Archive pour mars 2008

Les nouvelles icônes de Candice Breitz

Dimanche 23 mars 2008

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Working Class Hero, 2006 © Alex Fahl. Courtesy Jay Jopling / White Cube, Londres.

L’Afrique du Sud, toujours. Cette fois-ci, au cœur du très élégant hôtel particulier abritant la Collection Lambert en Avignon, au travers de l’exposition de Candice Breitz et de la sculpture murale – cœur insolent de matraques de police – de Kendell Geers intégrée à l’exposition collective « Néon Bible ».
Née en 1972 à Johannesburg, Candice Breitz est désormais installée à Berlin. Découvert à la Biennale de Venise en 2005, distingué en 2007 par le jury du Prix international d’art contemporain de la Fondation Prince Pierre de Monaco, son travail se concentre sur les icônes contemporaines. Par « icônes », entendez naturellement quelques stars américaines, connues du monde entier : Madonna (Queen, 2005), Michaël Jackson (King, 2005) ou John Lennon (le prophète ?) dont elle demande aux plus fervents supporters de reprendre l’intégralité des albums (Immaculate Collection, Thriller) devant ses caméras. Cela donne des chorales hystérisées, en totale communion avec leur artiste. Etonnants et très réussis parcours vidéos au point de se jurer ne plus chanter à tue-tête dans la rue, l’i-pod visé dans les oreilles…
Mais, ce n’est pas tout. Tout au long de l’exposition, Candice Breitz continue de s’interroger sur ces représentations obsédantes issues de la pop-music ou du cinéma : ainsi ces véritables « cènes » où Candice Breitz photographie les fans d’Abba, de Britney Spears ou de Marilyn Manson (série Monument, 2007). Ils sont les apôtres d’un Seigneur qu’ils adorent au point de se travestir ou de se transformer physiquement pour mieux lui ressembler… Fascinante adolescence de la personnalité, mais le plus troublant est que pour certains, cela semble durer et de devenir un véritable viatique…
A remarquer, encore, ces deux installations complémentaires « Mother » / « Father », qui mixent sur plusieurs écrans des extraits de films avec Daye Dunaway, Meryl Street, Shirley McLaine, Diane Keaton, Tony Danza, Harvey Keitel, Dustin Hoffman, John Voight, Donald Sutherland. Tous se renvoient les éternels clichés du cinéma sur le rôle des pères et des mères… Ces idées simples sans cesse répétées deviennent alors insignifiant. Perte de repères, règne de l’émotion primaire… Candice Breitz, dans le ballet incessant de toutes les images et codes qu’elle dissèque avec finesse, voit juste !

Le site de Candice Breitz
Collection Lambert en Avignon, jusqu’au 18 mai.

Frédéric Mitterrand : une folle à sa fenêtre

Samedi 22 mars 2008

C’est pour cela que j’aime Frédéric Mitterrand. Pour cette distance face aux événements, sans qu’elle se transforme en cynisme. Si c’était le cas, on peut imaginer qu’il s’en voudrait. Depuis quelques mois, le magazine gay Têtu (propriété Pierre Bergé) offre sa dernière page au neveu du Président Mitterrand pour une chronique naturellement très écrite, rythmée – pourtant sans l’entendre – par le timbre de sa voix. A chaque livraison, c’est le réalisateur de « Lettres d’amour en Somalie », l’auteur de « Mauvaise vie » que l’on retrouve entre les lignes comme un compagnon, lui aussi, de longue date.
Il est arrivé le mois dernier une mésaventure à ce cher Frédéric. Au hasard d’un déjeuner à l’Elysée – il en connut pourtant beaucoup -, Frédéric s’est laissé entraîner par Nicolas Sarkozy à accepter la présidence d’une commission sur le futur audiovisuel public. Il devrait se méfier, Frédéric, de la politique : elle lui a déjà brûlé les doigts en 1995, alors qu’il soutenait bruyamment le candidat Chirac face au Jospin des inventaires. Cette mission avait à peine commencé qu’il en était déjà démis au profit de Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, au nom de la supériorité de la représentation nationale à préparer l’avenir des écrans publics !
En quelques mots bien sentis, Frédéric Mitterrand narre cette « déconvenue » et son éternelle addiction pour les lieux de pouvoirs : « Reste à se demander pourquoi je me suis aventuré une fois de plus dans un domaine qui n’est pas le mien. ». Ce « caractère malheureux » comme dirait Marguerite Duras le ramène à son « désir des garçons, ce moteur qui détermine la conduite en zigzag de mon existence » et au souvenir de Jacques Chazot, le danseur mondain des après-midis de nos grands-mères. Pourtant derrière le très fol inventeur de Marie-Chantal, se cachait, aux dires de Mitterrand ou de Jean-Claude Brialy, un homme d’esprit et de respect, qui fréquentant le Tout-Paris politique n’en devenait pas pour autant un courtisan. Frédéric Mitterrand médite encore son message : « C’était il y a longtemps, et maintenant tout le monde est mort… Mais moi je me souviens de lui et du temps révolu où des gens pourtant fort dissemblables pouvaient cultiver leur relation sans préjugés, ni obscures revanches ou bizarres combines ».

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Frédéric Mitterrand © Laurent Villeret / Dolce Vita

Robyn Orlin et les sapeurs de Jo’burg

Vendredi 21 mars 2008

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© DR

Connaissez les swankas de Johannesbourg ? Si ce n’est pas le cas, renseignez-vous avant le spectacle décousu de la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin « Dressed to kill… Killed to dress » au Théâtre de la Ville. A cet effet, Libération ouvrait lundi ses pages « Grand Angle » aux adeptes du « sweanking » (de to swank, soit en mettre plein la vue). Dommage, en effet, que Robyn Orlin ne donne d’ailleurs pas davantage de clés sur ceux que l’on comparerait aux sapeurs de l’Afrique de l’Ouest. Gucci, Prada et autre Vuitton de contrefaçon, ils s’affrontent le samedi soir en concours d’élégance bling bling. Chemise et cravate rutilantes, bagues, épingle de cravate et montres en or très plaqué, costume blanc et chapeau assorti, ils forment un défilé-témoin d’une Afrique du Sud complexe dont Robyn Orlin échoue finalement à nous faire découvrir… Black ou colored, la semaine, ils sont ouvriers, employés, gardiens, vivent dans la violence des townships. Le week-end, ils partagent comme une philosophie le goût du luxe et rêvent d’évasion et d’une vie meilleure. Un underground militant, perverti ? Sans doute. Des aspirations de parvenus post-apartheid ? Peut-être. Une charge contre ceux qui devaient être les fers de lance d’une nouvelle Afrique du Sud, désormais plus occupés à leur embourgeoisement ? Bien sûr mais cela ne suffit à rendre la proposition de Robyn Orlin complètement intéressante. Ne nions pas son grand talent à habiller-déshabiller les quatre danseurs et cinq swenkas qu’elle a conviés sur la scène du Théâtre de la Ville, mais force est de constater que la dénonciation tourne court, sans cesse perturbée par l’inutile hystérie filmée en coulisses. On voudrait comprendre mieux, partager sa vision de l’évolution de son pays, on reste sur le seuil, joliment intrigué mais pas emballé…

Dressed to kill… killed to dress, de Robyn Orlin, Théâtre de la Ville, jusqu’au 20 mars.

Olivier Dubois : Billy Elliot, c’est lui !

Vendredi 21 mars 2008

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Billy Elliot, the musical © DR

Temps gris sur la capitale qui finalement n’offrira pas à Bertrand Delanoë le triomphe de nouveaux arrondissements conquis sur l’UMP, juste la courtoisie d’une réélection sans tractations de couloirs avec les Verts et le Mouvement démocrate. Une ligne de démarcation – imaginaire ? – paraît s’instaurer entre les quartiers Est et Ouest. Au Centre Pompidou, la foule des week-end grisaille semble indifférente aux aléas de la vie politique. Elle est diablement mondiale. Pour peu, on se croirait un dimanche de pluie au Lincoln Center de New-York. La nouvelle équipe de Delanoë saura-t-elle s’emparer de ce mouvement pour restaurer l’éternité culturelle de Paris ?
J’attendais le spectacle d’Olivier Dubois, alerté par un papier enthousiaste de Rosita Boisseau dans Télérama. Il fallut d’abord subir les gesticulations graphiques du japonais Hiroaki Umeda. Rien de bien convaincant. Vient alors le délicieux Olivier Dubois, découvert une première fois dans le superbe spectacle « Péplum » de Nasser Martin-Gousset. Olivier Dubois se raconte comme il danse. « Penser l’interprète, déconstruire puis construire à nouveau ses fondations… « Pour tout l’or du monde… », je l’ai voulu comme une chronique d’un martyr, un précis de guerre ». Il est gros mais il dansera. Il ne répond pas aux canons de la beauté chorégraphique mais il séduira. Et ce feu-follet enveloppé tient son pari, s’amuse et rit comme un beau diable de toutes les conventions. A lui, le lac des cygnes et tant pis ! A lui, la barre des filles légères du Hustler Club et tant mieux ! Se moquant des afféteries des chorégraphes contemporains, il termine entouré d’une ronde de godemichés et c’est heureux d’oser dire ainsi son désir des corps des garçons ! Au final, Olivier Dubois danse encore, Billy Elliot pasolinien au visage bientôt couvert de tout l’or de son monde…

Pour tout l’or du monde, Olivier Dubois. En tournée en France.

Jean-Louis Trintignant, le clown triste

Vendredi 21 mars 2008

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Jean-Louis Trintignant © DR

On ne peut pas ne pas y penser tout au long du spectacle : ce sont peut-être les derniers pas sur un plateau d’un vieux lion du cinéma et du théâtre français. Pour quelques jours et après une longue tournée en France, Jean-Louis Trintignant est sur la scène du Théâtre du Rond-Point pour faire entendre le « Journal » de Jules Renard qu’il aime tant. Des aphorismes, des petites phrases ciselées et bien balancées pour une heure quinze de spectacle. Plus longtemps, la petite musique tournerait vinaigre. Là, c’est une jolie ritournelle. Quatre acteurs – une femme (étonnante Joëlle Belmonte pour ses débuts à la scène), un presque jeune homme (Manuel Durand) et deux hommes d’âge mûr (Jean-Louis Bérard), assis devant un guéridon, sur lequel est posé leur texte qu’ils semblent tous connaître par cœur – devisent sur l’amour, les femmes, le temps qui passe et la connerie humaine. Pas d’effet, ni de mise en scène, tout tient à la dernière rencontre avec ce beau clown triste qu’est devenu Trintignant…

Jean-Louis Trintignant, Théâtre du Rond-Point, Paris, du 14 mars au 19 avril 2008.

François Léotard : souvenirs ministériels

Samedi 15 mars 2008

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François Léotard chez lui dans le Var © Ceccarini / Le Figaro.

Il n’y a qu’au retour de l’inauguration du Salon du livre de Paris que l’on peut voir Noëlle Châtelet et Jean-Noël Jeanneney bras dessus bras dessous dans le métro, seule solution commode pour trouver son chemin vers le centre de Paris ! A chacun ses discussions. Pour eux, il était question de décoration qui « ne se demande pas, ne se refuse pas mais ne se porte pas !  »
Merveilleuse folie comme dirait Matthieu Galley dont j’évoquai le souvenir avec François Dufay, nouveau patron des pages littéraires de l’Express, qui lui a consacré une formidable émission sur France Culture le mois dernier.
Cinq heures de mondanités littéraires, toujours charmantes comme des retrouvailles alors que vous avez passé le plus clair de vos semaines avec ces mêmes personnes, mais Paris est ainsi fait, et personne du « milieu » ne manquerait cette transhumance vers la Porte de Versailles. Sur le stand Grasset, envahi par les admirateurs des frères Bogdanoff de notre enfance, François Léotard était très sollicité. Il publie ces jours une charge contre le président Sarkozy. Le titre en dit long : « Ca va mal finir ». Je me fraye un chemin, on me présente à l’ancien ministre de la Défense de François Mitterrand. Je lui dit une certaine admiration pour la qualité de ses jugements et ma curiosité pour sa relation avec le président défunt. Alors, il s’attarde et nous parlons : le plaisir de retrouver François Mitterrand pour de longues conversations à l’avant de l’avion officiel, les entretiens du lundi portant sur les affaires militaires, puis sur tout et plus encore, et la maladie du Président enfin dont il constate, effrayé, qu’elle rend de plus en plus difficile la clairvoyance du Président lors des conseils des ministres, des anecdotes encore sur son passage au ministère de la Culture, Edouard Balladur, ministre d’Etat, refusant la construction du Grand Louvre et de la Pyramide. Il lui fallut plaider sa cause auprès de Jacques Chirac, alors premier ministre et maire de Paris, pour que les grands chantiers aboutissent, faisant donner les marteaux-piqueurs la nuit pour ne rien perturber les journées du ministre de l’Economie et des finances. Après toutes ces belles années, pourquoi ne pas revenir ? François Léotard parle de son frère, Philippe, de ses soucis de santé et d’un appétit disparu. Il est humain, lucide, beau comme un lion blessé. Belle rencontre.

Ca va mal finir François Léotard, Grasset.

Pinocchio au pays de merveilles

Samedi 15 mars 2008

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Christiane Millet dans « Alice » © Théâtre national de Toulouse.

Deux beaux spectacles que l’on imaginait à l’usage des enfants et qui se révèlent d’une bien plus grande intensité… A Toulouse d’abord où Laurent Pelly et Agathe Mélinand mettent en scène une Alice tout de blanc immaculée dans un univers vidéo digne des belles heures de Jean-Christophe Averty. Le spectacle, subtil, vous embarque dans une course étrange de rois et de reines, de lapin à montre et de chat très bizarre. L’adaptation d’Agathe Mélinand est singulière et précise – celle d’une passionnée qui porte Alice au plus près de son coeur et ainsi nous touche merveilleusement. Rentrons à Paris maintenant pour découvrir le Pinocchio de Joël Pomerat aux Ateliers Berthier – Théâtre de l’Odéon. Ici le héros de Collodi est transfiguré, il découvre l’hostilité du monde dans un bain froid de noirceur, il se cogne à la vilenie des autres, monstres fiévreux de danger, dans un superbe conte initiatique. Tout y est de l’histoire connue – le nez, les ânes et le ventre de la baleine – mais elle est donnée à voir dans les obsessions de Joël Pommerat pour un spectacle d’une belle gravité, fait d’ombres et de brouillard. L’inventivité de Pommerat est totale jusque dans cette mer magnifique, imaginée d’une lumière bleue rasante et de quelques fumigènes. Alice et Pinocchio, décidément de très beaux diables !

Pinocchio, par Joël Pommerat, Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier, jusqu’au 22 mars 2008.
Les aventures d’Alice au pays des merveilles, par Laurent Pelly et Agathe Mélinand, Théâtre national de Toulouse, jusqu’au 5 avril 2008.

Parsifal : Warlikowski année zéro

Mercredi 12 mars 2008

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L’affiche du « Parsifal » de Warlikowski © Duane Michals

« Les idéologies délaissant les lois morales évoluent en folie criminelle. Même l’enfant est entraîné d’un crime atroce à un autre, par lequel il croit avec candeur se libérer de la faute. Ce film, tourné à Berlin l’été 1947, ne veut qu’être un tableau objectif et fidèle de cette ville immense à demi détruite où 3 millions et demi de personnes vivent une vie désespérée sans presque s’en rendre compte. La tragédie leur est naturelle non pas par grandeur d’âme, par lassitude. Ce n’est pas un acte d’accusation contre le peuple allemand, ni sa défense. C’est un constat. Mais si quelqu’un après avoir vu l’histoire d’Edmund pense qu’il faut apprendre aux enfants allemands à re-aimer la vie, l’auteur de ce film aura sa récompense. »

Le texte du carton d’ouverture, puis les images du petit Edmund, suicidaire, du film de Roberto Rossellini « Allemagne année zéro ». Alors, des cris et des hurlements d’un public chauffé à blanc, prêt à la bronca, à sacrifier le talent de ce jeune Polonais, autrefois assistant de Peter Brook et de Gorgio Strehler, protégé par le grand intendant Gérard Mortier. Il y avait une ambiance électrique ce vendredi dans la salle de l’Opéra Bastille. Le vent d’une bataille entre les anciens et les modernes, entre les puristes de la grandeur wagnérienne et les tenants d’une liberté nouvelle offerte aux metteurs en scène, capables d’offrir une esthétique inédite aux grandes œuvres du répertoire mondial. Pourtant, à se balader pendant les longs entractes de ce spectacle de cinq heures et quart dans les coursives de Bastille, on pensait à François Mitterrand et à sa volonté de démocratiser l’art lyrique en créant ce bâtiment phare de son second septennat. Krzysztof Warlikowski ne dit pas le contraire : « L’opéra, c’est d’un côté un public très riche et bourgeois, de l’autre, de plus en plus de spectateurs jeunes, prêts de piétiner des heures pour trouver une place à la sauvette, qui veulent de la nouveauté, des choses qui leur parlent. Moi, je veux leur montrer des morceaux de vie. Pourquoi l’Opéra devrait-il être un art conservateur avec des mises en scène figées dans les dorures ? ». Alors, bien sûr, si ce Parsifal démarre dans le trouble avant de trouver son attraction, impossible de ne pas soutenir l’exigence de Krzysztof Warlikowski sans la moindre réserve, parce que c’est là, à coup sûr, que se joue le tumulte renouvelé du monde, de l’Europe. Et l’envie d’en découdre, toujours, avec les démons de nos temps obscurs pour vivre plus fort encore. Intensément.

Parsifal, Richard Wagner – Warlikowski, Opéra Bastille, en alternance jusqu’au 23 mars.

Loggerheads : tristes tortues

Mercredi 12 mars 2008

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© Strand Releasing

Ce sont deux mères tristes à la recherche du plus proche d’elle-même. Ce sont aussi deux garçons blessés, errant au pays des tortues de mers. Inspiré de faits réels, « Loggerheads » raconte leurs histoires de peu de mots, en revendiquant un certain romantisme. Une histoire simple comme la vie, celle de chemins qui ne se rencontrent plus, où l’un se cogne à l’autre sans raison ni déraison, perdu en son propre no man’s land. Rien que pour cette petite musique-là, le film de Tim Kirkman, sélectionné en 2005 au festival de Sundance, vaut le détour vers Kure Beach, où les tortues de mer viennent pondre et retrouver, elles, toujours le chemin de leurs origines…

Loggerheads, un film de Tim Kirkman, en DVD.

Derniers arrangements avec la mort

Mercredi 12 mars 2008

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© Comédie Française

Le parterre de la Comédie Française était d’importance. Madame l’administrateur était descendue de son bureau pour les recevoir. On reconnaissait Lambert Wilson, les anciens administrateurs Jean-Pierre Vincent, Jacques Lassalle, Louis Schweizer, le président du festival d’Avignon et désormais du quotidien « Le Monde », Christophe Girard, Philippe Tesson, Yasmina Reza et beaucoup d’autres encore comme Lucien Attoun, éternel défricheur du Théâtre Ouvert, qui fit beaucoup pour la découverte et la reconnaissance du talent de Jean-Luc Lagarce ou de Bernard-Marie Koltès. Après Koltès, c’était au tour de Jean-Luc Lagarce d’entrer au répertoire de la Comédie Française avec une de ses plus belles pièces « Juste la fin du monde ». Et comme pour « Retour à la Citadelle » mis en scène par François Rancillac en décembre au Théâtre des Abbesses, on regrettait le choix de Michel Raskine de ne pas faire confiance aux mots et à la musicalité des textes de Lagarce. Bien sûr, Laurent Stocker et Catherine Ferran tirent idéalement leur épingle du jeu, mais pourquoi ce décor de bazar, fait de chaises faussement de cinéma, cette brocante sous plastique et cette scène inutilement avancée sur les fauteuils d’orchestre ? Il manque encore à Pierre Louis-Calixte dans le rôle de Louis, celui du frère qui revient en pays familial quelques temps avant de mourir, la respiration nécessaire à la subtilité de la phrase de Jean-Luc Lagarce – cette obstination à trouver le mot juste, cet entêtement à la phrase la mieux ciselée. Malgré cela, les mots de Jean-Luc Lagarce résistent pour faire battre le cœur des spectateurs aux rythmes des derniers arrangements avec la mort d’un grand garçon maigre…

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