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Archive pour 21 mars 2008

Robyn Orlin et les sapeurs de Jo’burg

Vendredi 21 mars 2008

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© DR

Connaissez les swankas de Johannesbourg ? Si ce n’est pas le cas, renseignez-vous avant le spectacle décousu de la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin « Dressed to kill… Killed to dress » au Théâtre de la Ville. A cet effet, Libération ouvrait lundi ses pages « Grand Angle » aux adeptes du « sweanking » (de to swank, soit en mettre plein la vue). Dommage, en effet, que Robyn Orlin ne donne d’ailleurs pas davantage de clés sur ceux que l’on comparerait aux sapeurs de l’Afrique de l’Ouest. Gucci, Prada et autre Vuitton de contrefaçon, ils s’affrontent le samedi soir en concours d’élégance bling bling. Chemise et cravate rutilantes, bagues, épingle de cravate et montres en or très plaqué, costume blanc et chapeau assorti, ils forment un défilé-témoin d’une Afrique du Sud complexe dont Robyn Orlin échoue finalement à nous faire découvrir… Black ou colored, la semaine, ils sont ouvriers, employés, gardiens, vivent dans la violence des townships. Le week-end, ils partagent comme une philosophie le goût du luxe et rêvent d’évasion et d’une vie meilleure. Un underground militant, perverti ? Sans doute. Des aspirations de parvenus post-apartheid ? Peut-être. Une charge contre ceux qui devaient être les fers de lance d’une nouvelle Afrique du Sud, désormais plus occupés à leur embourgeoisement ? Bien sûr mais cela ne suffit à rendre la proposition de Robyn Orlin complètement intéressante. Ne nions pas son grand talent à habiller-déshabiller les quatre danseurs et cinq swenkas qu’elle a conviés sur la scène du Théâtre de la Ville, mais force est de constater que la dénonciation tourne court, sans cesse perturbée par l’inutile hystérie filmée en coulisses. On voudrait comprendre mieux, partager sa vision de l’évolution de son pays, on reste sur le seuil, joliment intrigué mais pas emballé…

Dressed to kill… killed to dress, de Robyn Orlin, Théâtre de la Ville, jusqu’au 20 mars.

Olivier Dubois : Billy Elliot, c’est lui !

Vendredi 21 mars 2008

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Billy Elliot, the musical © DR

Temps gris sur la capitale qui finalement n’offrira pas à Bertrand Delanoë le triomphe de nouveaux arrondissements conquis sur l’UMP, juste la courtoisie d’une réélection sans tractations de couloirs avec les Verts et le Mouvement démocrate. Une ligne de démarcation – imaginaire ? – paraît s’instaurer entre les quartiers Est et Ouest. Au Centre Pompidou, la foule des week-end grisaille semble indifférente aux aléas de la vie politique. Elle est diablement mondiale. Pour peu, on se croirait un dimanche de pluie au Lincoln Center de New-York. La nouvelle équipe de Delanoë saura-t-elle s’emparer de ce mouvement pour restaurer l’éternité culturelle de Paris ?
J’attendais le spectacle d’Olivier Dubois, alerté par un papier enthousiaste de Rosita Boisseau dans Télérama. Il fallut d’abord subir les gesticulations graphiques du japonais Hiroaki Umeda. Rien de bien convaincant. Vient alors le délicieux Olivier Dubois, découvert une première fois dans le superbe spectacle « Péplum » de Nasser Martin-Gousset. Olivier Dubois se raconte comme il danse. « Penser l’interprète, déconstruire puis construire à nouveau ses fondations… « Pour tout l’or du monde… », je l’ai voulu comme une chronique d’un martyr, un précis de guerre ». Il est gros mais il dansera. Il ne répond pas aux canons de la beauté chorégraphique mais il séduira. Et ce feu-follet enveloppé tient son pari, s’amuse et rit comme un beau diable de toutes les conventions. A lui, le lac des cygnes et tant pis ! A lui, la barre des filles légères du Hustler Club et tant mieux ! Se moquant des afféteries des chorégraphes contemporains, il termine entouré d’une ronde de godemichés et c’est heureux d’oser dire ainsi son désir des corps des garçons ! Au final, Olivier Dubois danse encore, Billy Elliot pasolinien au visage bientôt couvert de tout l’or de son monde…

Pour tout l’or du monde, Olivier Dubois. En tournée en France.

Jean-Louis Trintignant, le clown triste

Vendredi 21 mars 2008

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Jean-Louis Trintignant © DR

On ne peut pas ne pas y penser tout au long du spectacle : ce sont peut-être les derniers pas sur un plateau d’un vieux lion du cinéma et du théâtre français. Pour quelques jours et après une longue tournée en France, Jean-Louis Trintignant est sur la scène du Théâtre du Rond-Point pour faire entendre le « Journal » de Jules Renard qu’il aime tant. Des aphorismes, des petites phrases ciselées et bien balancées pour une heure quinze de spectacle. Plus longtemps, la petite musique tournerait vinaigre. Là, c’est une jolie ritournelle. Quatre acteurs – une femme (étonnante Joëlle Belmonte pour ses débuts à la scène), un presque jeune homme (Manuel Durand) et deux hommes d’âge mûr (Jean-Louis Bérard), assis devant un guéridon, sur lequel est posé leur texte qu’ils semblent tous connaître par cœur – devisent sur l’amour, les femmes, le temps qui passe et la connerie humaine. Pas d’effet, ni de mise en scène, tout tient à la dernière rencontre avec ce beau clown triste qu’est devenu Trintignant…

Jean-Louis Trintignant, Théâtre du Rond-Point, Paris, du 14 mars au 19 avril 2008.