La piqûre d’amour d’Eugène Savitzkaya

savitzkayaporzoom2.jpg
Eugène Savitzkaya © Ville de Boulogne-sur-Mer

Après « Marin mon coeur », « Exquise Louise », « le Fou civil » et « Fou trop poli », Eugène Savitzkaya donne un nouveau livre. « Nouba » qu’il définit comme la matrice de son livre précédent « Célébration d’un mariage improbable et illimité » (Minuit, 2002) – « une machine verbale, d’une sophistique concourant à sa propre perte par jubilation exacerbée ». Comprenez : un majestueux poème-fleuve, une polyphonie qui fait entendre la faune, la flore et l’amour lors d’un banquet de mariage : « à l’homme qui se donne à la femme qui se donne à l’homme, à l’enfant qui s’adonne au temps, au temps qui passe sans remplir aucune jarre »…
Hervé Guibert vouait une grande admiration à Eugène Savitzkaya, son frère d’écriture. Il l’écrit dans un beau texte paru dans le recueil « La piqûre d’amour » (Gallimard, 1994) : « Je voudrais tisser autour de ton corps, lorsqu’il est pris par l’écriture, tout un réseau d’attentions serviles : retrousser le bas de tes pantalons pour baigner tes pieds et tes chevilles dans une eau dégourdie où je ferai fondre des bâtons de benoîte, presser des fruits rouges pour t’en faire boire le jus à la coupe, soutenant ta tête, ma paume contre ta nuque, t’éventer de mon souffle, baigner le conduit de tes oreilles d’un arôme tiède et délassant, anéantir les bruits autour de toi, pour ta quiétude, ne laisser filtrer que quelques insectes dont le bourdonnement te charmera, déplier dans le champ de ta vue, et à discrétion, des toiles peintes dont le labeur aura pris mes nuits, l’Afrique, les grands lacs et les grands fauves, des vols de rapaces ou de flamants roses, la brise et le vent, l’ouragan produits par des souffleries dissimulées, des outres dans lesquelles j’aurai accumulé toute ma force musculaire. » Papier magique !

Nouba, Eugène Savitzkaya (livre + CD), Editions Yellow Now.

Editions de Minuit

Une réponse à “La piqûre d’amour d’Eugène Savitzkaya”

  1. alain gilet dit :

    Bonjour ,
    Lecteur omnivore, bipède sapiens et fidèle abonné d’une simple bibliothèque publique du midi de la france ,je viens de terminer la lecture de »Fou trop poli » d’Eugène Savitzkaya…et je tiens à donner mon humble point de vue sur cet ouvrage: on y met les yeux et on va jusqu’au bout du chemin sans se retourner sans faire la moindre halte.Vous êtes pris dans un tourbillon poétique, les mots valsent devant vous ; vous êtes enveloppé, embarqué ,aspiré… conquis !En 125 pages le narrateur devient un proche ;vous en avez fait le tour;c’est toute une époque qui vous réapparaît subitement ;tout un monde rural qui revient vers vous avec ses images lumineuses, sonores et olfactives .Merci à Eugène Savitzkaya. J’attends la réouverture de la bibliothèque de Grasse pour me dépêcher d’emprunter un autre titre de cet auteur exceptionnel .

Laisser un commentaire