Ton Jacques retourne en enfer !

directeurstntzoom.jpg
Laurent Pelly, Agathe Mélinand © Emmanuel Grimault

Ces deux-là ont un talent fou ! Ils sont indissociables, l’une à la dramaturgie, l’autre à la mise en scène. Laurent Pelly, 45 ans et déjà de longues années de théâtre et d’opéra derrière lui, Agathe Mélinand, trois années de plus et des dispositions indéniables à dénicher des textes et à les adapter pour les mises en scène de son complice. Ils viennent de prendre la direction du Théâtre national de Toulouse après Jacques Nichet. Pour l’heure, c’est au Théâtre de l’Athénée à Paris qu’on peut découvrir leur dernière création, après une « Vie parisienne » d’Offenbach « sold-out » en décembre à l’Opéra de Lyon !
A leur répertoire, Eugène Ionesco. Sans leurs deux noms sur l’affiche, peu de chance qu’on eut été attiré par l’auteur de « La cantatrice chauve », du « Rhinocéros » et des « Chaises » – pour cela, il y a l’éternel Théâtre de la Huchette qui les joue sans discontinuer et peut-être même savoir que l’auteur d’origine roumaine, élu à l’Académie française en 1970, est mort en mars 1994.
Mais revenons à ce fameux Jacques et à l’avenir des œufs. Laurent Pelly et Agathe Mélinand ont associé ces deux pièces d’Ionesco, écrites vraisemblablement vers 1950 : « Jacques ou la soumission » et « L’avenir est dans les œufs ». La représentation commence tambour battant dans un décor de crash – Jacques est tombé de sa chaise, a traversé le parquet sous les assauts de sa famille d’huluberlus, père-la-morale, mère-léopard, grand-mère gâteau gâteuse, grand-père libidineux et sœur 10 000 volts sans compter bientôt une petite amie laide au point d’avoir trois nez et des beaux-parents d’une engeance assez similaire aux siens – et se poursuit sur ce rythme pendant près de deux heures. C’est intelligent, drôle, enlevé, les acteurs au diapason de la comédie et les mots d’Ionesco sont comme sauvés de l’absurde dans lesquels l’Education nationale les a « formolisés »… Une belle soirée qui renvoie le patrimoine Ionesco à la modernité et fait de Valère Novarina un tout petit héritier bien verbeux comparé à l’étincelante inventivité verbale du respectable Eugène !

Jacques ou la soumission / L’avenir est dans les oeufs, Eugène Ionesco, Théâtre de l’Athénée, jusqu’au 5 avril 2008.

2 Réponses à “Ton Jacques retourne en enfer !”

  1. Toll dit :

    La pièce n’est pas très intéressante (une satire si appuyée devient satire d’elle-même), les acteurs exhibitionnistes (chacun pour soi et le diable pour tous), le décor trop présent (au bout d’un quart d’heure, on en changerait bien) et la mise en scène ne sait plus quoi faire pour « avoir des idées » (comme si « mettre en scène » c’était « avoir des idées »). Immense déception. Non, que Pelly reste à l’opéra, il n’a pas la poétique du théâtre.

  2. Donc, nous ne sommes absolument pas d’accord !

Laisser un commentaire