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Archive pour janvier 2008

Tonnerre de Bartabas !

Jeudi 10 janvier 2008

Après les colonnes de Buren, une autre polémique, preuve que les questions culturelles en France sont prégnantes, rebondit avec l’intervention d’Alain Finkielkraut ce matin sur France Inter. Après le saccage du bureau du directeur de la DRAC Ile de France et sa nuit au poste, le taiseux Bartabas réclame des excuses de la ministre de la culture dans une lettre ouverte, complaisamment publiée dans le Nouvel Observateur par son ami cavalier Jérôme Garcin.
Si Alain Finkielkraut n’a de cesse de nous exaspérer chaque samedi sur France Culture, sa position sur « l’incivilité » de Bartabas est juste. Si nous nous mettions tous à détruire le Mobilier national, à mesure que les agents d’un Etat culturel appauvri nous annoncent des réductions budgétaires, il ne restera bientôt plus rien de la splendeur mobilière passée de la France, ni des commandes publiques de chaises et bureaux design qui peuplent nos institutions !
Ce coup de sang illégitime vient une nouvelle fois rappeler que la politique culturelle française est en panne depuis une décennie et que se ressentent aujourd’hui les effets d’une régulière absence de courage politique pour dire la vérité aux « gens de culture », premiers responsables de l’échec de la démocratisation culturelle. Incapables d’être eux-mêmes et dans un mouvement collectif les artisans de leur nécessaire transformation. Voyons le temps qu’il a fallu pour ne rien décider sur la question de l’intermittence du spectacle.
Non, tout n’est pas culturel. Tout ne mérite automatiquement un financement de l’Etat. Un ministère de la culture, digne de ce nom, devrait être à la pointe de cette évaluation (stimuler les structures établies pour qu’elles ne sclérosent pas, s’ouvrent à de nouvelles perspectives, tout en permettant aux nouveaux entrants de se faire une place) et aider les acteurs culturels, par des conseils d’experts et de professionnels aguerris plus que par le saupoudrage de subventions, à trouver leur bon interlocuteur. Et arrêter d’en appeler, comme des cabris, à la recherche de mécènes privés, dont la frilosité en France est considérable et l’intérêt porte principalement sur le patrimoine… Ces fameuses chaises que Bartabas a fracassé contre les représentants de l’institution !

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© Académie du spectacle équestre

www.franceinter.com
Lettre ouverte de Bartabas dans Le nouvel Observateur

François Nourissier : à défaut de génie, la vie

Mercredi 9 janvier 2008

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François Nourissier, novembre 2005 © Serge Picard.

Il s’éloigne. Il le dit très élégamment dans une lettre adressée à sa grande amie Edmonde Charles-Roux que le Figaro reproduit ce matin. François Nourissier, 80 ans, a choisi hier de quitter l’Académie Goncourt, où il siégeait depuis 1977. Non, ce n’est pas la lassitude, ni le règlement nouveau imposé par la présidente, Didier Decoin, Jorge Semprun et le dernier venu, Bernard Pivot, mais des raisons familiales (la perte à quelques jours d’intervalle de son femme et de son fils) et de santé (la fameuse Miss P., entendre Parkinson) qui le contraignent à la démission.
On ne naît pas académicien, on le devient. Dans une belle interview au même Figaro, il dit son « cœur lourd », sa grande fatigue physique, ses sentiment mitigés de toutes ces dernières années, avec la même truculence qu’il mettait à faire trembler la République des lettres par ses chroniques à chaque rentrée dans le Figaro Magazine. C’était la pluie ou le beau temps pour les écrivains, les maisons d’éditions en quête de la prestigieuse et pourtant si décriée récompense. Sur lui, le pape des lettres françaises, on a tout écrit, de sa fameuse chemise « cajoleries » où il recensait, soi-disant, tous les manquements et autres égratignures des écrivains et journalistes à son endroit jusqu’à son amitié récente et son combat pour l’oeuvre de Michel Houellebecq. A lire aussi, pour se faire une idée de la vie de l’homme à la grande barbe blanche, sa belle autobiographie « A défaut de génie », paru aux Editions Gallimard en 2000.

www.lefigaro.fr
www.lemonde.fr

Helsinki Kiasma : Carnegie Art award 2008

Mercredi 9 janvier 2008

L’exposition est désormais terminée mais le site internet remarquable du Carnegie Art Award donne un bon aperçu des oeuvres et présentent les interviews des artistes. A la manière du britannique Turner Prize et du très français Prix Marcel Duchamp, les Carnegie Art Award ont été créés en 1998 pour promouvoir les artistes nordiques et soutenir les créateurs nés ou vivant en Islande, Suède, Norvège, Finlande et Danemark.
La sélection annuelle des artistes, sans considération de nationalité et de discipline, par un jury de professionnels donne lieu à une exposition itinérante, un catalogue et un film documentaire tirant le portrait de chacun des artistes sélectionnés. Cette exposition avait lieu cette année au Kiasma, beau musée d’art contemporain d’Helsinki et offrait un formidable état des lieux de la création contemporaine nordique
Tout n’est pas, on l’imagine, du même talent, alors, on distinguera, au fil de la visite – qu’ils aient ou non reçu un des prix du jury : la vidéo de Jesper Just, les sculptures bouleversantes de Vesa-Pekka Rannikko, les mélancolies aquarelles d’Anna Tuori, les intérieurs lumineux de Pertti Kekarainen. Et encore les fashion-victimes de pâte à modeler de l’étudiante Nathalie Djurberg, les tableaux époustouflants de réalisme de Thorbjorn Sorensen (photo), d’autres intrigants tableaux à la chaise de Jarl Ingvarsson, et enfin, en clôture l’installation toute en fureur noire et blanche (quis furoro cives / Why this anger citizens) de Gardar Eide Einarsson…

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© Thorbjorn Sorensen

www.carnegieartaward.com

Hillary Clinton : the come-back girl

Mercredi 9 janvier 2008

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© Reuters

Finalement que comprenons-nous des élections américaines ? L’excitation pro-Obama était grande hier soir dans les médias français. Les discussions de lounge-bar allaient bon train sur la formidable percée du sénateur de l’Illinois. Reléguée, la famille Clinton, au rang des antiquités démocrates. Le Monde nous racontait la passion d’Obama pour le basket-ball et tenait le fils Noah pour l’un de ses plus fervents supporteurs. Hillary Clinton n’intéressait plus personne. Elle n’incarnait pas le changement souhaité par les démocrates américains. C’était entendu : malgré le retour de Bill auprès de ses plus proches conseillers, elle n’avait pas su gérer son rôle de favorite des sondages, qui donnaient le matin même Obama victorieux avec plus de dix points d’avance. Nous avions tout faux ! Ce matin, au réveil, Hillary Clinton avait repris du poil de la bête, distancé Obama de deux points et ainsi relancé le suspens ! Les mêmes experts, en plein rétro-pédalage, balayaient devant leur porte mais déjà se lançaient dans de nouvelles théories (les Clinton, rois du come-back) qu’il est prudent d’écouter avec circonspection…

Le patrimoine Buren

Dimanche 6 janvier 2008

Retour en France. Dans l’avion, je lis une interview de Daniel Buren dans Le Monde. La polémique sur la restauration (ou la destruction, qui sait ?) des « Deux plateaux », installé près des jardins du Palais Royal et de la Comédie française, sous les fenêtres de la ministre et de son cabinet, autrement appelé « Colonnes de Buren », n’en finit pas. Elle est née d’un déjeuner avec Daniel Buren, chroniqué par Olivier Schmitt en dernière page du « Monde 2 ». Preuve que rien n’est cicatrisé, des hurlements d’origine : ces fameuses colonnes déchaînent encore les passions réactionnaires. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le courrier des lecteurs du Figaro. Haro sur les années Lang, les commandes publiques et les dégénérés de l’art contemporain…
Honte surtout à ces gouvernements successifs et autres municipalités incapables de tenir leurs engagements « artistiques ». Pied de nez délicieux, enfin que d’imaginer que l’œuvre de Buren fait désormais partie du patrimoine français et qu’il faut veiller comme pour le Louvre ou la basilique de Saint-Denis à son bon entretien !

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Les deux plateaux, Daniel Buren © DR

L’esprit Tokio Hotel sur Kamppi Station

Dimanche 6 janvier 2008

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© didier@picasaweb.google.com

Je sors de la station Kamppi pour rejoindre l’immense shopping hall du même nom. Dans les escalators, une foule de drôles de jeunes iroquois. Je ne reconnais les garçons des filles. Eye-liner pour tout le monde ! Jeans arrangés d’épingles à nourrice, de tartans ou de rubans satin, cheveux colorés en catastrophe atomique, casquette over-size, keffieh de toutes couleurs, tennis vans ou talons vernis, elle va ainsi la belle adolescence finlandaise, pleine de maladresse « no future », de tendresse et d’espoir candide… Dans cet underground très aseptisé, elle se donne rendez-vous. Un ravissement d’élégance néo-gothique. Je rêverais d’avoir, de nouveau, leur âge, leur invention. Seul compte alors d’avoir un style et de partager ce bel idéal avec quelques amis compréhensifs. Les idées viendront, c’est sûr, mais plus tard, s’il vous plaît…

These european boots are made for walking

Dimanche 6 janvier 2008

Faut-il soutenir encore la construction européenne ? Absolument. C’est mon idée, à courir les capitales d’Europe du nord, à me réjouir des tendances nouvelles, à voir cette Europe vivre du même diapason que celle, mieux connue, d’Italie ou d’Espagne, sans qu’aucuns ne perdent sa singularité. Pourquoi, alors, tous ces traités sans reliefs, manipulés par des hommes politiques, peu conscients de la chance offerte et faisant semblant d’être responsables ? Non, l’Europe n’est plus une utopie mais la plus belle des ouvertures culturelles, politiques, économiques, sociales qu’il faut qu’on se batte sans état d’âmes pour elle.
Je n’ai pas trouvé ces boots du designer finlandais Aki Chocklat à Helsinki. Elles m’attendent chez Harvey Nichols à Londres. Si elles n’y sont plus, je me consolerai d’un pull de la suédoise Filippa K, d’une chemise du Bruuns Bazaar danois. Futilité, oui, mais ce qui vaut pour les fringues, tient aussi pour l’art contemporain, la gastronomie, la philosophie, la jeunesse et l’amour !

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© Aki Choklat

www.akichoklat.com (London Harveys Nichols / Helsinki work of art)

Quelques adresses à Helsinki :
Work of art, Uudenmaankatu 7, Helsinki.www.woa.fi
Seven, Eerikinkatu, 5, Helsinki. www.seven-helsinki.com
Helsinki10, Eerikinkatu 3, Helsinki. www.helsinki10.fi

Dans les vapeurs d’Helsinki

Dimanche 6 janvier 2008

Comment ne pas sacrifier à la tradition ? A succomber à l’appel de la vapeur, autant choisir le véritable sauna « finlandais ». A cela rien est comparable, selon les habitués. Me voici donc au Kotiharjun Sauna Oy, le plus vieux sauna d’Helsinki. Les femmes en haut, les hommes au rez-de-chaussée. L’endroit ne paye vraiment pas de mine. Un vestiaire de bric et de broc, étagères bois d’origine (1955), table familiale à nappe de campagne et promiscuité de tous les instants. La serviette autour de la taille, je passe sous la douche, tandis que d’autres, pleins de tatouages, se font déjà frotter le dos par une créature tout droit sortie d’un film de Fellini. Arrivées d’airs chauds et humides, le sauna est un gradin de ciment noir. On s’assoit de fortune sur des caillebotis qu’on veille à nettoyer d’un peu d’eau. La chaleur est à discrétion des entrants et sortants qui actionnent une manette jetant de l’eau sur des pierres rougies au feu de bois de bouleau. Elle pique le nez, la gorge au point de vous étourdir. Groggy, j’en sors, me rafraîchis d’une douche d’eau fraîche. Les plus gaillards vont fumer et boire une bière sur le trottoir. A moitié nus par – 5°. Cinq fois, je recommence. La tradition veut qu’on se fouette, enfin, de branches de bouleau. La crainte de marques de flagellation trop criantes sur mon torse et dos, déjà couleur d’écrevisse, m’a fait renoncer… Retour au vestiaire, où se tiennent de vraies bacchanales de bière pour les plus anciens ou de diet coke pour les étudiants en bande. Dehors, l’atmosphère est douce, ouateuse. Un plaisir rare…

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© Seppo Pukkila. The Finnish Sauna Society

www.kotiharjunsauna.fi
www.sauna.fi/englanti/

Devine qui vient dîner ?

Vendredi 4 janvier 2008

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Barack Hussein Obama © Jim Mone / Associated Press

La fièvre me saisit dès le premier caucus. Primaires dans l’Iowa, petit état rural à majorité blanche. Le résultat est inattendu : Barack Obama, 46 ans, sénateur de l’Illinois, en tête, John Edwards en deuxième position et derrière Hillary Clinton. Une contre-performance pour l’ancienne First Lady. A croire que les Clinton, malgré leur mutuelle expérience, se soient trompés : les démocrates ne veulent pas seulement le changement, mais également de nouvelles têtes. Difficile d’en tirer de larges conclusions dès à présent, les primaires sont semées d’embûches et il y a, ne l’oublions pas, des républicains en face. Alors, attendons la suite des événements…
De l’autre côté de l’Atlantique, le mois de janvier a sonné l’ouverture de la chasse à la gazelle Royal et c’est un vrai safari : Fabius, Hamon, Montebourg, chacun est à sa manoeuvre navrante, tout en déplorant l’absence d’unité et de capacité de réaction du PS face à la politique du Président Sarkozy. Ils rêvent d’une alliance avec l’extrême-gauche comme au beau temps du programme commun. Un boulevard s’ouvre au centre, mais, non, résistons et allons nous compter dans la cabine téléphonique de la place du Colonel-Fabien !

PS. Est-ce une heureuse coïncidence ? Le film de Stanley Kramer « Devine qui vient dîner ? » est de nouveau disponible en DVD dans un coffret « 40e anniversaire ». L’occasion de revoir Spencer Tracy, Sidney Poitier et Katharine Hepburn au sommet de leur art dans un film qui fit scandale pour mettre en scène un couple mixte. En 1967, seize Etats du Sud interdisaient encore l’union mixte. Malgré les manifestations du Ku Klux Klan devant les cinémas, le film connut un énorme succès, reçut dix nominations aux Oscars et Katharine Hepburn la statuette de meilleure actrice.

L’ordre des choses : Helsinki, extérieur jour

Vendredi 4 janvier 2008

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Quand on arrive à Helsinki, début janvier, prendre une courte journée, la plus froide, pour visiter les « seesights » obligatoires (le parlement, le marché couvert, le design district) et courir les galeries marchandes qui sont légions. Le froid interdit de flâner en ville : ces cathédrales d’acier et de verre (Stockmann, Forum, Kamppi) permettent un shopping à l’abri de la bise. Les obligations rendues au tourisme culturel et commercial, l’idéal est ensuite de sauter dans un tramway pour visiter les quartiers. Kallio, par exemple : à dix minutes du centre historique, ce quartier se la coule doucement bobo au pied d’une gigantesque église Art nouveau. Patinoire à ciel ouvert, bistrots minuscules mais bondés, coiffeurs tendance, bar gay, sauna au feu de bois, famille et titis finlandais, masseuses thaï, rockers de saloon et russes en désertion vivent ici en famille. Et en harmonie… La ballade peut se prolonger par le tour du lac Töölönlahti, un rien gâché par l’horizon des chemins de fer de la gare centrale. Ne vous y trompez pas l’écume au bord de l’eau n’en est pas mais… de la glace qui emprisonne les roseaux et refroidit les canards. Autour de l’étang gelé, de belles maisons de bois, à tourner des « Psychose » en Finlande, l’Opéra et l’élégant Palais Finlandia, conçu par l’illustre Alvar Aalto.

Photographies Helsinki : www.ylitalot.net

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