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Archive pour 12 mars 2008

Parsifal : Warlikowski année zéro

Mercredi 12 mars 2008

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L’affiche du « Parsifal » de Warlikowski © Duane Michals

« Les idéologies délaissant les lois morales évoluent en folie criminelle. Même l’enfant est entraîné d’un crime atroce à un autre, par lequel il croit avec candeur se libérer de la faute. Ce film, tourné à Berlin l’été 1947, ne veut qu’être un tableau objectif et fidèle de cette ville immense à demi détruite où 3 millions et demi de personnes vivent une vie désespérée sans presque s’en rendre compte. La tragédie leur est naturelle non pas par grandeur d’âme, par lassitude. Ce n’est pas un acte d’accusation contre le peuple allemand, ni sa défense. C’est un constat. Mais si quelqu’un après avoir vu l’histoire d’Edmund pense qu’il faut apprendre aux enfants allemands à re-aimer la vie, l’auteur de ce film aura sa récompense. »

Le texte du carton d’ouverture, puis les images du petit Edmund, suicidaire, du film de Roberto Rossellini « Allemagne année zéro ». Alors, des cris et des hurlements d’un public chauffé à blanc, prêt à la bronca, à sacrifier le talent de ce jeune Polonais, autrefois assistant de Peter Brook et de Gorgio Strehler, protégé par le grand intendant Gérard Mortier. Il y avait une ambiance électrique ce vendredi dans la salle de l’Opéra Bastille. Le vent d’une bataille entre les anciens et les modernes, entre les puristes de la grandeur wagnérienne et les tenants d’une liberté nouvelle offerte aux metteurs en scène, capables d’offrir une esthétique inédite aux grandes œuvres du répertoire mondial. Pourtant, à se balader pendant les longs entractes de ce spectacle de cinq heures et quart dans les coursives de Bastille, on pensait à François Mitterrand et à sa volonté de démocratiser l’art lyrique en créant ce bâtiment phare de son second septennat. Krzysztof Warlikowski ne dit pas le contraire : « L’opéra, c’est d’un côté un public très riche et bourgeois, de l’autre, de plus en plus de spectateurs jeunes, prêts de piétiner des heures pour trouver une place à la sauvette, qui veulent de la nouveauté, des choses qui leur parlent. Moi, je veux leur montrer des morceaux de vie. Pourquoi l’Opéra devrait-il être un art conservateur avec des mises en scène figées dans les dorures ? ». Alors, bien sûr, si ce Parsifal démarre dans le trouble avant de trouver son attraction, impossible de ne pas soutenir l’exigence de Krzysztof Warlikowski sans la moindre réserve, parce que c’est là, à coup sûr, que se joue le tumulte renouvelé du monde, de l’Europe. Et l’envie d’en découdre, toujours, avec les démons de nos temps obscurs pour vivre plus fort encore. Intensément.

Parsifal, Richard Wagner – Warlikowski, Opéra Bastille, en alternance jusqu’au 23 mars.

Loggerheads : tristes tortues

Mercredi 12 mars 2008

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© Strand Releasing

Ce sont deux mères tristes à la recherche du plus proche d’elle-même. Ce sont aussi deux garçons blessés, errant au pays des tortues de mers. Inspiré de faits réels, « Loggerheads » raconte leurs histoires de peu de mots, en revendiquant un certain romantisme. Une histoire simple comme la vie, celle de chemins qui ne se rencontrent plus, où l’un se cogne à l’autre sans raison ni déraison, perdu en son propre no man’s land. Rien que pour cette petite musique-là, le film de Tim Kirkman, sélectionné en 2005 au festival de Sundance, vaut le détour vers Kure Beach, où les tortues de mer viennent pondre et retrouver, elles, toujours le chemin de leurs origines…

Loggerheads, un film de Tim Kirkman, en DVD.

Derniers arrangements avec la mort

Mercredi 12 mars 2008

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© Comédie Française

Le parterre de la Comédie Française était d’importance. Madame l’administrateur était descendue de son bureau pour les recevoir. On reconnaissait Lambert Wilson, les anciens administrateurs Jean-Pierre Vincent, Jacques Lassalle, Louis Schweizer, le président du festival d’Avignon et désormais du quotidien « Le Monde », Christophe Girard, Philippe Tesson, Yasmina Reza et beaucoup d’autres encore comme Lucien Attoun, éternel défricheur du Théâtre Ouvert, qui fit beaucoup pour la découverte et la reconnaissance du talent de Jean-Luc Lagarce ou de Bernard-Marie Koltès. Après Koltès, c’était au tour de Jean-Luc Lagarce d’entrer au répertoire de la Comédie Française avec une de ses plus belles pièces « Juste la fin du monde ». Et comme pour « Retour à la Citadelle » mis en scène par François Rancillac en décembre au Théâtre des Abbesses, on regrettait le choix de Michel Raskine de ne pas faire confiance aux mots et à la musicalité des textes de Lagarce. Bien sûr, Laurent Stocker et Catherine Ferran tirent idéalement leur épingle du jeu, mais pourquoi ce décor de bazar, fait de chaises faussement de cinéma, cette brocante sous plastique et cette scène inutilement avancée sur les fauteuils d’orchestre ? Il manque encore à Pierre Louis-Calixte dans le rôle de Louis, celui du frère qui revient en pays familial quelques temps avant de mourir, la respiration nécessaire à la subtilité de la phrase de Jean-Luc Lagarce – cette obstination à trouver le mot juste, cet entêtement à la phrase la mieux ciselée. Malgré cela, les mots de Jean-Luc Lagarce résistent pour faire battre le cœur des spectateurs aux rythmes des derniers arrangements avec la mort d’un grand garçon maigre…

D’Eldorado en pasodoble…

Mercredi 12 mars 2008

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© Théâtre de la Ville

Pour mémoire et de quelques mots, dire pour ceux qui pourront le découvrir puisque le Ballet Preljocaj entame une grande tournée en France, puis sans doute à l’étranger, le ravissement de son dernier spectacle, fait de trois très belles pièces courtes. Une « Annonciation » d’abord, où deux danseuses évoquent à la perfection une idée dansée de ce « classique » de la peinture italienne, deux fiers « Centaures » ensuite qui s’ébrouent en un combat singulier sur la scène du Théâtre de la Ville, corps tendus des gladiateurs, virilité sensible, ils occupent l’espace et captive le public qui les plébiscite. Vient ensuite une pure merveille, la nouvelle création du chorégraphe, désormais installé au Pavillon noir d’Aix-en-Provence, « Eldorado », le sommet de l’art de Preljocaj sublimé encore par la musique originale de Karlheinz Stockhausen (Sonntags-Abschied), douze danseurs touchés par la grâce dans un ballet captivant. Un triomphe saluera la fin de la soirée.
Quelques jours plus tard, il fallut affronter le grand froid dès la gare Part-Dieu pour trouver la Maison de la Danse de Lyon où Michel Kelemenis reprenait le spectacle « Pasodoble » crée en juin 2007 lors de l’impeccable festival de Marseille (Direction Appoline Quintrand). Notre enthousiasme fut de courte durée. Une heure de danse comme essouflée où la corrida devait être le maître mot du travail du chorégraphe marseillais mais qui fit finalement long feu emporté par les errements de la musique de Philippe Fénelon qui se piquait de revisiter les « pasodoble » de nos arènes. Déçu de n’avoir pas été convaincu, on reprenait un train vers Toulouse, en espérant d’autres « Eldorado »…

Raimund Hoghe habite la Callas

Mercredi 12 mars 2008

Nous avions laissé, ébloui, Raimund Hoghe au Centre Pompidou un soir de novembre dernier. Il est ces jours-ci, à peu près seul sur la scène du Théâtre de la Bastille à Paris. Dès l’entrée dans la salle, le spectacle a commencé et Raimund dort sous une couverture de l’Armée du Salut. En quelques pas, il change d’adresse. Nous sommes maintenant au 36 avenue Georges Mandel, dernier domicile parisien de Maria Callas. Pendant une heure et demie, le chorégraphe allemand, ancien dramaturge de Pina Bausch, nous fait revivre ses dernières années dans un Paris qui semble l’avoir abandonnée.
Tout au long du spectacle, en bande son, Maria Callas chante des airs de Bellini, Donizetti, Verdi, Giordani, Gluck, Massenet, Saint-Saëns et Bizet et répond, péremptoire, à des interviews de journalistes qu’elle ne cesse de moquer. Raimund Hoghe, lui, nous fait visiter cet appartement légendaire et comme un voleur, s’empare des reliques de la cantatrice, ses chaussures, un étui à cigarettes, un imperméable. Economie de mouvements, zen absolu et hystérie rentrée, Raimund Hoghe pousse à son paroxysme la geste hoghienne qui le fait acclamer dans toute l’Europe. Aux derniers instants, un homme jeune le rejoint et prend possession de cet héritage d’amour. ll est danseur, élégant, il porte une orchidée des plus noires à la ceinture. Raimund Hoghe retrouve alors la rue et ses cartons de misère…

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Raimund Hoghe © DR

Eloge de Lulu la pilule

Mercredi 12 mars 2008

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Lucien Neuwirth © France 3 / Effervescence.

France 3 diffusait samedi soir à une heure bien médiocre (23h00) le film de Sébastien Grall, écrit avec Brigitte Peskine « Monsieur Neuwirth, tenez bon ! ». Un documentaire, non ! Mais ce qu’il est convenu désormais d’appeler un docu-fiction, mêlant une interview au long cours de Lucien Neuwirth et d’autres militants de la contraception (Pierre Simon, Yvette Roudy) à des scènes de fiction nous plongeant au plus près de la « réalité » de l’époque. Il y a dix ans tout le monde aurait hurlé à cette obligation de fiction pour maintenir les téléspectateurs attentifs à un sujet pourtant digne d’intérêt.
Les temps changent… sauf Lucien Neuwirth, qui confortablement installé dans les ors de la salle de presse du Sénat, raconte avec une émotion forçant le respect ses années de militant politique au service de l’émancipation des femmes et du contrôle des naissances. La loi de 1967, bien avant les avancées permises par la loi Veil de 1974 autorisant l’IVG, c’est lui, aidé par les militantes du Planning familial (Evelyne Sullerot, Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé), quelques médecins, éclairés, bousculant leur Ordre hérité de Vichy comme les professeurs Pierre Simon et Etienne-Emile Baulieu et de rares hommes politiques (Alexandre Sanguinetti, Jean-Marcel Jeanneney). Un temps au Paris Match, prenant fait et cause, titrait « Feu vert pour la pilule » sur la photo d’une jeune femme épanouie, réjouie de pouvoir choisir le moment d’avoir un enfant et de ne pas subir des maternités successives ou autres avortements de fortune…
Cet homme, valeureux résistant, bientôt député gaulliste puis sénateur de la Loire que rien ne prédestinait à ce combat de toute une vie qui lui vaudra le sobriquet de « Lulu la pilule », injures et dizaines de cercueils en petit bois dans sa boîte aux lettres, est simplement exceptionnel. Alors, qu’est-ce qui fit courir Lucien pendant toutes ces années ? Des balles allemandes en 1945 qui ricochent sur quelques pièces de monnaie, blessent mais ne tuent pas :  » Il y a d’abord eu le chant des oiseaux, le chuintement du vent dans les branches… J’ai mis des années à comprendre ce miracle, à me demander pourquoi le destin m’avait épargné… Et je me suis dit, maintenant, cette vie, il faut que j’en fasse quelque chose d’utile pour tous. Et voilà, maintenant, il y a cette loi qui porte mon nom… »

« Monsieur Neuwirth, tenez bon ! », un film de Sébastien Grall, écrit avec Brigitte Peskine, produit par Simone Harari.

Nimeno II en lumière

Mercredi 12 mars 2008

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La statue Nimeno II devant les arènes de Nîmes © DR

C’était il y a quelques jours. La Dépêche du Midi, quotidien régional de Toulouse et Midi-Pyrénées, partenaire de nombreuses ferias dont celle de Fenouillet (25 – 29 juin 2008) recevait les clubs taurins de la région et des aficionados, habitués des chroniques taurines que le journal a la belle idée de proposer à ses lecteurs pour rien perdre des temporada française, espagnole et sud-américaine. Vin de pays et mets régionaux, la famille Baylet sait recevoir. Avant ces agapes, une lecture musicale d’Alain Montcouquiol nous a remis à l’oreille de très beaux textes évoquant la tauromachie. Il est, lui, l’un des tout premiers toreros français de l’après-guerre et l’auteur d’un récit bouleversant « Recouvre-le de lumière », paru aux Editons Verdier dans la collection « Faenas » de Jean-Michel Mariou. Un hommage à son jeune frère Christian, mieux connu sous le nom de Nimeno II, torero d’exception, homme blessé de ne plus pouvoir toréer qui mit fin à ses jours en 1991 d’un bout de corde dans son garage. Qu’on soit partisan ou non des courses de toro, ce texte est un splendide appel de la fraternité…

Olafur Eliasson sous le pont de New-York

Mercredi 12 mars 2008

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© Olafur Eliasson

La nouvelle a paru dans les Inrockuptibles, on la trouve également sur le site « Next » de Libération. Olafur Eliasson, le célèbre artiste danois (Copenhague, 1947), prend ses quartiers d’été sous le célèbre Brooklyn Bridge à New-York pour une installation monumentale intitulée « Waterfalls », soit quatre chutes d’eau spectaculaires sur les berges de l’East River, entre Manhattan, Brooklyn et Governors Island. En 2005, le danois avait embrasé la Turbine Hall de la Tate Modern d’un soleil d’éclipse et d’un brouillard hypnotique à vous faire passer la journée dans cette ambiance d’apocalypse. A découvrir les premiers croquis du projet financé par le Public Art Fund, la Ville de New-York et la compagnie Tishaman, je me dis qu’il faudra ce septembre aller faire un tour à New-York. On y revient !

Waterfalls project, by Olafur Eliasson