Faut-il aimer Jack Lang ?

lang.jpg
Jack Lang © Reuters

Il est de ces hommes politiques dont nul ne doute qu’il renaîtra des cendres du Parti socialiste ou plus prosaïquement de son vote avec les élus de droite et du centre en faveur de la réforme des institutions. D’ailleurs, passé les propos de quelques ayatollahs (navrant Jean-Marc Ayrault, minable Julien Dray), les éléphants, ainsi qu’on les appelle, sont tous partis en vacances. Jack Lang est populaire. Jack Lang incarne les derniers feux d’un mitterrandisme heureux, festif et ouvert sur le monde. Une utopie de mai 1981 que plus personne – encore moins les jeunes pousses du parti – ne sait entretenir.
Badinter s’auto-panthéonisant années après années, Bérégovoy suicidé, Rocard ringardisé, Delors et Mauroy statufiés, Fabius impopulaire, Jospin et Delanoë empêtrés dans leur « droit d’inventaire », les fidèles Mermaz, Joxe, Emmanuelli, Quilès, Cresson oubliés, Aubry et Hollande oublieux, seule brille encore chez Ségolène Royal la flamme du président Mitterrand. Est-ce pour en être l’unique usufruitière qu’elle s’est montré si féroce avec Jack Lang, citant l’homme de Jarnac et osant le mot de trahison ? Elle s’en expliquera dans un prochain livre qui lui permettra une tournée promotionnelle où elle croit toujours être en campagne présidentielle.
Jack Lang est déjà ailleurs. A Mykonos, à Johannesbourg, à Bonnieux dans le Luberon avec femme et petites-filles, rêvant peut-être de ce maroquin qu’il n’aura jamais, condamné à servir avec un certain talent « l’intelligence ». Un ministère régalien. La Justice bien sûr, lui le professeur de droit. Le Quai d’Orsay et ses affaires étrangères que son ami Kouchner obtiendra au prix, lui, d’une trahison de ses idéaux et engagements. Qu’a-t-il négocié avec le Président Sarkozy contre sa voix ? Le titre de premier « Défenseur des droits », inscrit désormais dans la constitution ? Cela paraît soudain misérable. Les promesses n’engagent en politique que ceux qui les reçoivent selon le mot de Charles Pasqua.
Alors, bien sûr, on lui garde un attachement. Pour Mitterrand. Pour ces années belles d’utopies. Pour ces quelques rencontres : lors de l’euro-pride en 1995 sur la plateforme du plasticien Jean-Michel Othoniel qui photographiait les militants un collier rouge autour du cou, dans l’atelier de Fabrice Hyber, dans le Finistère lors d’une inauguration, lors d’un hommage à Mitterrand place de la Bastille… Et cette fois encore : nous étions rue de Valois, avec l’un de ses conseillers. Soudain, le ministre ouvre la porte, s’excuse, puis s’attarde tout en nouant sa cravate. Non, il ne peut accepter notre invitation. Le festival se tient à la Pentecôte. A cette date, il a un autre rendez-vous. A Solutré.

Une réponse à “Faut-il aimer Jack Lang ?”

  1. Karine dit :

    Avec toi, le mitterrandisme fleure bon la violette, les souvenirs sépia dans des halos dorés, les collines douces et la nostalgie des personnages historiques. Tu me réconcilierais presque avec Jack Lang… Mais presque seulement. Bel article au demeurant.

Laisser un commentaire