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Archive pour 15 juillet 2008

Intimité de femmes à Saint-Pétersbourg

Mardi 15 juillet 2008

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© Françoise Huguier

Souvenirs d’un dimanche d’il y a longtemps dans sa maison-atelier de la rue des Pyrénées. Poulet pommes de terre et deux belles heures d’une conversation comme sa vie au long cours. Françoise Huguier, femme de fort caractère, photographe et beaucoup plus encore : arrière-petite fille d’illustres brodeurs bretons, enfance d’amazone en Asie, des journées entières perdues dans les arbres de caoutchouc qui inspirèrent le film « Indochine » de Régis Wargnier et fascinèrent Catherine Deneuve, amoureuse de l’Afrique et de ses artistes, initiatrice de la Biennale photo de Bamako, mamma photographe d’une tribu de femmes d’ici et d’ailleurs (Barbès – Bamako – Saint-Pétersbourg) dont elle saisit avec pudeur et impudeur l’intimité, une des rares photographes de mode françaises à faire la couverture du prestigieux New York Times. Et puis cette voluptueuse couverture métissée de Télérama pour un des derniers Noël chrétien de la publication avant qu’elle ne se vende aux laïcards du Monde. Voilà pour moi, ce sont tous ses petits cailloux de couleur, Françoise Huguier. Elle est, elle aussi, à Arles, de retour de Saint-Pétersbourg, pour son ami et complice Christian Lacroix. Une descente aux enfers des appartements communautaires de Saint-Pétersbourg, d’où elle emporte la plus belle fleur, Natacha, d’où elle raconte la pauvreté, le rien qu’ici on parvient à recycler, la ruine qui fait office d’ordinaire et de salut… Et des arbres, encore, enneigés dans le ciel lourd de Russie.

Françoise Huguier, Kommunalka, Atelier de maintenance, Arles, jusqu’au 14 septembre.

Tim Walker aux mains d’argent

Mardi 15 juillet 2008

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© Tim Walker

Ce sont des univers de peu de choses qui se transforment en monts et merveilles de pays de pacotille. Ce sont des êtres d’aujourd’hui qui ferment les yeux et voient leur réalité devenir un rêve de pastel, de végétation grandissant et luxuriante dans la baignoire. Ce sont des garçons de bohème qui portent sur leurs visages la lumière d’un arc-en-ciel. Ce sont encore mille créatures célestes que Tim Walker invente avec une puissance inégalée. Au jeu de la découverte, Christian Lacroix, maître des couleurs, nous fait un beau cadeau avec cette exposition des photographies du britannique Tim Walker. Sage et fou à la fois !

Tim Walker, Images du pays des merveilles, Atelier de maintenance, Arles, jusqu’au 14 septembre.

Pierre Gonnord : plus vrai que peinture

Mardi 15 juillet 2008

Un éblouissement. Un seul et intense. Les photographies de Pierre Gonnord. Des grands formats de visage hérités de tant de siècles de peintures et d’humanité. Des hommes et des femmes en marge dont les visages parchemins disent le monde entier, les guerres, les conflits, les populations déplacées, les mélanges, la douleur et l’exclusion. Teints mordorés, race et folie mélangées, balafre de l’existence et candeur de l’enfance, il y a du Christ, il y a de l’Evangile page à page, photographie après photographie, comme un monde de violence sans cesse perpétué.

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© Pierre Gonnord

Pierre Gonnord, Sous la peau, Ateliers des forges, Arles, jusqu’au 14 septembre.

Richard Avedon : un étrange poème d’adieux

Mardi 15 juillet 2008

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© The Richard Avedon Foundation

Avedon, encore et toujours. Après la rétrospective du jeu de Paume, il est utile de découvrir les dernières images de mode et de mort données par Richard Avedon au New Yorker. Dans cette publication des intellectuels de la côte Est, Richard Avedon dit le 6 novembre 1995 adieu au monde de la mode par un conte cruel réalisé à grands frais. Mme et M. Comfort, une mannequin ravissante et un squelette, fort expressif, se donne la réplique en une trentaine de tableaux où le monde court à sa perte et à sa destruction. Les images sont remarquables de grâce et le conte provoquant tourne à la désolation comme un ultime reniement de Richard Avedon à ce métier qui fit de lui un roi…

Richard Avedon, En souvenir des regrettés M. et Mme Comfort, Cloître Saint-Trophisme, Arles, jusqu’au 31 août.

Patrick Swirc : par temps Claire…

Mardi 15 juillet 2008

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Claire Castillon © Patrick Swirc

Avons-nous droit de le dire et de révéler un secret qui semble de polichinelle ? Le photographe Patrick Swirc aime à s’en damner l’écrivaine Claire Castillon (Je prends racine, La reine Claude, On n’empêche pas un petit coeur d’aimer, tous publiés chez Fayard). Il y a quelques années, elle fit tourner le coeur d’un autre Patrick, grande icône télé-ménagère désormais sur le retour. Patrick Swirc aurait du s’en méfier mais peut-être pas non plus… Puisqu’il hurle à Arles son amour défait dans un journal photographique de belle tenue. Deux mois de douleur sentimentale furieusement domptée par la photographie. A découvrir.

Patrick Swirc, lettre à Claire, Atelier des forges, Arles, jusqu’au 14 septembre…

Samuel Fosso, le caméléon

Mardi 15 juillet 2008

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Détail © Samuel Fosso

Il navigue entre Pierre et Gilles et Malick Sidibé, se transformant d’une photographie l’autre en sosie de Senghor ou de Malcom X, parfois même en grande dame de chez Tati. Sur l’une de ses photographies, parmi les plus anciennes, où il se met déjà en scène, il est dit : « Vous serez beau, chic, délicat et facile à reconnaître ». Un vrai crédo pour le performer photographe camerounais Samuel Fosso qui fit l’an passé les belles heures des Rencontres photographiques de Bamako.

Samuel Fosso, Atelier des forges, jusqu’au 14 septembre.

Grégoire Korganow : les femmes d’à côté

Mardi 15 juillet 2008

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© Grégoire Korganow

Il est photographe de mode, saisissant des instants chics. Il est aussi photographe. Tout court. Il porte en lui des images et des combats. Des océans de larmes contenues, des malheurs qui vont par deux, par trois. A Arles, au côté de ses photographies de mode, Grégoire Korganow, invité par Christian Lacroix, livre un reportage émouvant sur la condition des femmes et des familles d’hommes emprisonnés. Emporté par la réalisatrice Stéphane Mercurio pour un documentaire, il est resté attaché à plusieurs d’entre elles. Des femmes amoureuses qui feraient le tour de France pour quelques minutes de parloir, des enfants déménageurs au gré des transferts de leur père abandonnant à chaque fois copains et petites copines dans le malheur familial, des femmes qui pleurent, le regard accroché au mur d’enceinte de la prison où elles viennent en cachette guetter un signe, l’assurance qu’à l’intérieur, cela va. Des femmes dignes et exemplaires.

Grégoire Korganow, A côté, Atelier de mécanique, Arles, jusqu’au 14 septembre.

Arles, idéale cité de la photographie

Mardi 15 juillet 2008

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Le projet de Frank Gehry © DR

N’en déplaise à certains, pointant avec talent un certain classicisme, l’édition 2008 des Rencontres internationales de la photographie d’Arles était un cru élégant. Dirigées par Christian Lacroix, elles offraient la part belle aux plaisirs esthétiques et à la diversité faisant se côtoyer pêle-mêle photographie vestimentaire et regards acérés sur le monde. Et comme, il est heureux de ne pas être un monolithe, nous pouvions naviguer de Françoise Huguier à Charles Fréger, passer ensuite de Patrick Swirc à John Demos, du caméléon Samuel Fosso à Richard Avedon ou Grégoire Korganow. Nous saluions au passage d’attrayantes Cocottes du siècle passé en oubliant quelques ennuyeux (Paolo Roversi, Guido Mocafico version nature très morte, Jean-Christian Bourcart sans intérêt) et fâcheux (Grégoire Alexandre, Georges Tony Stoll) pour ne retenir que le meilleur (Tim Walker, Pierre Gonnord, Pieter Hugo, Paul Facchetti).
Arles a la photographie au cœur : à preuve, ce projet grandiose de la Fondation Luma imaginé avec l’architecte Frank O. Gehry pour réhabiliter les anciens ateliers désertés par la SNCF en une immense cité de l’image rassemblant lieux culturels et commerciaux, espaces d’expositions et d’archives, le bureau et les ateliers des Rencontres d’Arles, les éditions Actes Sud, l’Ecole nationale supérieure de la photographie, un cinéma et une nouvelle gare ! Des voix se font déjà entendre contre le projet. Espérons que tous réussiront à s’entendre tant le projet a de l’ambition et un geste architectural peu commun à une ville dont beaucoup se demandent chaque printemps si elle réussira à sortir de son hibernage – c’est que c’est triste, Arles, l’hiver, par temps gris, de pluie ou de violent mistral !

Olivier Dubois, faune de scène et de sexe

Mardi 15 juillet 2008

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Olivier Dubois © Pascal Gely CDDS Bernand

C’est un échec total et pourtant nous étions quelques-uns prêts à le soutenir, à l’acclamer presque, je dois dire, tant son talent était irradiant dans le « Péplum » de Nasser Martin-Gousset ou dans son précédent spectacle « Tout l’or du monde ». Hortense Archambault et Vincent Baudriller ont accueilli les bras grands ouverts le danseur Olivier Dubois au festival d’Avignon, lui a choisi de se confronter à l’immense et éruptif Njinski, cherchant sans cesse dans l’histoire de la danse, matière à création. En un court-métrage et trois courts spectacles, collés les uns aux autres, il tente donc de réveiller le « Faune » mais aucune émotion ne passe : grandiloquence, maladresse, vulgarité, disons-le, font sombrer le spectacle rapidement dans le néant.
Reste une pépite diablement « Nouvelle Vague » : un film de Christophe Honoré dans lequel le réalisateur de « Dans Paris » revisite avec le concours d’Olivier Dubois ce fameux « Faune » : quatre garçons, en été, jouent au tennis entre les gares de Lyon et d’Austerlitz, espionnés par un homme encore jeune mais trop gros pour rentrer dans leur cercle immature. L’un d’eux s’enhardit et accompagne le voyeur dans un hôtel minable. Pas de sexe, mais un t-shirt de sueur payé très cher feront le bonheur mastubatoire et l’extase du Faune !

En tournée dans la France et en Europe la saison prochaine.