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Archive pour janvier 2008

Son nom de Tallinn dans Helsinki glacée

Vendredi 4 janvier 2008

A lire les brochures touristiques vantant les mérites de la Nordic Jet Line, compagnie reliant Tallin à Helsinki, je pense à une scène du film de Patrice Chéreau « Son frère ». Les deux frères (Eric Caravaca, Bruno Todeschini) sont assis sur un banc en Bretagne. Survient un vieil homme fatigué, joué par le lunaire Maurice Garrel. Ensemble, ils parlent de tous ces bateaux pris pour découvrir d’autres terres, d’autres îles – et particulièrement la navette entre les ports de Piombino (Toscane) et de Portoferraio sur l’île d’Elbe, chère à Hervé Guibert.
Pourquoi ne pas prendre celle-ci ? Elle met la capitale estonienne à 1h30 d’Helsinki. A Copenhague (Danemark), on a construit un pont sur la Baltique pour rejoindre Malmö, en Suède. 20 minutes de train et vous changez de monnaie. Bonheur de la géographie qui continue de rétrécir…

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Son frère, de Patrice Chéreau © DR

Jean-Claude Ellena : l’homme de Cabris

Vendredi 4 janvier 2008

Par la magie du podcast, j’écoute dans la nuit froide d’Helsinki, Jean-Claude Ellena, au micro d’Yves Calvi. Reclus dans sa maison-atelier-jardin de Cabris (Alpes maritimes), l’homme est « compositeur de fragrances » pour Hermès. Son talent se cache derrière les créations récentes de la maison – qu’il s’agisse des parfums largement diffusés (Terre, Jardins de Méditerranée, Jardins du Nil) ou de ses créations personnelles (la collection Hermessence dont le subtil Poivre Samarkande) que l’on trouve exclusivement en boutique.
Mieux qu’un « nez », cet homme est un alchimiste, doublé d’un passeur. Il dit les senteurs, crée des parfums, comme certains rêvent des histoires, écrivent des romans. A la suite de l’exigeant Edmond Roudnitska (créateur d’Eau Sauvage, de l’Eau fraîche de Dior, de l’Eau d’Hermès, des classieux Diorissimo, Diorella), il cherche la note juste « en associant des matériaux d’origine végétale… Cela ne m’intéresse pas de dupliquer la nature, je cherche à en donner ma vision. Le parfum est un mensonge qui dit la vérité. »
Sa démarche unique, parallèle à celle de quelques-uns comme Serge Lutens, Frédéric Malle et ses amis des Editions de parfums, les new-Yorkais du Labo ou les très branchés de l’ »Etat libre d’Orange », est à découvrir dans un « Que sais-je ? » pour « pénétrer les coulisses de mon travail, celui de pilleur, de voleur, de maraudeur d’odeurs ».

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Jean-Claude Ellena @ DR

Le parfum, Jean-Claude Ellena, Que sais-je, PUF, 2007

www.editionsdeparfums.com
www.art-et-parfum.com
www.lelabofragrances.com
www.etatlibredorange.com
www.salons-shiseido.com

Rodrigo Garcia : le pire des malentendus

Mercredi 2 janvier 2008

En six portraits, Le Monde proposait la semaine dernière la rencontre de six « sentinelles » de la culture contemporaine. Parmi ceux-là (Emmanuel de Buretel, Rudy Ricciotti, Henri Loyrette), Rodrigo Garcia, le maestro argentin.
Après deux spectacles en berne, Rodrigo Garcia est revenu avec deux pièces fortes : « Et balancez mes cendres sur Mickey » vue au festival « Mettre en scène » 2006 à Rennes (TNB) et « Bleue, saignante, à point, carbonisée » au festival d’Avignon 2007. Des critiques de mauvaise humeur, un scandale injuste – autour d’une femme rasée au cours du spectacle – l’ont placé de nouveau au cœur des controverses. On devrait, à la place, saluer la renaissance de Rodrigo Garcia tant il s’est renouvelé et a réussi à renouer avec la poésie de ses premiers textes (After sun, Jardineria Humana)
Son drame est, il le répète souvent, que cette poésie de combat, née d’une grande amertume politique et sociale, se heurte aujourd’hui à son propre public : « Je n’aime pas mon public, parce que je ne me reconnais pas en lui. On vit tous surprotégés, à l’intérieur d’une bulle de faux bien-être. Je ne peux pas faire du théâtre dans leur bulle… ». Il faut le sentir, dans les théâtres, ce public, bourgeois et affreusement « culturel », applaudir aux provocations et ne rien discerner de l’engagement « philosophique » de Rodrigo Garcia – des conceptions certes contestables, mais empreintes d’une grande sincérité et sans compromis. Le pire des malentendus.

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After sun, Rodrigo Garcia, 2003 © Sofia Menendez

« Rodrigo Garcia ou les limites de la provocation sur scène » Par Brigitte Salino, Le Monde, Samedi 29 décembre 2007, p.18.

Moi aussi je suis Catherine Deneuve…

Mercredi 2 janvier 2008

« Je vous aime » : un beau film vieilli. 1979, en haut de l’affiche, Catherine Deneuve, définitivement la femme la plus libre du cinéma français, et un casting masculin d’enfer : Jean-Louis Trintignant, Gérard Depardieu, Alain Souchon et… Serge Gainsbourg. Ils forment autour d’elle, un quatuor, les hommes de sa vie. Une nuit de Noël enneigée, des enfants gâtés, elle revoit le film de ses amours… Dans ses mémoires, pleins d’un besoin irrassasiable de consolation, Claude Berri raconte : « Quand j’ai proposé à Catherine Deneuve de faire un film avec elle qui s’inspirerait de sa propre vie, de ses amours, je n’avais pas compris que j’allais faire un film sur moi. A travers les amours de Catherine, j’ai cherché à comprendre comment on pouvait faire sa vie en plusieurs fois, moi qui avais toujours cru faire la mienne avec une seule femme… J’ai été très heureux et surpris que Catherine m’accorde sa confiance et me laisse s’inspirer de sa propre vie. Elle a vraiment joué le jeu, sans censure aucune. Dans cette auto-fiction, probablement cherchait-elle à se comprendre elle-même. Tout était implicite entre nous. »

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Catherine Deneuve, La Chamade © Alain Cavalier

Je vous aime, un film de Claude Berri (en DVD)
Autoportrait, Claude Berri. (Léo Scheer / Livre de poche n° 30324)
Moi aussi, je suis Catherine Deneuve, Pierre Notte (L’avant-scène, Théâtre)

Meilleurs voeux !

Mardi 1 janvier 2008

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Mr and Mrs Clark and Percy, 1970 © David Hockney.

Hedi Slimane : rock’n roll for ever

Mardi 1 janvier 2008

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© Hedi Slimane

Etrange fascination des couturiers pour la photographie : Christian Lacroix créant l’habit du photographe Lucien Clergue accueilli en novembre à l’Académie, Karl Lagerfeld poursuivant une œuvre pompière à cent lieues de l’élégance Chanel et, enfin, le petit dernier, Hedi Slimane, en rupture de ban avec la maison Dior qu’il a pourtant révolutionnée rayon Homme, photographiant ses égéries rock (Pete Doherty, Amy Winehouse) et leurs fans…
A la galerie Almine Rech, Hedi Slimane s’essaye de nouveau à l’exposition, après l’excellent « Mapplethorpe by Slimane » de la galerie Thaddaeus Ropac en 2006. Ouverte sur trois faibles installations tout en rampe de lumières, lettres de néon « Perfect stranger » et scène rayée des talons de Miss Winehouse, l’exposition reprend heureusement le chemin de la photographie. Sous le signe d’un grand feu d’abord. Brûlé le maniérisme glam, Hedi Slimane poursuit sa seule obsession : les jeunes hommes. Loin des silhouettes efflanquées rock de ses défilés, il en photographie d’autres, buveurs de bière, hagards, peu soucieux de leur apparence, rendus fiévreux par la musique. Plus de discours sur l’art et la manière de « documenter ». A l’étage, Hedi Slimane peint un backroom de fumigènes et spotlights et rend les armes devant le portrait d’un garçon torse nu. Il le photographie de dos, bracelet de concert au poing. Tranquillement, il fume. Un clair duvet châtain court sur sa nuque.

« Perfect stranger », Hedi Slimane, Galerie Almine Rech (Paris), jusqu’au 5 janvier 2008.
www.hedislimane.com
www.myspace.com/hedislimaneofficial
www.galeriealminerech.com

La coleta de Denis Loré

Mardi 1 janvier 2008

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Denis Loré dans les arènes d’Arles © Christophe Chay

Sur la mélancolie des férias 2007, il nous faut revenir. En couverture du Midi Libre, Denis Loré, torero nîmois désormais retiré, raconte l’émotion de sa dernière corrida. Nous étions 13 000 ce dimanche 16 septembre dans les arènes de Nîmes. La presse nous avait appris la mort de son père, l’avant-veille. Etait-ce cette indiscrétion mêlée de l’admiration des aficionados pour les vingt-deux années de carrière de l’homme du pays qui nous fit tous chavirer ?
Dans une arène fragile comme du cristal, on vit Denis Loré perdre sa coleta et s’offrir un ultime triomphe. La coleta ? Ce chignon, postiche, que les toreros portent près de la nuque et qu’un confrère leur coupe lors de leur dernière corrida. Magie de la tauromachie qui apprend les rituels et, plus encore, à les respecter.
Sur la piste, après l’embrassade des trois frères endeuillés et des compagnons de la cuadrilla, vint le salut du torero à la foule. A son passage, ce furent mille œillets blancs qui jaillirent, couvrant le sable de neige…
Dernier combat, un des plus redoutés, où l’idéal de bravoure rivalise avec une prudence compréhensible. Pourtant, Denis Loré torée au plus près du toro, frôlant de rien les cornes, au point de déchirer son costume et de terminer le combat dans un habit d’infortune. Blessé de ne pas conclure d’une belle estocade, sonné par l’émotion qui court le « callejon », il pleure.
Reviendra-t-il un jour comme tant d’autres incapables de quitter les cercles furieux de sable et de sang ? « Non, jamais… Parce que je ne peux trahir ce 16 septembre. Et puis parce que ma coleta… elle repose avec mon père ».

« Denis Loré : Je sais que je n’ai pas une saison à préparer », Midi Libre, 26 décembre 2007.

Arafat, connais pas !

Mardi 1 janvier 2008

Des marches du Palais de Chaillot à Brest, en arpentant les ruelles de Lyon, les garçons et les filles d’aujourd’hui ajoutent à leurs jeans slim et blousons cintrés, un keffieh… Fulgurante prise de conscience politique alors que le conflit israëlo-palestinien reste sans solution durable ?
Comment, toutefois, ne pas en douter ? Se souviennent-ils tous des luttes palestiniennes, de l’OLP et de Yasser Arafat ? Ou comme leurs mères en rêve de soieries Hermès, ils portent un joli carré de coton noir et blanc, rouge et blanc… Les plus aisés s’offrent le Balenciaga by Nicolas Ghesquière pour 1500€ ! La mode la mode la mode…

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Yasser Arafat © Frédéric de La Mure

La plage de Sète et quelques dames en noir

Mardi 1 janvier 2008

Quelques années que cette ville me fait ce bel effet. Venu de Villeneuve-les-Maguelone un jour d’été marcher sur cette plage où la supplique de Brassens veut qu’on y soit enterré, j’y suis revenu plusieurs fois avant de décider que ce serait là que les vacances, au coin du Mont-Saint-Clair et de la Méditerranée, rimeraient avec poissons grillés, heures passées sur le sable de la plage de la Vigie, dîner au Paris Méditerranée, tielles chaudes en déjeuner de soleil, verre de Picpoul de Pinet en apéro au Bistro du marché. Eté comme hiver. Cette fois-ci, à la Pointe courte, ce petit village de pêcheurs sur l’étang de Thau que filma Agnès Varda en 1954.
Nostalgique, elle est revenue à Sète cet automne, filmer les ports et les plages qui ont compté dans sa vie. Gageons que ce film aura la beauté de son installation présentée à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, superbe variation sur le deuil d’une dizaine de veuves, jeunes ou âgées, habitant l’Ile de Noirmoutier…

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© Ciné-Tamaris

« Les veuves de Noirmoutier » (documentaire / Arte France), installation dans le cadre de l’exposition « L’ïle et elle » (été 2006)
Paris-Méditerranée, 47 rue Pierre Semard, Sète : 04 67 74 97 73
Le bistro du marché, rue Alsace-Lorraine, Sète.

Liu Wei : le sel de la terre

Mardi 1 janvier 2008

Connaissez-vous Napoléon Bullukian ? Industriel arménien, rescapé du « génocide » de 1915, il fait fortune à Lyon et lègue, à sa mort en 1984, à la Fondation de France les moyens de créer une Fondation pour « favoriser le développement culturel et artistique ». Rendons hommage au mécène : il accueille l’installation-sensation de cette 9e Biennale. Invité par Pi Li, patron du Contemporary Art magazine, Liu Wei, artiste (Pékin, 1972) issu du mouvement de l’art monumental chinois de la fin des années 90, présente une œuvre majeure « Outcast » (« ce qui est banni », 2007). Dans le jardin de la Fondation Bullukian, illuminé la nuit par quatre projecteurs, une construction de vitres et de verre. A l’intérieur, on aperçoit, éclairés aux néons, deux énormes ventilateurs métalliques et un réfectoire de tables, de chaises, en bois, couvertes de cendres. Un paysage de désolation comme la métaphore d’un régime communiste en fin de vie, abandonné et étouffé par la pollution de la révolution industrielle et capitaliste. En 2008, Pékin accueille les Jeux Olympiques, mais la mue sera-t-elle complète ?

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© Pauline J. Yao

www.bullukian.com

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