Berlin dans le jardin du bien et du mal

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© DR

Il est midi. Berlin. Près de la porte de Brandebourg, on déjeune, on écrit quelques cartes postales, on profite du soleil orageux d’Europe de l’Est. Direction le Mémorial aux juifs assassinés d’Europe, construit par l’architecte américain Peter Eisenman sur une esplanade près du Tiergarten, où caché sous la terre se cachait jusqu’en 1945 le bunker de Joseph Goebbels, l’homme de propagande d’Adolf Hitler.
Inauguré en 2005 pour le 60e anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, sa construction provoqua bien des polémiques – sur l’idée même du mémorial puis sur le produit utilisé pour empêcher les tags sur la pierre, fabriqué par une firme Degussa, dont l’une des filiales fabriquait le gaz zyklon B de sinistre mémoire. J’avais découvert, en construction, cet ensemble hypnotique de petites et gigantesques pierres tombales noires, comme un monumental cimetière à ciel ouvert. Je voulais le voir terminé. Il est magnifique. Mais pourquoi laisse-t-on les enfants y courir comme au jardin d’enfants, les adolescents en cohorte de voyages linguistiques s’y embrasser et les plus âgés s’y photographier comme devant une statue de Niki de Saint-Phalle ou les colonnes de Buren ? Ce lieu impose le respect et la dignité comme ultime hommage aux 4,2 millions de juifs exterminés dont le Musée du Judaïsme de Berlin conte, un peu plus loin, avec une louable pédagogie, la vie et celle de leurs ancêtres dans la relation singulière que la communauté juive entretient avec le peuple allemand. Dans le cœur de métal du Musée du Judaïsme résonne la souffrance noire de lave du Mémorial. Ne l’oublions pas, respectons-les.

Une réponse à “Berlin dans le jardin du bien et du mal”

  1. Dominique dit :

    Ce lieu, comme tant d’autres de par le monde, impose le respect, cela va sans dire. Laisse-t-on les enfants courir dans les musées, églises, mosquées, synagogues, temples et autres lieux de culte ? Il semble que non… Cela étant, si les enfants courent, si des amoureux s’embrassent, si des aînés se prennent en photo, cela signifie qu’ils sont en mesure de le faire pour d’autres que la barbarie a anéanti. Cela signifie aussi que la Vie a pris le dessus… Comme la terre renaît de ses cendres, les jardins refleurissent. C’est la victoire des disparus que la Vie ait finalement triomphé. Que les chants des enfants s’élèvent alors, on chante bien lors des funérailles, en célébrant la mémoire du défunt… Que les enfants courent pendant que les amoureux s’embrassent… Qu’ils profitent de l’insouciance de leur âge, puisqu’ils le peuvent aujourd’hui… Quoi qu’ils fassent ou ne fassent pas, cela ne change rien au triste sort des martyrs… Mais dans le for intérieur de chacun d’entre-nous, puissions-nous seulement nous souvenir.

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