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Archive pour 27 juillet 2008

Douglas Gordon : dialogues d’images

Dimanche 27 juillet 2008

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© Douglas Gordon

Tout Douglas Gordon en Avignon ! Le galeriste Yvon Lambert a confié son hôtel particulier à l’artiste écossais Douglas Gordon. Tenant « de la jeune scène britannique propulsée sur la scène internationale dans les années 1990, il est, après Robert Rauschenberg dans les années 1960, le second artiste à avoir eu le privilège d’être exposé au MOMA avant l’âge de quarante ans.
 Fidèle de la Collection Lambert et d’Avignon où il séjourne chaque été depuis dix ans, Douglas Gordon a proposé une exposition conçue comme un bilan personnel et une aventure humaine. Comme dans un cabinet de curiosité ou un laboratoire anatomique, où les œuvres se répondent en écho — vidéos, séries photographiques, pièces de texte, vanités contemporaines, références aux maîtres du passé —, le musée est totalement méconnaissable, métamorphosé de la cour aux salles d’exposition » nous promet le dossier de presse de cette rétrospective joliment intitulée « Où se trouvent les clefs ? ». Las, conquis par les premières salles où éblouissent vanités étoilées, éléphants en apesanteur et une superbe installation, au dernier étage, mêlant vidéos et citations inspirées (« from the moment you read these words until you see someone with blue eyes ») dans une atmosphère de brume envoûtante, la suite de la « trajectoire Gordon » perd rapidement de sa tenue. Les salles se succèdent sans qu’on ne parvienne à fixer un sens, saisir une démarche sûre et reconnaître les obsessions véritables du lauréat du Turner Prize 96. Décevant.

Où se trouvent les clefs ?, Douglas Gordon, Collection Lambert en Avignon, jusqu’au 2 novembre 2008.

Le site de Douglas Gordon.

Malick Sidibé à chemises ouvertes

Dimanche 27 juillet 2008

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Regardez-moi ! © Malick Sidibé

Une nouvelle réussite de la maison Steidl. « Chemises », le dernier recueil d’images de Malick Sidibé vaut absolument le détour pour sa mise en page d’un réalisme rare. Sur ses photographies classées dans des chemises pastel annotées de sa main, tout le Mali danse, se réunit pour fêter une promotion, une naissance. Et c’est la vie d’une belle jeunesse malienne qui défile sous nos yeux : Bamakoises élégantes patron grand couturier taillé dans des wax d’importation hollandaise, hommes respectables de Koulikoro en costume de ville s’encanaillant au son des yéyés locaux…
À la fin des années 50, dans un Mali nouvellement indépendant, Malick Sidibé se passionne pour la photographie. En 1962, il ouvre le « Studio Malick », où il fixe, en noir et blanc, des habitants de la capitale : jeunes poseurs, danseurs de boîtes de nuit et de surprises-parties, promeneurs des bords du Niger. Les tirages sont collés sur des chemises et exposés pour que les clients puissent faire leur choix. Nombre de ceux que Malick Sidibé a immortalisés vivent encore à Bamako. Dans un documentaire de Cosima Spender et d’Emiliano Battista diffusé ces jours-ci sur ARTE, ils racontent les séances avec le photographe, mais aussi la vie quotidienne et l’évolution du Mali depuis les années 60. Âgé aujourd’hui de 73 ans, le magistral Sidibé a reçu en 2007 un Lion d’or à la Biennale de Venise, pour l’ensemble de son oeuvre.

Chemises, Malick Sidibé, Editions Steidl, 2008.

Malick Sidibé, La dolce vita africana, un documentaire de Cosima Spender et Emiliano Battista (GB, 2007, 60 mn). Rediffusions sur Arte, le 21 juillet à 5h00, le 30 à 5h00.

Faut-il aimer Jack Lang ?

Dimanche 27 juillet 2008

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Jack Lang © Reuters

Il est de ces hommes politiques dont nul ne doute qu’il renaîtra des cendres du Parti socialiste ou plus prosaïquement de son vote avec les élus de droite et du centre en faveur de la réforme des institutions. D’ailleurs, passé les propos de quelques ayatollahs (navrant Jean-Marc Ayrault, minable Julien Dray), les éléphants, ainsi qu’on les appelle, sont tous partis en vacances. Jack Lang est populaire. Jack Lang incarne les derniers feux d’un mitterrandisme heureux, festif et ouvert sur le monde. Une utopie de mai 1981 que plus personne – encore moins les jeunes pousses du parti – ne sait entretenir.
Badinter s’auto-panthéonisant années après années, Bérégovoy suicidé, Rocard ringardisé, Delors et Mauroy statufiés, Fabius impopulaire, Jospin et Delanoë empêtrés dans leur « droit d’inventaire », les fidèles Mermaz, Joxe, Emmanuelli, Quilès, Cresson oubliés, Aubry et Hollande oublieux, seule brille encore chez Ségolène Royal la flamme du président Mitterrand. Est-ce pour en être l’unique usufruitière qu’elle s’est montré si féroce avec Jack Lang, citant l’homme de Jarnac et osant le mot de trahison ? Elle s’en expliquera dans un prochain livre qui lui permettra une tournée promotionnelle où elle croit toujours être en campagne présidentielle.
Jack Lang est déjà ailleurs. A Mykonos, à Johannesbourg, à Bonnieux dans le Luberon avec femme et petites-filles, rêvant peut-être de ce maroquin qu’il n’aura jamais, condamné à servir avec un certain talent « l’intelligence ». Un ministère régalien. La Justice bien sûr, lui le professeur de droit. Le Quai d’Orsay et ses affaires étrangères que son ami Kouchner obtiendra au prix, lui, d’une trahison de ses idéaux et engagements. Qu’a-t-il négocié avec le Président Sarkozy contre sa voix ? Le titre de premier « Défenseur des droits », inscrit désormais dans la constitution ? Cela paraît soudain misérable. Les promesses n’engagent en politique que ceux qui les reçoivent selon le mot de Charles Pasqua.
Alors, bien sûr, on lui garde un attachement. Pour Mitterrand. Pour ces années belles d’utopies. Pour ces quelques rencontres : lors de l’euro-pride en 1995 sur la plateforme du plasticien Jean-Michel Othoniel qui photographiait les militants un collier rouge autour du cou, dans l’atelier de Fabrice Hyber, dans le Finistère lors d’une inauguration, lors d’un hommage à Mitterrand place de la Bastille… Et cette fois encore : nous étions rue de Valois, avec l’un de ses conseillers. Soudain, le ministre ouvre la porte, s’excuse, puis s’attarde tout en nouant sa cravate. Non, il ne peut accepter notre invitation. Le festival se tient à la Pentecôte. A cette date, il a un autre rendez-vous. A Solutré.

Berlin dans le jardin du bien et du mal

Dimanche 27 juillet 2008

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© DR

Il est midi. Berlin. Près de la porte de Brandebourg, on déjeune, on écrit quelques cartes postales, on profite du soleil orageux d’Europe de l’Est. Direction le Mémorial aux juifs assassinés d’Europe, construit par l’architecte américain Peter Eisenman sur une esplanade près du Tiergarten, où caché sous la terre se cachait jusqu’en 1945 le bunker de Joseph Goebbels, l’homme de propagande d’Adolf Hitler.
Inauguré en 2005 pour le 60e anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, sa construction provoqua bien des polémiques – sur l’idée même du mémorial puis sur le produit utilisé pour empêcher les tags sur la pierre, fabriqué par une firme Degussa, dont l’une des filiales fabriquait le gaz zyklon B de sinistre mémoire. J’avais découvert, en construction, cet ensemble hypnotique de petites et gigantesques pierres tombales noires, comme un monumental cimetière à ciel ouvert. Je voulais le voir terminé. Il est magnifique. Mais pourquoi laisse-t-on les enfants y courir comme au jardin d’enfants, les adolescents en cohorte de voyages linguistiques s’y embrasser et les plus âgés s’y photographier comme devant une statue de Niki de Saint-Phalle ou les colonnes de Buren ? Ce lieu impose le respect et la dignité comme ultime hommage aux 4,2 millions de juifs exterminés dont le Musée du Judaïsme de Berlin conte, un peu plus loin, avec une louable pédagogie, la vie et celle de leurs ancêtres dans la relation singulière que la communauté juive entretient avec le peuple allemand. Dans le cœur de métal du Musée du Judaïsme résonne la souffrance noire de lave du Mémorial. Ne l’oublions pas, respectons-les.