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Archive pour 23 mars 2008

Une féria d’Arles sans soleils

Dimanche 23 mars 2008

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José Maria Manzaneres © Frédéric Speich

On aura beau dire, on aura beau faire les autruches en déplorant un week-end de Pâques cette année très précoce : les deux premières courses de la Féria de Pâques en Arles ne laisseront pas un souvenir impérissable aux aficionados qui avaient fait le déplacement pour jauger de la bonne forme de leur toréro favori avant les grands rendez-vous de la Pentecôte et de l’été.
Accueilli dans un vent glacial et par une pluie menaçante, rangé comme des sardines par l’épicier Jalabert, il fallait du courage pour tenir plus de deux heures face au peu d’allant des toros qui laissaient Juan Bautista pourtant auréolé d’un portrait par Francis Marmande dans Le Monde, Joselito Adame, José Maria Manzaneres, El Cid comme désarmés. Enrique Ponce et El Juli tirèrent avec professionnalisme quelques passes habiles à leurs toros, mais d’incandescence et de ferveur dans les arènes arlésiennes, il n’y en eut pas… Qu’à cela ne tienne, de nouvelles promesses de bonheur tauromachique déjà nous attendent et notamment le mano à mano José Tomas / Sébastien Castella dans les arènes de Nîmes à la Feria de Pentecôte… Avec eux, la magie souvent opère…

A noter la création d’un Observatoire des cultures taurines, emmené par André Viard, Francis Wolff et quelques autres (Michel Vauzelle, président de la région PACA, Hervé Schiavetti, maire d’Arles) pour ne pas laisser l’Alliance anti-corrida tenir le haut du pavé et réussir à interdire l’accès des corridas aux mineurs.

Madonna : 4 minutes, 50 ans

Dimanche 23 mars 2008

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Madonna © Pizello / AP

« Time is waiting / No hesitating »… « Vieillir, quel naufrage » doit parfois se dire Madonna, 50 ans en août prochain, à la manière du Président de Gaulle. Même si un triomphe dans les charts semble assuré pour son album « Hard candy » à paraître le 28 avril, on se demande qu’est ce qui fait courir Louise Veronica Ciccone, encore Mrs Ritchie pour quelques semaines selon les tabloïds et lestée d’un contrat en or avec Live Nation, derrière Timbaland et Justin Timberlake et chanter « Tick tock tick tock » ou encore « the road to heaven is paved with good intentions » sur son dernier titre « 4 minutes ».
Déjà, à la sortie de « Frozen » en 1998, Neil Tennant des Pet shop Boys avait pointé l’une des nombreuses contradictions de la mégastar : tout ce déferlement de moyens et d’intelligence marketing pour chanter « Love is a bird, she needs to fly »… Mais, à quoi bon s’en formaliser, on a déjà téléchargé et écouté en boucle le fameux morceau instantanément devenu tube planétaire. Et demain, en panurge, on ira se faire rançonner de 200 euros pour la voir danser et chanter en play-back au Stade de France, comme hier à Bercy dans son déplorable Confessions Tour (photo)… Je ne suis pas non plus à la première contradiction près !

Keith Haring : Happy Valentine, New-York !

Dimanche 23 mars 2008

C’est un temps que nous ne connaîtrons jamais, une époque révolue, une atmosphère disparue. Pour ceux qui n’en sont pas morts, elle est une nostalgie définitive. Au-delà de la performance, la vaste exposition des œuvres de Keith Haring au Musée d’art contemporain de Lyon, la plus importante jamais organisée en France, vaut pour ce qu’elle ne parvient pas du tout à montrer parce que bien trop timide et surtout trop occupée à démontrer que le talent de Keith Haring renvoie aux plus grands (Picasso, Pollock) ou à la mythologie ancienne. Ce qui manque ? L’extraordinaire et incessante vitalité créatrice du New York 1980 qui a fait de Keith Haring ou de Jean-Michel Basquiat deux de ses plus beaux enfants. Avant eux, il y avait eu Andy Warhol et sa Factory. Il sera leur parrain, les encouragera face à un monde de l’art effrayé par ces garçons des rues. Le sida, la drogue les emportent très tôt, leurs œuvres comme des comètes sont des plus populaires aujourd’hui. Et ce n’est que justice. Alors, leur ancienne amie de galère, Madonna, peut continuer de chanter pour eux : « No other city ever made me glad except New York / I love New-York »…

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Keith Haring et Jean-Michel Basquiat, au Club 57 © Estate of Keith Haring.

The Keith Haring Foundation
Rétrospective Keith Haring, Musée d’art contemporain de Lyon, jusqu’au 29 juin 2008.

Ton Jacques retourne en enfer !

Dimanche 23 mars 2008

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Laurent Pelly, Agathe Mélinand © Emmanuel Grimault

Ces deux-là ont un talent fou ! Ils sont indissociables, l’une à la dramaturgie, l’autre à la mise en scène. Laurent Pelly, 45 ans et déjà de longues années de théâtre et d’opéra derrière lui, Agathe Mélinand, trois années de plus et des dispositions indéniables à dénicher des textes et à les adapter pour les mises en scène de son complice. Ils viennent de prendre la direction du Théâtre national de Toulouse après Jacques Nichet. Pour l’heure, c’est au Théâtre de l’Athénée à Paris qu’on peut découvrir leur dernière création, après une « Vie parisienne » d’Offenbach « sold-out » en décembre à l’Opéra de Lyon !
A leur répertoire, Eugène Ionesco. Sans leurs deux noms sur l’affiche, peu de chance qu’on eut été attiré par l’auteur de « La cantatrice chauve », du « Rhinocéros » et des « Chaises » – pour cela, il y a l’éternel Théâtre de la Huchette qui les joue sans discontinuer et peut-être même savoir que l’auteur d’origine roumaine, élu à l’Académie française en 1970, est mort en mars 1994.
Mais revenons à ce fameux Jacques et à l’avenir des œufs. Laurent Pelly et Agathe Mélinand ont associé ces deux pièces d’Ionesco, écrites vraisemblablement vers 1950 : « Jacques ou la soumission » et « L’avenir est dans les œufs ». La représentation commence tambour battant dans un décor de crash – Jacques est tombé de sa chaise, a traversé le parquet sous les assauts de sa famille d’huluberlus, père-la-morale, mère-léopard, grand-mère gâteau gâteuse, grand-père libidineux et sœur 10 000 volts sans compter bientôt une petite amie laide au point d’avoir trois nez et des beaux-parents d’une engeance assez similaire aux siens – et se poursuit sur ce rythme pendant près de deux heures. C’est intelligent, drôle, enlevé, les acteurs au diapason de la comédie et les mots d’Ionesco sont comme sauvés de l’absurde dans lesquels l’Education nationale les a « formolisés »… Une belle soirée qui renvoie le patrimoine Ionesco à la modernité et fait de Valère Novarina un tout petit héritier bien verbeux comparé à l’étincelante inventivité verbale du respectable Eugène !

Jacques ou la soumission / L’avenir est dans les oeufs, Eugène Ionesco, Théâtre de l’Athénée, jusqu’au 5 avril 2008.

Les nouvelles icônes de Candice Breitz

Dimanche 23 mars 2008

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Working Class Hero, 2006 © Alex Fahl. Courtesy Jay Jopling / White Cube, Londres.

L’Afrique du Sud, toujours. Cette fois-ci, au cœur du très élégant hôtel particulier abritant la Collection Lambert en Avignon, au travers de l’exposition de Candice Breitz et de la sculpture murale – cœur insolent de matraques de police – de Kendell Geers intégrée à l’exposition collective « Néon Bible ».
Née en 1972 à Johannesburg, Candice Breitz est désormais installée à Berlin. Découvert à la Biennale de Venise en 2005, distingué en 2007 par le jury du Prix international d’art contemporain de la Fondation Prince Pierre de Monaco, son travail se concentre sur les icônes contemporaines. Par « icônes », entendez naturellement quelques stars américaines, connues du monde entier : Madonna (Queen, 2005), Michaël Jackson (King, 2005) ou John Lennon (le prophète ?) dont elle demande aux plus fervents supporters de reprendre l’intégralité des albums (Immaculate Collection, Thriller) devant ses caméras. Cela donne des chorales hystérisées, en totale communion avec leur artiste. Etonnants et très réussis parcours vidéos au point de se jurer ne plus chanter à tue-tête dans la rue, l’i-pod visé dans les oreilles…
Mais, ce n’est pas tout. Tout au long de l’exposition, Candice Breitz continue de s’interroger sur ces représentations obsédantes issues de la pop-music ou du cinéma : ainsi ces véritables « cènes » où Candice Breitz photographie les fans d’Abba, de Britney Spears ou de Marilyn Manson (série Monument, 2007). Ils sont les apôtres d’un Seigneur qu’ils adorent au point de se travestir ou de se transformer physiquement pour mieux lui ressembler… Fascinante adolescence de la personnalité, mais le plus troublant est que pour certains, cela semble durer et de devenir un véritable viatique…
A remarquer, encore, ces deux installations complémentaires « Mother » / « Father », qui mixent sur plusieurs écrans des extraits de films avec Daye Dunaway, Meryl Street, Shirley McLaine, Diane Keaton, Tony Danza, Harvey Keitel, Dustin Hoffman, John Voight, Donald Sutherland. Tous se renvoient les éternels clichés du cinéma sur le rôle des pères et des mères… Ces idées simples sans cesse répétées deviennent alors insignifiant. Perte de repères, règne de l’émotion primaire… Candice Breitz, dans le ballet incessant de toutes les images et codes qu’elle dissèque avec finesse, voit juste !

Le site de Candice Breitz
Collection Lambert en Avignon, jusqu’au 18 mai.