• Accueil
  • > Archives pour décembre 2007

Archive pour décembre 2007

King Lear

Jeudi 6 décembre 2007

Un article du Monde lu il y a quelques jours me rappelle quelques souvenirs de Jean-Luc Godard. Fidèle au Centre André-Malraux de Francis Bueb, il participait aux Rencontres européennes du Livre de Sarajevo. Quelques années plus tard, il y tournera d’ailleurs un film « Notre musique ». Monologue du maître au fond d’un taxi dans Sarajevo, la nuit, le cigare légendaire aux lèvres. Présent comme perdu au milieu de ses contemporains, « mieux vaut toujours faire son devoir que son droit », disait-il, le sens de la formule toujours aussi aiguisé…
Aujourd’hui, Jean-Luc Godard se sent seul. « De plus en plus de films sortent en salles, mais il y a de moins en moins de cinéma ». Disparues l’atmosphère et l’émulation créatrice des années 50, finie la belle complicité avec les cinéastes, anciens des Cahiers du Cinéma, comme Rohmer ou Rivette, ratée la grande exposition rêvée par Dominique Païni à Beaubourg, plus que le tennis, un art qui se joue pourtant à deux, pour le réjouir… Il n’ira pas chercher à Berlin le Prix pour l’ensemble de son œuvre (« life achievement » en VO) de l’Académie du cinéma européen, présidée par Wim Wenders. « Les trois quarts des gens qui reçoivent aujourd’hui des Prix à Berlin n’utilisent la caméra que pour exister, et non pour voir quelque chose, que l’on verrait pas sans elle – de la même façon qu’un scientifique ne pourrait voir certaines choses sans son microscope, ou un astronome certaines étoiles sans son télescope », déclare-t-il dans l’hebdomadaire « Die Zeit », paru le 29 novembre.
Retour à Sarajevo… A l’aéroport, en attendant l’avion du retour, JLG s’isole, parcourt les livres que les écrivains invités n’ont pas manqué de lui dédicacer, se lève et disparaît sans mot dire. Philippe C., jeune journaliste à l’époque, retrouvera quelques minutes plus tard tous les livres dans la poubelle des toilettes de l’aéroport de Sarajevo…
De ces étonnantes journées à accompagner Jean-Luc Godard dans Sarajevo encore en ruines, je conserve tout de même une belle photographie de Sophie Bassouls et le scénario d’un film d’Anne-Marie Miéville, sa compagne, que je reçus de Suisse quelques jours après mon retour de Bosnie-Hervégovine…

notremusique1.jpg
© Films Alain Sarde / DR

Notre musique, Jean-Luc Godard, 2004, (DVD Cahiers du Cinéma)
Après la réconciliation (scénario), Anne-Marie Miéville, Editions du Cahiers du Cinéma

Les cabines de bain

Jeudi 6 décembre 2007

Ce soir-là, Frédérique C. préféra la proximité du Théâtre de la Ville et l’élégance de Merce Cunningham à une virée dans les Hauts-de-Seine. Que c’est parfois loin, Nanterre, pour les « intellectuels artistiques » comme deux clochards pas bien célestes nous surnommèrent un soir de jubilation, bras dessus bras dessous, à la sortie d’un théâtre… Au téléphone, elle me racontera dans la nuit que le spectacle était très beau et qu’il lui fallut échanger son téléphone portable contre un i-Pod nano pour avoir la bande-son du spectacle dans les oreilles…
Aux Amandiers, on donnait donc « La seconde surprise de l’amour » de Marivaux (1727) dans une mise en scène de Luc Bondy. Plaisir de retrouver au bar ce cher Arnaud Laporte et sa bande de chroniqueurs de « Tout arrive », que l’on avait un peu perdu de vue. Arnaud aime son métier, l’antenne de France Culture à midi pétantes pour ce que Guibert appelait des « variétés culturelles » et ne s’en plaint jamais !
Sur scène, – on y arrive -, on annonçait avant l’été le duo enchanteur des « Chansons d’amour » de Christophe Honoré et des « Amants réguliers » de Philippe Garrel : Louis Garrel et Clotilde Hesme. Finalement, elle se présente seule aux côtés d’une distribution impeccable (Pascal Bongard, Roch Leibovici). Le spectacle, un marivaudage exquis, se déguste et vaut particulièrement pour la performance tout empruntée du Chevalier, interprété par Micha Lescot. C’est l’amour à la plage comme une charmante valse–hésitation de sentiments un soir d’été…

« La seconde surprise de l’amour » de Marivaux, par Luc Bondy, Théâtre des Amandiers, Nanterre (jusqu’au 21 décembre, puis en tournée en France).
« Tout arrive », par Arnaud Laporte, France Culture, du lundi au vendredi, à 12h00.

François Mitterrand : le chêne et l’olivier

Mardi 4 décembre 2007

1991195057.jpg
© Institut François Mitterrand

Sans anniversaire apparent – ou est-ce une manière souterraine du fabiusien Jérôme Clément, président d’Arte France, d’accompagner la publication du livre de mémoire de Danièle Mitterrand ? -, Arte programmait hier une soirée « Mitterrand » avec la diffusion du film de Robert Guédiguian « Le promeneur du Champs de Mars » (2005) et la rediffusion d’un documentaire de Serge Moati et Eric Guéret « Les Mitterrand(s) » (2005). Du film, on en pense toujours autant de mal : face à un Michel Bouquet magistral, le sympathique Jalil Lespert fait pâle figure, la mise en scène est à l’avenant, illustrative et poussive. Bref, on a toujours préféré le marseillais Guédiguian sur les bords de la Méditerranée, entre l’Estaque et Notre-Dame de la Garde que sur les quais de Seine… Vient ensuite le documentaire de Moati. Quel que soit le réalisateur, c’est encore et toujours François Mitterrand qui triomphe, terrassant Edwy Plenel ; mettant au pas, loin des inventaires, Lionel Jospin ou Jacques Attali et faisant glisser une ombre de grande tristesse sur le visage de Robert Badinter qui clôt les témoignages de ces quelques phrases : « Oui il me manque. Parce que, comme je vous l’ai dit, j’aimais beaucoup Mitterrand et que c‘étaient des jours heureux. Je l’ai vu partir avec chagrin. C’est comme ça, c’est la vie… ». Encore un plan sur les larmes d’Helmut Kohl à Notre-Dame, à faire chavirer David Dessaigne, rencontré il y a quelques semaines à Bordeaux, fou de Mitterrand au point d’acheter aux enchères à Drouot sa cave et de dire ensuite la vérité d’un Mitterrand, malade, qui ne buvait que très rarement du vin…

Le livre de ma mémoire, Danièle Mitterrand, Jean-Claude Gawsewitch, 2007
A la vie, à la mort, Robert Guédiguian (1995)
La ville est tranquille, Robert Guédiguian (2001)

Droit de nuance

Mardi 4 décembre 2007

Etonnement. On s’imagine donner ce blog pour soi seul ou quelques aimables proches qui vous y encouragent. Et soudain, la personne qui vous a ému un soir de « composition sonore » et que vous racontez en quelques mots vous écrit. Suite au billet « Le survivant », Philippe Mezescaze m’envoie ce message que je me permets de publier : « … j’ai été un peu estomaqué et touché bien sûr de me voir mis en scène comme ça… Cependant, je n’avais pas les yeux embués. » Don’t acte.

Les tricheurs

Mardi 4 décembre 2007

romanduntricheurpic01.jpg

Pendant que les banlieues se consument, que Béjart tire sa révérence en sautillant sur nos écrans et que le Président Sarkozy voit la Chine s’éveiller, Florence Foresti, comique de deuxième zone, fait la couverture de Match avec sa toute nouvelle progéniture… Drôle d’époque ! Au même moment, Paris Match reçoit quelques happy-fews à la Cinémathèque Française autour de l’exposition Sacha Guitry. Champagne et petits fours sur la mezzanine, suivis de la projection du « Roman d’un tricheur » (1936) salle Henri Langlois. Le film d’esprit français par excellence. Cette voix off inimitable. D’éminents spécialistes rappellent qu’Orson Welles imita le procédé pour son « Citizen Kane » (1941).
Ce « Roman d’un tricheur » donne l’envie de se plonger dans les textes de Guitry qui souffrent tellement d’avoir été saucissonnés en petites phrases et servis ad nauseam aux Grosses Têtes de Philippe Bouvard. On court à la librairie pour s’emparer du dernier Folio racorni des « Mémoires d’un tricheur ». Et on lit : « Il y a cent façons de tricher, mais il n’y a guère que trois sortes de tricheurs.
Tout d’abord, il y a le joueur qui triche – qui ne triche que parce qu’il joue. Qui le fait sans méthode, sans préméditation, d’une manière presque inconsciente, involontaire, et dont on sent très bien qu’il est parfaitement honnête en dehors du jeu.
Il y a l’homme qui joue incorrectement parce qu’il est incorrect d’un bout à l’autre de la vie – et qui doit penser que ce n’est vraiment pas le moment de l’être.
Enfin, il y a le tricheur de profession, conscient et organisé. ». On y reviendra !

Sacha Guitry, une vie d’artiste. Exposition à la Cinémathèque française, Paris, jusqu’au 18 février 2008
Sacha Guitry, Mémoires d’un tricheur, Folio Gallimard
Sacha Guitry, Une vie de merveilles, André Bernard, Préface de Jean Piat, Editions Omnibus, 2006

Le survivant

Dimanche 2 décembre 2007

1er décembre. Journée mondiale de lutte contre le sida. La galeriste Agathe Gaillard reçoit quelques figures de la Guibertie pour la création de « Cytomégalovirus », une composition sonore de Matthieu Combetteg, d’après le récit d’Hervé Guibert.. On y retrouve Christine Guibert, Pierre Remer – l’un des deux enfants du « Voyage avec deux enfants », Maureen Mazureck – la monteuse du film « La pudeur ou l’impudeur », Christophe Girard et quelques autres, entrés en religion. Beaucoup d’absents qui désormais ne daignent plus se déplacer… Pour l’occasion, on dévoile aussi trois portraits fiévreux de Guibert par Carlos Freire. Une composition sonore ? Soit des extraits de ce « Journal d’hospitalisation » dits par Christine Guibert, d’une voix qui n’est pas sans rappeler, par certains accents, celle de Guibert lisant ses propres textes, dans un tonnerre de sons magnétiques et de chants d’oiseaux. Un projet sensible et sans doute amoureux qui sert les mots de Guibert, son écriture sèche, sa drôlerie face à l’adversité du début de sa lente agonie.
Une cinquantaine de personnes s’assoit en tailleur, tête baissée, inspirés, dans le noir sur les deux niveaux de la petite galerie de la rue du pont Louis-Philippe. De l’extérieur, cela devait avoir des allures de secte ! Au bout d’une vingtaine de minutes, une jeune femme rallume la lumière et alors ce ne sont que les yeux embués de Philippe Mezescaze que l’on remarque. Le premier amour de Guibert. Celui de la Rochelle, jamais vraiment perdu de vue et toujours fidèle à la mémoire du jeune Hervé, rencontré à 15 ans, avant tous les autres… Christine, Thierry, Sophie Calle, Patrice Chéreau, Mathieu Lindon, Hans Georg Berger, Eugène Savitzkaya, Claire Devarrieux ou Yvonne Baby. On pense à la dernière phrase du « Mausolée des amants » qui aurait pu terriblement clore cette représentation : « T. a pleuré dans mes bras, sur mon lit, c’était pire que la suffocation que j’aie eue à l’endroit du cœur après qu’on m’a troué un poumon avec une seringue. »
Philippe Mezescaze a déjà passé la porte. Sur le trottoir, en partant, on aperçoit au loin, rue de Rivoli, son béret noir et gris, déjà perdu dans la foule.

Voyage avec deux enfants, Hervé Guibert, Minuit, 1982
Cytomégalovirus, Journal d’hospitalisation, Hervé Guibert, Le Seuil, 1990
Le mausolée des amants, Hervé Guibert, Gallimard, 2001
De l’eau glacée contre les miroirs, Philippe Mezescaze, Editions du Rocher, 2007

Orient Express

Samedi 1 décembre 2007

On pénètre dans cette galerie passage Véro-Dodat, sans prêter attention au bric-à-bric de meubles, sans doute fort chers, qui aident vraisemblablement le ou la propriétaire à faire vivre pareille enfilade de pièces aux moquettes épaisses. Sur les murs, des photographies de Denis Dailleux qui portent sa fascination pour l’Orient et l’Egypte en particulier. Des images dénuées de tout pittoresque et qui voient juste – à la hauteur des gens du crû. Et c’est dans cette assimilation que le regard de Denis Dailleux trouve toute sa force, qu’il soit face à des musiciens, des buveurs de thé, des fumeurs, des vieillards ou des enfants perdus. Beaucoup d’hommes plutôt jeunes, des femmes absentes du paysage à l’exception d’une rutilante danseuse du ventre pour dire toutes les difficultés à être aujourd’hui dans le règne déclinant du président Moubarak. C’était un beau voyage, une belle traversée de quelques minutes. En refermant la porte, Paris et le froid de décembre ont repris leurs droits…

denisdailleux.jpg
© Denis Dailleux

Du Nil dans mes veines, Denis Dailleux, Galerie du Passage (jusqu’au 8 décembre).

1250 fois Thierry Marx

Samedi 1 décembre 2007

Encore un livre, me direz-vous. Mais il s’agit de cuisine, cette fois. Un livre pour le samedi, à y passer toute la journée avant d’inviter ses amis à dîner. Thierry Marx, le célèbre chef bordelais, signe son premier livre de cuisine aux Editions Minerva : « Easy Marx », « un livre de cuisine pour tous, et pour tous les jours… des recettes rapides, prêtes en 20 à 25 minutes, avec des ingrédients présents pour la plupart dans nos placards et nos réfrigérateurs ou disponibles dans l’hypermarché voisin ». Le résultat est à la hauteur des ambitions. L’objet classe « carrossé comme un frigo », les 1250 photographies lumineuses, les recettes gourmandes et accessibles vous propulsent illico en cuisine…

portraitthierrymarx2.jpg
© Thierry Marx / DR

Sujet Marchais

Samedi 1 décembre 2007

039.jpg

Lundi. Prendre le temps avant de filer au cinéma de mettre le magnétoscope en route pour ne pas manquer le documentaire d’Yves Jeuland sur Georges Marchais. Un film d’Yves Jeuland (« Paris à tout prix », « Bleu, blanc, rose », « Maris à tout prix », « Le siècle des socialistes ») ne se rate pas, si vous ne voulez pas rester frustré devant le zapping de la semaine qui immanquablement vous fera saliver des meilleures séquences. Toujours le même dispositif – basique – d’alternance d’entretiens sur fond noir et d’images d’archives de belle qualité. Commentaire sobre et engagé. Né dans la prolongement de son remarquable « Camarades », film-fleuve sur les communistes français, ce portrait de « Georges le cathodique » se révèle finalement un film mineur. A trop se concentrer sur les élucubrations télévisées du stalinien face à Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach, Jeuland quitte la route politique et rate son sujet, syndic de faillite du communisme à la française. Dommage.

Vient de paraître : « Comme un juif en France », un documentaire d’Yves Jeuland, France 3 Editions.

« Dans les yeux, je la conteste »

Samedi 1 décembre 2007

Une somme. 875 pages, index compris. A cette époque, les journalistes les plus éminents ne tenaient pas de blog tel l’excellent Jean-Michel Apathie. Pas de blog, mais de solides carnets. Ceux-là même que Michèle Cotta ouvre aujourd’hui et décide de livrer aux curieux des arcanes de la vie politique française.
Le premier tome de ses « Carnets secrets de la Ve République » court de 1965 à 1977. De la première présidentielle au suffrage universel au début des années Barre. Du journalisme au cœur du pouvoir. « Embedded », dit-on aujourd’hui avec beaucoup de défiance. Mais c’était le temps d’avant la communication politique et les chaînes d’information continue qui broient, asphyxient désormais l’homme et le temps politiques – et pourtant déjà une révolution. Françoise Giroud, patronne de l’Express envoyait alors ses amazones – Michèle Cotta, Catherine Nay, pour les plus illustres – salle des quatre colonnes à l’Assemblée nationale recueillir les confidences des politiques.
Frémissement du « microcosme politico-médiatique », cher à Raymond Barre ! De la même manière que les « Journaux » de Françoise Giroud ou de Jacques Julliard révélaient cette société d’extrême connivence, les notes de Michèle Cotta racontent les premières heures d’un déferlement annoncé… dont le sommet ou l’ironie, restera, pour elle, ce débat des élections présidentielles 1988. Beaucoup furent étonnés de sa présence : elle, qui avait connu une telle « intimité » avec les deux candidats.

42761661mitterrand416x300.jpg
© AP

Carnets secrets de la Ve République, Michèle Cotta, Editions Fayard. Prochain tome, en octobre.
L’année des dupes, Jacques Julliard, Le Seuil, 1996
Journal d’une parisienne, Françoise Giroud, Le Seuil (plusieurs tomes, en poche)

12345