 3 juillet 2008

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André Manoukian © Paris Première

Combien connaissons-nous d’André Manoukian ? L’homme de divertissement à la télévision ? Le pianiste pédagogue ? Le ping-pongiste amusant de Libération ? Le mélodiste astucieux des rares et belles chansons de Liane Foly avant qu’elle ne sombre dans la variété de baloche ? L’auteur d’une maladroite « Mécanique des fluides » aux Editions Michel Lafon ? Mon voisin, admirateur secret de Christian Oster, Gilles Deleuze et Jean-Philippe Toussaint ? Il en apparaît aujourd’hui un nouveau. Ou est-ce simplement une bienheureuse réapparition ? André Manoukian sort ces jours-ci un album instrumental, classé dans les bacs au rayon jazz. Son titre ? Inkala. Douze variations mélodieuses et easy listening sur des thèmes arméniens traditionnels arrangés par Manoukian qui retrouve ici ses premières amours de pianiste. Cela sonne juste, cela sonne bien dans la simplicité d’une soirée d’été.

Inkala, André Manoukian, 2008 (EMI)

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