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Archive pour 13 juillet 2008

Frère animal : le combat ordinaire

Dimanche 13 juillet 2008

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© F2F Music

D’ordinaire, je dois l’avouer, je fuis ce genre de ce spectacle, toujours désolé par le manque d’humour de ces jeunes créateurs qui se veulent touche-à-tout de génie et d’emblée démiurges sans distance sur leur travail, portés par quelques journalistes négligents qui pensent tirer bénéfice de leur pavillon de complaisance…
Alors, quand il s’en présente un, de belle facture, idéal d’intelligence et d’humour, j’applaudis. C’était le cas, l’autre soir, au Théâtre des Bouffes du nord, dans le cadre du festival « Fragile » (19 juin – 5 juillet), où se produisaient l’étincelant Florent Marchet et sa troupe (l’écrivain timide Arnaud Cathrine, la chanteuse Valérie Leulliot, déjà repérée avec son groupe « Autour de Lucie » et le performiste Nicolas Martel, classieux de perversion) pour le roman chanté « Frère animal ». L’argument ? La vie sans mouvement et tout en dépression, bientôt libératrice de Thibault, petit mec du tertiaire dans une entreprise d’une ville de province. Rien de nouveau, rien de terriblement passionnant, mais ce déjà-vu, déjà-dénoncé est porté par la grâce de Florent Marchet (Gargilesse, Rio Baril) dont la présence sur scène tient d’une certaine magie. Voix en velours, mauvaise humeur engageante et drôlement vacharde, texte de qualité : ne serait-ce cet horrible t-shirt blanc et ce jean rouge mal taillé, on le porterait au pinacle. Mais cela n’est pas important : ce qui compte, c’est cette énergie incroyable qui emporte tout, ses complices et une salle toute entière à lui faire un triomphe. Il revient à l’automne à l’Européen, ne le manquez pas !

Frère animal, Florent Marchet / Arnaud Cathrine, Verticales.
Rio Baril, Florent Marchet, CD Universal-Barclay, 2007

Richard Avedon, portraitiste

Dimanche 13 juillet 2008

« Peu importe comment je me vois mais il est certain que je me considère comme un portraitiste » Richard Avedon

Tom Stroud, Red Owens, Roberto Lopez, Clarence Lippard, Boyd Fortin, Patricia Wilde, Jay Greene, Leonard Ray Blanchard, Peggy Daniels, Juan Patricio Lobato, David Beason, Robert Dixon… Leurs noms ne vous disent absolument rien et cela est tout à fait normal. Au côté de mille célébrités – Charles Chaplin, Marguerite Duras, Björk, Alberto Giacometti, Truman Capote, Andy Warhol et sa factory, Igor Stravinsky, John Galliano – et autres modèles de mode anciens, ils forment la cohorte des gens de peine et de peu de l’Ouest américain photographiés par le célèbre Richard Avedon dont le Jeu de Paume propose aujourd’hui une intéressante rétrospective.
Tout au long de cette exposition, formée de deux grands ensembles, l’un en ouverture et clôture, consacré aux travaux de mode et de mondanités culturelles bien connus, l’autre, à l’étage, dédié à la série « In the american west » développé au début des années 80, court une interrogation sur la perception de l’œuvre du photographe mort en 2004. Loin des mirages de Sunset Boulevard et de la 5e Avenue, la part « documentaire » de son travail semble la plus brillante.
Ils sont grutiers, gouvernante, minier, forain, propriétaire de ranch, cette part de la réalité américaine « profonde », Richard Avedon lui donne le meilleur de lui-même et de sa technique : grand format pour des petits destins, fond blanc ou gris pour libérer les traits et les attitudes sans être perturbé par d’éventuelles mises en scène, expression brute des regards mais souci précis de l’éclairage pour outrer la condition… Les images sont belles et fortes, les poses faussement naturelles. Au milieu de ces portraits, Richard Avedon ose un autoportrait. Lui, aussi, vient de ce terroir. Comme l’aveu, défait, d’un regard sur le monde beaucoup plus impliqué que celui passé à illustrer les pages de Vogue, Egoïste et Harper’s bazaar. Une dépression carabinée, une crise d’identité salutaire au milieu des falbalas et des lumières de cocktail. Salutaire et envoûtant.

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Autoportrait, 1980 © The Richard Avedon Foundation.

Richard Avedon, Photographies 1946 – 2004, Jeu de Paume, Paris, jusqu’au 29 septembre.