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Archive pour décembre 2007

Le pays perdu

Samedi 15 décembre 2007

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© DR

Pas vraiment envie de commenter le spectacle de François Rancillac « Retour à la citadelle » joué jusqu’au 21 décembre au Théâtre des Abbesses. Sans inspiration. Lagarce comme s’il n’y était pas. Sans doute ce « retour à la citadelle » n’est pas son meilleur texte, mais les choix de mise en scène, lourdement illustrative, de François Rancillac, pourtant familier de l’univers de Jean-Luc Lagarce, frisent aussi le hors sujet. Seuls s’en sortent l’élégant et clownesque Olivier Achard dans le rôle de l’Intendant, et Martine Bertrand, dans celui de la Mère, sans qu’ils ne parviennent pourtant à convaincre totalement. Un plateau qui tourne, mais à vide…

En tournée jusqu’en mars 2008 à Dole, Vannes, Angoulême, Orléans, Saint-Nazaire, Meylan, Bourg-en-Bresse, Colombes, Belfort, Besançon.

Parti sans laisser d’adresse

Samedi 15 décembre 2007

Ca chauffe à la section PS du 3e arrondissement. Dans l’émotion de la constitution de la liste en vue des municipales, une militante, issue des rangs d’Act-Up, a traité un camarade de « sale pédé ». Depuis, c’est une avalanche de courriels qui vous arrive pour justifier avec maladresse l’ire de la délinquante (« entre homosexuels, on se parle comment cela… » On rêve) ou l’excommunier… La semaine dernière, c’était la dénomination de la section (Rosa Luxembourg ou Louise Michel ? On rêve toujours) qui donnait lieu à identique raz-de-marée… Rue Solférino, les derniers éléphants cachent, sous leur manteau poil de chameau, les chiffres calamiteux de réinscription des nouveaux militants (les fameux « 20 euros » de la présidentielle). Est-ce que cela étonne encore quelqu’un ?

Valérie, Pierre et les jeunes loups

Samedi 15 décembre 2007

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© Canal +

Elle en rêvait, les impeccables éditions Naïve l’ont fait… Après l’incandescent Gérard Philipe, Lambert Wilson et même Bill Clinton, Valérie Lemercier donne une nouvelle version du conte musical de Prokofiev « Pierre et le loup » sous la baguette enthousiaste de Tugan Sokhiev, le nouveau chef de l’Orchestre national du Capitole, dont le Tout-Toulouse est tombé sous le charme ossète…
Cela sonne un peu faux au départ, ce ton de gentille maîtresse d’école, appliquée, tant la voix de « la » Lemercier est associée à des fous rires (citons, pêle-mêle , « Milou en mai », « Le Derrière » mieux que « Palais royal », le déjeuner avec Sydney Pollack dans « Fauteuils d’orchestre » de Danièle Thompson, la « rabbi-Jacob dance » en hommage à Gérard Oury lors de la dernière cérémonie des Césars) et à cet étrange état de vague mélancolie à la sortie de son dernier one-woman-show des Folies Bergères. Puis, on s’y fait, entraîné par la ronde des instruments et l’heureux dénouement de cette petite histoire si bien connue. A la suite de ce « Pierre et le loup », quelques contes russes, tout aussi savoureux.

Les soucis de Sophie

Samedi 15 décembre 2007

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© Isabella Balena/WpN pour L’Express

Samedi de soleil d’hiver. Je renonce à la ruée vers les grands magasins. Avalanches de suppléments de quotidiens et d’hebdomadaires qui voudraient nous aider à trouver des cadeaux de fin d’année : Styles, Next, Hottes d’or et autres suppléments « Cadeaux », « Numérique » ou « Luxe ».
En les feuilletant avant de les jeter au panier, je tombe sur cette publicité pour le luxueux catalogue de Sophie Calle, édité par Actes Sud à l’occasion de la présentation de son exposition « Prenez soin de vous » au Pavillon français de la 52e Biennale de Venise :
 »J’ai reçu un mail de rupture. Je n’ai pas su répondre. C’était comme s’il ne m’était pas destiné. Il se terminait par les mots : “Prenez soin de vous”.
J’ai pris cette recommandation au pied de la lettre.
J’ai demandé à 107 femmes, choisies pour leur métier, d’interpréter la lettre sous un angle professionnel.
L’analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter. La disséquer. L’épuiser. Comprendre pour moi. Répondre à ma place.
Une façon de prendre le temps de rompre. À mon rythme.
Prendre soin de moi. »
Parti à Venise en juin dernier dans une toujours grande curiosité pour cette éternelle « faiseuse d’histoires», j’en étais sorti un peu consterné tant l’exposition était bavarde, répétitive et surtout effroyablement parisienne (« petit-milieu ») : choix rétréci des personnes invitées à commenter le mail (Ingrid Caven, Arielle Dombasle, Elsa Zylberstein), peu ou pas de traduction des longs commentaires des unes et des autres. Un travail livré en vrac, avec la complicité de Daniel Buren, à la vision du monde entier, qui ne manquerait pas de défiler au Pavillon français, après le Lion d’Or attribué en 2005 au « Casino » d’Annette Messager…
Pourtant, quelques mètres plus loin, dans le cadre de l’Exposition internationale « Think with the senses – Feel with the mind. Art in the present tense », Sophie Calle revenait nous jouer un sacré tour. Dans deux petites pièces, un court texte, une croûte sympathique d’un joli minois de femme et une vidéo. La captation paisible des derniers moments de sa mère, Rachel. Dans la crainte de ne pas les vivre, Sophie Calle, avec son accord, avait installé dans sa chambre une caméra pour la filmer. Dans ses treize minutes, on imagine la vie s’en aller sans en jamais saisir l’instant. Uns installation d’une émotion pure, sans trafic, ni commentaire qui de nouveau nous faisant défendre et admirer ce travail inlassable de dévoilement poussé à l’extrême.
Rentré de Venise, je fouillais dans mes archives pour retrouver le texte que Sophie Calle avait fait paraître, quelques jours après sa mort. Intrigué par sa taille et sa singularité dans le « Carnet » de Libération, je l’avais conservé.
Le voici : « Monique voulait voir la mer une dernière fois. Le mardi 31 janvier, nous sommes allées à Cabourg. Dernier voyage. Le lendemain, « pour partir avec de beaux pieds », dernière pédicure. Elle lu Ravel, de Jean Echenoz, dernier livre. Elle a élu le cimetière du Montparnasse comme adresse définitive, et en a profité pour maudire, une fois de plus, Suzanne S., qui occupe depuis peu, la fosse convoitée. Elle a organisé la cérémonie des obsèques, sa dernière fête. Elle a choisi sa robe de deuil. Pour sa pierre tombale, une photographie où elle grimace et comme épitaphe : « Je m’ennuie déjà ! ». Elle a entamé son ultime poème, il sera lu à l’enterrement. Ses dernières larmes ont coulé. Elle ne voulait pas mourir. Elle a remarqué que c’était la première fois de sa vie qu’elle n’était pas impatiente. Les jours précédant sa mort, elle répétait, sans cesse : « C’est bizarre », ou « C’est bête ». Elle a écouté son dernier morceau de musique, un concerto pour clarinette de Mozart. Elle avait programmé une date de décès : le 13 mars. Elle est morte le 15, à 15 heures. Elle souriait. Dernier mot : « souci ».
Sophie Calle, sa fille… vous annoncent la mort de Rachel-Monique SINDLER-CALLE-PAGLIERO-GONTHIER né un 21 mai.
Elle sera inhumée au cimetière du Montparnasse le mardi 21 mars, à 15 heures. 3 Bd Edgar-Quinet, entrée principale. »

Les nocturnes de Dick Annegarn

Samedi 15 décembre 2007

Le label « Tôt ou tard » nous fait un formidable cadeau en cette fin d’année en rassemblant dans un beau coffret trois albums mal connus du grand Flamand au regard triste, édités entre 1985 et 1990. Il était réapparu un jour de mars 98, belle photo de Mondino en couverture, pour un album lumineux « Approche-toi » (Tôt ou tard), annonciateur d’une réjouissante série d’albums (« Adieu verdure », « Un ombre », « Plouc ») et de concerts sensibles. Un nouveau compagnon de routes et de chansons, un autre bel irrégulier : « Il y a de l’or aux arbres / il y a du bleu au ciel / il y a du gout au miel… / je te nomme chevalier de la feuille d’or / c’est tout comme gentil-homme…».
C’était encore le chanteur oublié de « Bruxelles », cette chanson collante comme le sparadrap du capitaine Haddock, qu’il n’en pouvait plus de s’entendre réclamer à chacun de ses concerts et qu’il abandonne souvent dès le deuxième couplet ! Un succès comme par inadvertance pour une chanson qu’il doit sans doute aimer un peu moins que d’autres que le public n’a pas entendu.
Fuyant cette « Bruxelles » maudite, Dick Annegarn avait largué les amarres et s’était installé sur une péniche-café-boulangerie-épicerie sur la Marne, continuant d’écrire et de composer, loin des « foules sentimentales ». Quinze années de poème, sans le sou, et de « résonances de bateau, d’eau et de banlieue » que l’on redécouvre étincelantes ou troubles ces jours-ci sous le titre « Les années nocturnes ». Il est vivement recommandé d’aller faire un tour par ces nuits-là… Beauté du verbe, sons extraordinaires, chansons-fleuves, la boîte à secrets de Dick Annegarn, révélée à nous…

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© Dick Annegarn / DR

Marseille, cité radieuse

Vendredi 7 décembre 2007

J’avais très envie de revenir à Marseille, voir le soleil d’hiver sur la Canebière, baignant l’Estaque et le fort Saint-Jean. Descendre les escaliers de la gare Saint-Charles en pensant à Montand dans « Trois places pour le 26 », le dernier film de Jacques Demy. Cette ville passionnante que Jean-Claude Izzo me fit découvrir peu de temps avant sa mort. Sa femme, Catherine, y vit toujours entre deux voyages qui la mène de par le monde.
Nous avions rendez-vous sans nous le dire à la très intrigante Cité radieuse – Le Corbusier, où elle expose une série de photographies à la galerie Imbernon. De très petits formats, à son habitude, comme un voyage hypnotique dans Marseille, qu’on croirait abandonné. Catherine Izzo nous fait découvrir, par ses photographies, un Marseille en « détails » qu’elle nomme « Traversée ». De très belles manières que confirme la parution ce mois-ci d’un livre « Vous toucher » co-signé avec l’écrivain-traducteur Claude Bleton. Je vous en livre ici les premières lignes : « Elle marchait sous les platanes de l’avenue. Il arrivait en sens inverse. Ils allaient se croiser quand soudain elle s’est approchée, a tendu le bras et dit : « Pardon monsieur, est-ce que je peux vous toucher ? »

Le site de Catherine Izzo : http://passevue.com
Claude Bleton (texte), Catherine Izzo (photographies), « Vous toucher », Collection Collatéral, Editions Le bec en l’air.
« Traversées. Marseille, 26 septembre 2003, 18h15 – 19h26 ». galerie Katia Imbernon. Unité d’habitation Le Corbusier, 3ème rue, Marseille.

Cuisine municipale

Vendredi 7 décembre 2007

Un courriel d’auto-justification de Pierre Aidenbaum, maire du 3e arrondissement et candidat PS à sa propre succession, très instructif sur la petite cuisine qui prévaut à la constitution des listes d’arrondissement. Il semble qu’elle ait donné lieu à une bataille rangée… Navrant.
On apprend par « Le Monde » que le camarade Emmanuel Pierrat se présente dans le VIe arrondissement et qu’Olivier Poivre d’Arvor aurait décliné la même proposition dans le Ve. On lui adresse ce message de félicitations : « Emmanuel, j’apprends que tu figures au titre de candidat dit « d’ouverture » sur les listes du PS parisien. J’ignorais que tu puisses être auparavant engagé à droite ! Un seul vœu pour ce début de campagne : que Bertrand Delanoë recommence à faire de la politique (= se préoccuper des attentes des Parisiens) au lieu de se laisser aller à cette fatuité toute jospinienne (mon beau bilan !) qui pourrait le mener à pareille bérézina… »

Le plaisir des Dieux

Vendredi 7 décembre 2007

Cela fait hurler certains, mais on ne se refait pas et on assume : j’adore Pierre Perret. Ce doit bien être le seul point commun avec Lionel Jospin, croisé en goguette avec Daniel Vaillant le soir de la première de ses « 50 ans de chansons » à l’Olympia, ratant comme eux la soirée d’investiture de Ségolène Royal ! Pierre Perret, après le vindicatif « Mélangez-vous », se fait plaisir et revisite une vingtaine de chansons gaillardes. Rabelaisien en diable et furieusement réjouissant !

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Le plaisir des dieux, Pierre Perret, CD Naïve / Adèle, avec une préface de Louis Mexandeau.

J’ai cru entendre « je t’aime »…

Jeudi 6 décembre 2007

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Jour de fête nationale en Finlande ! Sortant du train de Marseille, à quelques heures de l’avion pour Toulouse, je trouve le temps de passer à la FNAC Bastille pour acheter l’édition collector des « Chansons d’amour », le film de Christophe Honoré qui paraît en DVD. Sans conteste, son plus beau film, défait de ce maniérisme agaçant qui me faisait abandonner à mi-parcours ses précédents films (« Ma mère » surtout) ou ses livres « pour adultes » (« Scarborough », « Le livre pour enfants », Editions de l’Olivier) – alors que sa littérature pour enfants est un ravissement («Tout contre Léo », à découvrir de toute urgence à l’Ecole des Loisirs). Alors revoir une nouvelle fois ces « Chansons d’amour » dont je ne dirai jamais assez à quel point elles sont le reflet de ma génération, de nos amours, de la confusion voulue des genres et des solitudes, de notre confrontation mal-aisée avec la mort de nos proches. Film-chorale porté par la grâce de ses comédiens (Garrel, Hesme, Mastroianni, Sagnier, Roüan, et naturellement Leprince-Ringuet), un film est encore magnifié par les paroles et musique d’Alex Beaupain, écoutés en boucle depuis : « je suis beau, jeune et breton, je sens la pluie, l’océan et les crêpes au citron… »

A propos de samedi soir

Jeudi 6 décembre 2007

Guibert, toujours. Agathe Gaillard me précise ce matin par un message goguenard que c’est elle-même qui a rallumé la lumière samedi soir après l’écoute de la composition sonore de Matthieu Combetteg : « Serge, si vous avez vu une jeune femme rallumer les lumières, (moi) alors vous êtiez plus sous le charme que vous ne voulez le paraître… ». Je tiens aussi à préciser à Sarah Koné que je n’avais pas bu de champagne ce soir-là, filant derrière Philippe Mezescaze…
Toutes ces précisions me rappellent – toute modestie gardée – les péripéties d’un Guibert, envoyé spécial du Monde au festival de Venise, après une interview de Balthus, membre du jury cette année-là. Le peintre s’était laissé à des propos peu amènes sur les curateurs japonais d’une de ses récentes expositions, provoquant un véritable incident diplomatique. Il fallut publier dans le quotidien du soir plusieurs rectificatifs, du plus factuel au plus alambiqué, pour venir à bout de la susceptibilité japonaise… L’anecdote est à lire dans « L’homme au chapeau rouge » (Gallimard, 1992) – mais si vous vous plongez dans les « Monde » de l’époque, vous lirez avec gourmandise chacun des rectificatifs – donnant à l’affaire les ressorts d’un feuilleton assez cocasse !

Pour en savoir plus sur Matthieu Combetteg, le musicien a une page « myspace » très bien faite, où vous découvrirez son travail…

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