Richard Avedon, portraitiste

« Peu importe comment je me vois mais il est certain que je me considère comme un portraitiste » Richard Avedon

Tom Stroud, Red Owens, Roberto Lopez, Clarence Lippard, Boyd Fortin, Patricia Wilde, Jay Greene, Leonard Ray Blanchard, Peggy Daniels, Juan Patricio Lobato, David Beason, Robert Dixon… Leurs noms ne vous disent absolument rien et cela est tout à fait normal. Au côté de mille célébrités – Charles Chaplin, Marguerite Duras, Björk, Alberto Giacometti, Truman Capote, Andy Warhol et sa factory, Igor Stravinsky, John Galliano – et autres modèles de mode anciens, ils forment la cohorte des gens de peine et de peu de l’Ouest américain photographiés par le célèbre Richard Avedon dont le Jeu de Paume propose aujourd’hui une intéressante rétrospective.
Tout au long de cette exposition, formée de deux grands ensembles, l’un en ouverture et clôture, consacré aux travaux de mode et de mondanités culturelles bien connus, l’autre, à l’étage, dédié à la série « In the american west » développé au début des années 80, court une interrogation sur la perception de l’œuvre du photographe mort en 2004. Loin des mirages de Sunset Boulevard et de la 5e Avenue, la part « documentaire » de son travail semble la plus brillante.
Ils sont grutiers, gouvernante, minier, forain, propriétaire de ranch, cette part de la réalité américaine « profonde », Richard Avedon lui donne le meilleur de lui-même et de sa technique : grand format pour des petits destins, fond blanc ou gris pour libérer les traits et les attitudes sans être perturbé par d’éventuelles mises en scène, expression brute des regards mais souci précis de l’éclairage pour outrer la condition… Les images sont belles et fortes, les poses faussement naturelles. Au milieu de ces portraits, Richard Avedon ose un autoportrait. Lui, aussi, vient de ce terroir. Comme l’aveu, défait, d’un regard sur le monde beaucoup plus impliqué que celui passé à illustrer les pages de Vogue, Egoïste et Harper’s bazaar. Une dépression carabinée, une crise d’identité salutaire au milieu des falbalas et des lumières de cocktail. Salutaire et envoûtant.

avedon31.jpg
Autoportrait, 1980 © The Richard Avedon Foundation.

Richard Avedon, Photographies 1946 – 2004, Jeu de Paume, Paris, jusqu’au 29 septembre.

Laisser un commentaire