Les ténèbres sauvages de Pippo Delbono

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Questo buio feroce, Pippo Delbono © Gianluigi Di Napoli

« Je regarde la mort et la mort me regarde ». C’est le choc de cette rentrée théâtrale. Au Rond Point, l’italien Pippo Delbono présente pour la première fois en France « Questo buio feroce » (Cette obscurité féroce). Dans la bible du spectacle, le metteur en scène prévient : « Jamais je ne pourrais faire un spectacle qui ne soit pas contaminé par ma vie. Je n’en serais pas capable. » écrivait Antonin Artaud. Dans les pays occidentaux, la pensée de la mort a été « bannie ». La mort apparaît avec peur, comme une perte, une douleur, rarement comme une conscience lucide, profonde de la vie. »
Ce spectacle, violent, blessant et pourtant solaire, j’aurais pu dire pasolinien, tire argument de la lecture d’ »Histoire de ma mort » d’Harold Brodskey. Pippo Delbono, séropositif, s’est sans doute reconnu dans l’autobiographie du romancier américain (né en 1930 dans une famille juive du Middlewest, mort en janvier 1996) pour qui avoir le sida fut « un affront ».
Sur scène, l’engagement de Delbono, très influencé par Pina Bausch, et de sa compagnie est total. Aveuglé dès le début de la performance par la cruauté de la lumière sur un corps décharné, traumatisé par la déformation des visages emplis de douleur, on est à d’autres instants saisi de douceurs : celle du menuet d’une Cendrillon de pantomine, celle, plus irradiante encore, de la danse de mort du comédien-metteur en scène, nu, entouré de ses acteurs en costume et maquillage noir gothique. Simplicité des moyens, beauté des gestes, du décor et des costumes, au final, Pippo Delbono nous emmène, la chanson d’Aznavour en fond sonore, au pays de son soleil noir…

Histoire de ma mort (Ces ténèbres sauvages), Harold Brodkey, Grasset, 1998.
Compagnia Pippo Delbono
Théâtre du Rond-Point

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