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Archive pour 30 avril 2008

Lehaïm Israël

Mercredi 30 avril 2008

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Cain et Abel, 2006 © Adi Nes / Galerie Praz-Delavallade.

Préparation de ce voyage tant attendu en Israël, malgré la pression des festivals à préparer. Ce sera du 18 au 25 juin. Le billet en poche, je lis, je visionne, vais d’exposition en exposition. Des jalons déjà : bien sûr, les films d »Amos Gitaï (« Kippour »), ceux d’Eytan Fox (« Tu marcheras sur l’eau », « The bubble ») et la petite merveille de « Méduses » du couple Keret. Les chansons d’Ivri Lider, les klezmer à la clarinette de Goran Feidman. Et des photographies, celles bibliques d’Adi Nes vues à la galerie Praz-Delavallade, celles encore de Barry Frydlender au Musée d’art et d’histoire du judaïsme : le monde Israël en pleine vie sans rien négliger de ses contradictions : juifs traditionalistes en réunion, amis en méli-mélo sur le canapé du salon, piscine d’hôtel 4 étoiles avec vue sur un cimetière, dernière manifestation pour la paix, Tel-Aviv sous le déluge, Tel-Aviv insouciante et moderne à la plage, le café Bialik avant et après l’horreur des attentats suicides…

Présent composé, Barry Frydlender, Musée d’art et d’histoire du judaïsme, jusqu’au 25 mai 2008.

Passage de la mort

Mercredi 30 avril 2008

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© Kevin Carter

Cette image a paru la semaine dernière dans un reportage de l’hebdomadaire « Le Monde 2″ consacré à l’exposition « Controverses » au Musée de l’Elysée à Lausanne (Suisse). Depuis, alors que partout dans le monde, on serait à deux doigts de crier de nouveau famine, où les plus pauvres d’Haïti se nourrissent de galettes de terre, cette photographie me hante.
Cette image, une des plus tristes de l’histoire de la photographie, a été prise par Kevin Carter, jeune reporter sud-africain de 33 ans au Soudan en 1993. La famine frappe le pays et la petite fille tente de rejoindre un centre d’alimentation. Déjà un charognard est prêt à se saisir de son cadavre. Après avoir pris ce cliché, le photographe éloigne l’oiseau et s’en va, en pleurs, laissant l’enfant épuisé à son sort. La photographie, publiée le 26 mars dans le « New York Times », suscite un émoi considérable parmi les lecteurs du journal qui s’enquièrent du destin de la fillette et s’indignent de l’attitude supposée du photographe traité par beaucoup de « vautour ». Quelques mois plus tard, après avoir reçu pour cette image le prix Pulitzer, Kevin Carter se suicide. Il a ses derniers mots : « Je suis hanté par ces souvenirs persistants de massacres, de cadavres, de haine, de souffrance… d’enfants affamés ou blessés, de tireurs exaltés… »

« Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie », Musée de l’Elysée, Lausanne, jusqu’au 1er juin 2008.

A Londres, à Paris, Loris Gréaud fait le mur

Mercredi 30 avril 2008

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Loris Gréaud, Spore speakers © Courtesy of the artist and Yvon Lambert.

Dès que l’agenda m’offre un samedi de liberté, j’aime à prendre l’Eurostar du petit matin pour rejoindre Londres à peine réveillé. 9h34, arrivée à Saint-Pancras International pour une journée d’exposition et de shopping aux abords de Covent Garden et du temple du bon goût masculin Selfridge’s. Bonheur du flegme britannique en fin de semaine, snobisme revendiqué de renier Paris pour quelques heures d’une vie plus cosmopolite !
Le motif de cette escapade londonienne était de suivre la nouvelle sensation de l’art contemporain parisien, Loris Gréaud, qui propose une autre version de « Cellar Door » (Once is Always Twice) à l’Institute of Contemporary Arts (ICA) de Londres après son installation au Palais de Tokyo et, encore, un bien singulier « wall » à la galerie Yvon Lambert à Paris.
Par quoi commencer ? Paris et la Galerie Lambert, où à chaque nouvelle présentation d’artiste, Yvon Lambert offre le mur d’entrée de la galerie à un jeune artiste. Donc, ces jours-ci, aux côtés des belles sculptures africanisantes de Bertrand Lavier, Lambert expose Loris Gréaud. Exposer, ce serait plutôt le contraire. Faites le tour de la galerie, vous ne trouverez pas le moindre signe distinctif de la présence de Gréaud au 108 rue Vieille du Temple. Agacé par la tromperie, effrayé par la vision d’un Guillaume Durand en jogging et basket dans le même espace, vous vous apprêtez à fuir quand un rien de rayon de soleil sur le mur d’entrée vous fait découvrir une phrase en lettres translucides. Vous cherchez le bon angle et vous lisez : « Every time you think of me you die a little ». Bien joué, Loris Gréaud !
A Londres, l’affaire est d’une autre tenue. On y retrouve le chandelier mazouté de l’exposition du Palais de Tokyo en trois salles qui s’ouvrent les unes derrières les autres dès que vous vous postez devant le rideau coulissant. Une bande son grandiloque, en anglais, des phrases qui se voudraient surréalistes, mais ne se révèlent que sentencieuses. Au mur, une inscription à déchiffrer : « when people tell me that I don’t know how I am going to finish this story I usually tell them : wait still the end and you will see yourself ». Bien sûr, tout cela manque de maturité, mais il se dégage de cette nouvelle et modeste disposition une belle atmosphère, moins industrieuse que celle de Paris, pour le coup, plus « rêvante ». On rencontre un univers très instinctif, on perçoit une pensée en marche. Serait-ce à Londres dans la simplicité de ces trois salles que le jeune Gréaud aurait gagné son pari. Je le crois.

The wall, Loris Gréaud, Galerie Yvon Lambert, 108 rue Vieille du Temple, Paris 3, jusqu’au 17 mai 2008.

Cellar Door (Once is Always Twice), Loris Gréaud, ICA, Londres, The Mall, jusqu’au 22 juin 2008.

Sommes-nous esclaves de Madonna ?

Mercredi 30 avril 2008

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Madonna à la cravache © DR

Alors, il est comment ? Oui, la pochette est hideuse. Sortie ultra-médiatisée du « Hard candy » de Madonna. Pas le meilleur cru, bien sûr, loin des expérimentations de Mirwais sur « American Life » ou de la légèreté dance des « Confessions on the dancefloor ». Si, à la première écoute, le disque semble anodin, il se révèle progressivement, entraînant, un rien pute avec cet humour vachard qui rend la Ciccone supportable. Au sommet, « Give it to me », « She’s not me », « Heartbeat », « Incredible » et la ballade « Devil wouldnt recognize you ». Qu’importe Justin Timberlake, Pharrell William ou les Neptunes, le reste est plus incertain, mais Madonna, liftée à quatre épingles pour fêter son cinquantième anniversaire, s’en fout. Sa maison de disques, Warner, annonce déjà la vente 38 000 albums en deux jours en France. Un record !

Les passants de Saul Leiter

Mercredi 30 avril 2008

Il fallait s’armer de patience et accessoirement d’un parapluie pour découvrir, au dernier jour, l’exposition de Saul Leiter dans l’exiguë Fondation Henri Cartier-Bresson de l’impasse Lebouis à Paris. Passée la pluie, supportée la foule, l’exposition comme le Photo Poche « Saul Leiter » des Editions Actes Sud rendent justice au photographe, né à Pittsburgh (Pennsylvanie) en 1923. Dès 1935, grâce à un cadeau de sa mère, il se lance dans la photographie et dans la peinture qu’il continue de pratiquer aujourd’hui à New-York après une longue carrière, jalonnée par des travaux pour les magazines Life, Esquire, Harper’s Bazaar, Vogue, Elle, US Camera, et par l’amitié de W. Eugene Smith et d’Edward Steichen.
Ses photographies ? Une mélange de belles manières noires et blanches ou couleurs, prises dans l’instantané d’une rue ou au travers d’une vitre dans le respect de la vie qui va et vient, à la mesure du quotidien de quelques clients attablés au Flore ou de passants sous la neige. Les images, impressionnantes et frêles, d’un grand homme timide, qui refuse de brusquer le monde extérieur et témoigne de la marche du temps…

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Paris © Saul Leiter

Les pleines lunes de James Thierrée

Mercredi 30 avril 2008

La dernière fois, nous l’avions laissé, superbe, sur les marches du Palais de Chaillot. Eblouissant James Thierrée, écharpe rouge, godillots délacés, chevelure en début de poivre et sel. Il venait découvrir comme nous le spectacle poussif d’un canadien acclamé du Tout-Paris culturel… Nous restions sur le bord du chemin, ne comprenant rien d’un tel engouement mais ravi d’avoir croisé pour de vrai l’étincelant James Thierrée. De lui, rappeler une nouvelle fois, la filiation : il est le fils d’une fille Chaplin et partant, petit-fils de l’illustre Charles qu’il ne connut que pendant trois années. Plus tard, James T. est devenu acrobate, mime, danseur, contorsionniste, comédien et le merveilleux inventeur d’un univers en mécaniques féroces, soufflerie de rêve et autre pluie de balles de badminton. Son premier spectacle « La symphonie du hanneton » était un ovni formidable, le second (« La veillée des abysses ») avait perdu de la magie première, alors nous attendions avec curiosité le dernier opus de cette trilogie bohème. Si la fantasmagorie opère de nouveau subtilement, ce spectacle manque lui aussi d’un vrai travail de dramaturgie. James Thierrée et sa belle bande enchaînent brillamment les facéties sans réussir à leur donner un sens supérieur. Dommage : même si le public leur fait un triomphe, on reste sur sa faim, persuadé qu’avec le soutien d’un auteur, James l’alchimiste, transformerait son art en or…

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Au revoir, parapluie © DR

Les histoires d’amour de Catherine Ringer

Mercredi 30 avril 2008

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Catherine Ringer © DR

C’était le soir de la mort de Farid Chopel. Encore un troublion des années 80 qui disparaissait dans la cinquantaine. Oubliée, la folie Goude, le temps était celui du deuil. Alors, Catherine Ringer arriva sur scène, petite, le cheveu en chignon de construction savante, les mains traqueuses. Tout de suite, elle dit sa tristesse à se produire seule en scène. A la Cigale. Sans Fred Chichin, sur ce qui s’apparentait à un long chemin de croix en solitude. Contre cela nous ne pouvions rien, elle se mit à chanter des extraits du dernier album composé ensemble, rempli de prémonitions du drame qui devait arriver. Elle chantait, elle chantait, folle à lier de musique et de danse… Plus tard, après cinq ou six chansons, le spectacle s’est arrêté et soudain est apparue la nouvelle Catherine Ringer, celle peut-être du temps d’après, offrant au public des reprises de Bowie, du Velvet underground, de Mira. Des chansons proches de ses préférences musicales, mais qui tranchaient singulièrement avec le répertoire des « Rita » que les fans étaient venus, en fidèles, entendre, par crainte de ne bientôt plus pouvoir l’entendre en concert. Dans ce long couloir de métamorphose, on s’ennuyait malgré l’énergie de la Ringer. Avec les rappels, revenaient les légendaires Rita Mitsouko d’un « Andy » ressassé à une « Marcia Baïla » explosive. Catherine Ringer quittait alors la scène d’un prometteur : « merci, merci, grâce à vous, maintenant, je ne suis plus triste »… On se demandait en sortant quelle Catherine Ringer nous allions (re)découvrir dans quelques mois…

Ce profond ennui qui nous vient d’Alec Soth

Mercredi 30 avril 2008

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© Alec Soth / Magnum photos.

Il y avait foule – chic et snob, enroulée dans des écharpes Dries Van Noten, le regard caché derrière les dernières Persol® – au vernissage cumulé des expositions du famous Alec Soth et de la délicieuse Valérie Mréjen au jeu de Paume. Du premier, parmi les derniers photographes actuels à rejoindre la très sélective agence Magnum, la rumeur, après son « Fashion magazine » de l’automne 2007, annonçait une exposition de premier plan ; de la seconde, on lisait les livres (précipitez sur ses récits (Eau sauvage, Mon grand-père) aux Editions Allia, jusqu’au dernier « Pork and Milk, consacré aux juifs orthodoxes en rupture de ban) et suivait le travail avec un intérêt grandissant. Bilan du match : Mréjen : 3 / Soth : 0. Là où la plasticienne française vous entraîne dans son quotidien rempli d’obsessions intellectuelles et originelles, l’oeil ultra-distancié d’Alec Soth congèle les émotions. Est-ce la conséquence d’un accrochage malheureux ? Les photographies d’Alec Soth ne trouvent dans cette exposition aucun relief, accumulation de scènes d’une humanité triste à pleurer, ennuyeuse au point de passer d’une photographie l’autre sans la moindre étincelle.

La place de la Concorde, Valérie Mréjen ; L’espace entre nous, Alec Soth, Jeu de Paume (Site Concorde), jusqu’au 15 juin 2008

Le jour du meurtre de Bernard-Marie Koltès

Mercredi 30 avril 2008

Quelle tragédie ! Il n’y avait qu’à désespérer du spectacle de Thierry de Peretti que nous avions aimé dans le film fort de Corse d’Orso Miret (« Le silence ») et connu davantage inspiré dans ce même théâtre de la Bastille. La presse avait passé ce naufrage sous silence, ce devait être un signe que Frédérique C. et moi-même n’avions pressenti, nous enfonçant l’un l’autre dans nos fauteuils à mesure que le bateau prenait l’eau. Alors, oui, Koltès, bien sûr Hamlet, mais on se demandait bien quel dramaturge avait prêté main forte à Thierry de Peretti pour s’empêtrer ainsi dans une aventure sans queue ni temps. Restait une direction d’acteurs qui souvent laissait espérer un miracle. A chaque instant, le soufflé retombait, toujours plus lourd et finalement insipide. Maudit soit Koltès d’être servi de si peu de grâce…

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Bernard-Marie Koltès © DR

Les jours des meurtres dans Hamlet, de Bernard-Marie Koltès, ms Thierry de Peretti, en tournée en France.