Archive pour mars 2008

D’Eldorado en pasodoble…

Mercredi 12 mars 2008

angelinpreljocaj4.jpg
© Théâtre de la Ville

Pour mémoire et de quelques mots, dire pour ceux qui pourront le découvrir puisque le Ballet Preljocaj entame une grande tournée en France, puis sans doute à l’étranger, le ravissement de son dernier spectacle, fait de trois très belles pièces courtes. Une « Annonciation » d’abord, où deux danseuses évoquent à la perfection une idée dansée de ce « classique » de la peinture italienne, deux fiers « Centaures » ensuite qui s’ébrouent en un combat singulier sur la scène du Théâtre de la Ville, corps tendus des gladiateurs, virilité sensible, ils occupent l’espace et captive le public qui les plébiscite. Vient ensuite une pure merveille, la nouvelle création du chorégraphe, désormais installé au Pavillon noir d’Aix-en-Provence, « Eldorado », le sommet de l’art de Preljocaj sublimé encore par la musique originale de Karlheinz Stockhausen (Sonntags-Abschied), douze danseurs touchés par la grâce dans un ballet captivant. Un triomphe saluera la fin de la soirée.
Quelques jours plus tard, il fallut affronter le grand froid dès la gare Part-Dieu pour trouver la Maison de la Danse de Lyon où Michel Kelemenis reprenait le spectacle « Pasodoble » crée en juin 2007 lors de l’impeccable festival de Marseille (Direction Appoline Quintrand). Notre enthousiasme fut de courte durée. Une heure de danse comme essouflée où la corrida devait être le maître mot du travail du chorégraphe marseillais mais qui fit finalement long feu emporté par les errements de la musique de Philippe Fénelon qui se piquait de revisiter les « pasodoble » de nos arènes. Déçu de n’avoir pas été convaincu, on reprenait un train vers Toulouse, en espérant d’autres « Eldorado »…

Raimund Hoghe habite la Callas

Mercredi 12 mars 2008

Nous avions laissé, ébloui, Raimund Hoghe au Centre Pompidou un soir de novembre dernier. Il est ces jours-ci, à peu près seul sur la scène du Théâtre de la Bastille à Paris. Dès l’entrée dans la salle, le spectacle a commencé et Raimund dort sous une couverture de l’Armée du Salut. En quelques pas, il change d’adresse. Nous sommes maintenant au 36 avenue Georges Mandel, dernier domicile parisien de Maria Callas. Pendant une heure et demie, le chorégraphe allemand, ancien dramaturge de Pina Bausch, nous fait revivre ses dernières années dans un Paris qui semble l’avoir abandonnée.
Tout au long du spectacle, en bande son, Maria Callas chante des airs de Bellini, Donizetti, Verdi, Giordani, Gluck, Massenet, Saint-Saëns et Bizet et répond, péremptoire, à des interviews de journalistes qu’elle ne cesse de moquer. Raimund Hoghe, lui, nous fait visiter cet appartement légendaire et comme un voleur, s’empare des reliques de la cantatrice, ses chaussures, un étui à cigarettes, un imperméable. Economie de mouvements, zen absolu et hystérie rentrée, Raimund Hoghe pousse à son paroxysme la geste hoghienne qui le fait acclamer dans toute l’Europe. Aux derniers instants, un homme jeune le rejoint et prend possession de cet héritage d’amour. ll est danseur, élégant, il porte une orchidée des plus noires à la ceinture. Raimund Hoghe retrouve alors la rue et ses cartons de misère…

file8992w1.jpg
Raimund Hoghe © DR

Eloge de Lulu la pilule

Mercredi 12 mars 2008

arton134.jpg
Lucien Neuwirth © France 3 / Effervescence.

France 3 diffusait samedi soir à une heure bien médiocre (23h00) le film de Sébastien Grall, écrit avec Brigitte Peskine « Monsieur Neuwirth, tenez bon ! ». Un documentaire, non ! Mais ce qu’il est convenu désormais d’appeler un docu-fiction, mêlant une interview au long cours de Lucien Neuwirth et d’autres militants de la contraception (Pierre Simon, Yvette Roudy) à des scènes de fiction nous plongeant au plus près de la « réalité » de l’époque. Il y a dix ans tout le monde aurait hurlé à cette obligation de fiction pour maintenir les téléspectateurs attentifs à un sujet pourtant digne d’intérêt.
Les temps changent… sauf Lucien Neuwirth, qui confortablement installé dans les ors de la salle de presse du Sénat, raconte avec une émotion forçant le respect ses années de militant politique au service de l’émancipation des femmes et du contrôle des naissances. La loi de 1967, bien avant les avancées permises par la loi Veil de 1974 autorisant l’IVG, c’est lui, aidé par les militantes du Planning familial (Evelyne Sullerot, Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé), quelques médecins, éclairés, bousculant leur Ordre hérité de Vichy comme les professeurs Pierre Simon et Etienne-Emile Baulieu et de rares hommes politiques (Alexandre Sanguinetti, Jean-Marcel Jeanneney). Un temps au Paris Match, prenant fait et cause, titrait « Feu vert pour la pilule » sur la photo d’une jeune femme épanouie, réjouie de pouvoir choisir le moment d’avoir un enfant et de ne pas subir des maternités successives ou autres avortements de fortune…
Cet homme, valeureux résistant, bientôt député gaulliste puis sénateur de la Loire que rien ne prédestinait à ce combat de toute une vie qui lui vaudra le sobriquet de « Lulu la pilule », injures et dizaines de cercueils en petit bois dans sa boîte aux lettres, est simplement exceptionnel. Alors, qu’est-ce qui fit courir Lucien pendant toutes ces années ? Des balles allemandes en 1945 qui ricochent sur quelques pièces de monnaie, blessent mais ne tuent pas :  » Il y a d’abord eu le chant des oiseaux, le chuintement du vent dans les branches… J’ai mis des années à comprendre ce miracle, à me demander pourquoi le destin m’avait épargné… Et je me suis dit, maintenant, cette vie, il faut que j’en fasse quelque chose d’utile pour tous. Et voilà, maintenant, il y a cette loi qui porte mon nom… »

« Monsieur Neuwirth, tenez bon ! », un film de Sébastien Grall, écrit avec Brigitte Peskine, produit par Simone Harari.

Nimeno II en lumière

Mercredi 12 mars 2008

statuenimenoiimatador3.jpg
La statue Nimeno II devant les arènes de Nîmes © DR

C’était il y a quelques jours. La Dépêche du Midi, quotidien régional de Toulouse et Midi-Pyrénées, partenaire de nombreuses ferias dont celle de Fenouillet (25 – 29 juin 2008) recevait les clubs taurins de la région et des aficionados, habitués des chroniques taurines que le journal a la belle idée de proposer à ses lecteurs pour rien perdre des temporada française, espagnole et sud-américaine. Vin de pays et mets régionaux, la famille Baylet sait recevoir. Avant ces agapes, une lecture musicale d’Alain Montcouquiol nous a remis à l’oreille de très beaux textes évoquant la tauromachie. Il est, lui, l’un des tout premiers toreros français de l’après-guerre et l’auteur d’un récit bouleversant « Recouvre-le de lumière », paru aux Editons Verdier dans la collection « Faenas » de Jean-Michel Mariou. Un hommage à son jeune frère Christian, mieux connu sous le nom de Nimeno II, torero d’exception, homme blessé de ne plus pouvoir toréer qui mit fin à ses jours en 1991 d’un bout de corde dans son garage. Qu’on soit partisan ou non des courses de toro, ce texte est un splendide appel de la fraternité…

Olafur Eliasson sous le pont de New-York

Mercredi 12 mars 2008

olafurbridge.jpg
© Olafur Eliasson

La nouvelle a paru dans les Inrockuptibles, on la trouve également sur le site « Next » de Libération. Olafur Eliasson, le célèbre artiste danois (Copenhague, 1947), prend ses quartiers d’été sous le célèbre Brooklyn Bridge à New-York pour une installation monumentale intitulée « Waterfalls », soit quatre chutes d’eau spectaculaires sur les berges de l’East River, entre Manhattan, Brooklyn et Governors Island. En 2005, le danois avait embrasé la Turbine Hall de la Tate Modern d’un soleil d’éclipse et d’un brouillard hypnotique à vous faire passer la journée dans cette ambiance d’apocalypse. A découvrir les premiers croquis du projet financé par le Public Art Fund, la Ville de New-York et la compagnie Tishaman, je me dis qu’il faudra ce septembre aller faire un tour à New-York. On y revient !

Waterfalls project, by Olafur Eliasson

123