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Archive pour décembre 2007

Tempête sous un crâne

Mercredi 19 décembre 2007

« De l’art d’accommoder les restes » pourrait-on dire, un rien perplexe, à la sortie d’exposition de Philippe Favier à l’Espace Ecureuil, à deux pas de la place du Capitole à Toulouse. Des crânes partout : en négatif sur une série de boîtes de métal, cachant dans un tiroir des chaussures et chemises d’enfants. Au sous-sol, sous vitrines, un long parchemin de crânes comme autant de lutins en goguette. Mieux, sur de très vieilles cartes de visites, le plasticien (né en 1957 à Saint-Etienne) s’amuse en rébus, crânes, squelettes et autres enluminures à dessiner les atours d’honnêtes hommes d’autrefois. Leur titre : « Abracadavra »…

Philippe Favier, « Livret A, rayons X », Fondation d’entreprise Espace Ecureuil (Toulouse), jusqu’au 5 janvier.

J’aurais voulu…

Mardi 18 décembre 2007

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© Hervé Guibert, La machine à écrire

Les Editions Gallimard annoncent pour le 21 février 2008 la publication des « Articles intrépides », recueil des articles d’Hervé Guibert (photo) parus dans la presse. J’y reviendrai dans les semaines à venir, mais dès cette annonce, recommencent le vertige et l’attente des derniers mots à lire d’Hervé Guibert. Après ce recueil, sans doute plus rien… ou peut-être encore la correspondance d’Hervé Guibert et d’Eugène Savitzkaya. Une attente toujours renouvelée, la promesse d’une passion qui ne s’achèvera, je rêve, jamais…
Dans le même ordre de passion, lire le texte de Marie Darrieussecq « Le fantôme Guibert » dans la livraison hivernale de « Senso », le journal chic d’Olivier Barrot. Son texte commence ainsi : « J’aurais voulu connaître Hervé Guibert. Ou plutôt, j’aurais juste aimé le croiser. ». Moi aussi.

Senso, le magazine des plaisirs et des mots, n° 29, hiver 2007 (en kiosque).

Cinéma direct

Mardi 18 décembre 2007

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C’est à l’honneur de la République française d’accorder un régime de semi-liberté à Jean-Marc Rouillan, cofondateur d’Action Directe, reconnu coupable de « complicités d’assassinats » du général René Audran en 1985 et du pdg de Renault Georges Besse en 1986 portant « un coup décisif… aux forces de la répression bourgeoise » (sic). Et ce bien que son « renoncement à la lutte armée » soit prononcé mezzo voce. La République est forte quand elle applique ses grands principes à ses propres ennemis.
A lire les échos dans la presse, à chercher des archives, on s’étonne du silence assourdissant qui règne en France sur cette dramatique aventure terroriste. Si les partis politiques de gauche se sont heureusement tenus à distance de ces « gauchistes extrémistes » avant de réclamer pour « raisons humanitaires » leur semi-liberté, peu de fictions, quelques documentaires se sont emparés de cette dérive sanglante et imbécile de Mai-68.
On pense alors au nouveau cinéma italien capable d’aligner, dans un salutaire mouvement cathartique, une petite dizaine de films importants (« Romanzo Criminale »(photo), « Mon frère est fils unique », « Nos meilleures années », « La seconda volta », « Buongirno notte ») sur les Brigades rouges.
Un tel désintérêt intellectuel pour ces « années de plomb » à la française ferait-il mieux comprendre la polémique née à l’arrestation de l’écrivain Cesare Battisti et la complaisance des amis de Fred Vargas à l’époque ?

Soutiens directs, Raphaëlle Bacqué, in Le Monde, 9 décembre 07, p. 16.

Dazy, Ruby, Nooka et quelques autres…

Mardi 18 décembre 2007

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« You and I / both seventeen / sparkling, bubbling / king and queen » nous serine Arielle Dombasle en promotion de son nouveau DVD « Arielle au Crazy Horse ». La ravissante idiote sait faire son intéressante. Peut-être une des seules artistes françaises à pratiquer avec succès l’ « entertainment », touche-à-tout inspirée, bien épaulée par les réseaux de son philosophe de mari…
Arielle a désormais quitté l’affiche du Crazy Horse, après moults rappels et s’en retourne sur les plateaux de télévisions vendre ses charmes abandonnant à leur anonymat ses amies Dazy Blu, Ruby Chromatic, Nooka Karamel, Alexa Phocea et la délicate Douchka Opaline qui en profitent pour se dévoiler en couverture et dans les pages du magazine « Danser ». On y apprend sous la plume d’Agnès Izrine et Laurent Goumarre que les « Crazy girls ont la tête bien pleine, des diplômes, et pour beaucoup, une formation ultra pointue en danse classique ».
A se souvenir du show vu il y a quelques années dans le célèbre cabaret de l’avenue Georges V, on n’en doute pas une seconde. Elégance des poses, numéros intemporels de balançoire et de cage, uniformes et bijoux de pacotille, vertiges des lumières caressant les peaux, plastique impeccable et sévèrement calibrée, voix off porno-chic un rien languide, tintement de coupes de champagne dans la pénombre du petit théâtre aux fauteuils rouges… Pour que Paris reste à jamais Paris !

Danser, décembre 2007 (en kiosque).

Robert Plagnol : l’équipée malaise

Mardi 18 décembre 2007

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© Manufacture des Abbesses

« Ramenez le drap sur vos yeux / Entrez dans le rêve / Reprendre la vie des autres / On l’a laissée quand le jour s’achève / Voir les couleurs voir les formes / Enfin marcher pendant que les autres dorment… »…
J’écoute Gérard Manset dans le train vers Brive-la-Gaillarde et je repense à ce spectacle étrange « Thomas Chagrin » vu ce samedi. A l’affiche un trio attirant : Gilbert Désveaux à la mise en scène, Jean-Marie Besset (inoubliable « Commentaire d’amour ») à l’adaptation et l’élégant Robert Plagnol seul en scène.
Robert Plagnol, vu dans des films qualité France (Le Secret, Michou d’Auber, Les Poupées russes) donne ici la mesure de son talent, immense, dans une pièce folle à lier. Il est question de souvenirs d’enfance, de chien, de cheval malade du sida, de femme aimée mais perdue, de rêves mouillés – de magie, aussi. Comme le comédien, on se frotte les yeux, on perd le fil, on le retrouve, on rit de ce Thomas furieusement atrabilaire, de ses méchantes adresses au public. Un cauchemar de misanthropie.

« Thomas Chagrin », de Willl Eno, Manufacture des Abbesses, Paris 18, jusqu’au janvier. Durée : 1h10.
Gérard Manset, « Entrez dans le rêve », album « Lumières ».

Les trésors de Valentina Paloma Pinault

Mardi 18 décembre 2007

On découvrait, ces jours derniers, les premières photos de la dernière héritière de l’empire Pinault, Valentina-Paloma, fruit des amours de François-Henri Pinault et de la comédienne Salma Hayek.
La rencontre, largement commentée, avait eu lieu à l’inauguration du Pinault-Palazzo Grassi de Venise, premier abri de la collection d’art contemporain du père François avant qu’elle ne puisse se déployer majestueusement et à la barbe des Guggenheim, dans le bâtiment restauré de la pointe de la Douane de mer.
Connaît-elle déjà, little Valentina, dans sa robe Bonpoint, l’état de sa fortune ? Nous, oui, à découvrir la formidable exposition « Passage du temps » de François Pinault Foundation au Tri postal à Lille.
Saisi dès l’entrée par les néons colorés de Dan Flavin, l’estimation des biens se poursuit par une série de portraits rares de Cindy Sherman, un Gilbert and George idéal («Drinking sculpture »). A l’étage, plusieurs Fischli & Weiss nous épuisent un peu, mais les Pierre & Gilles sont de premiers choix (Sylvie Vartan gelée, Marie-France bleu blanc rouge) comme le Dominique Gonzalez-Foerster (« Interiorisme »), le Paul Pfeiffer (Self-portrait as a fountain), le Douglas Gordon (« Through a looking glass » avec le De Niro de Taxi-Driver en double-vision !) et plus encore le Francesco Vezzoli (Marlene redux, beaucoup mieux que « Democrazy » avec BHL et Sharon Stone vu en juin à la Biennale de Venise).
Dernier étage comme le septième ciel : le lion et les sangliers d’Adel Abdessemed, les deux Kendell Geers (dont 48 hours, mur d’autres lamentations) et une salle entière consacrée à une installation de vidéos de Bill Viola (« Going forth by day, the voyage), une variation captivante sur le passage du temps – la naissance et la mort, le rituel, l’eau, le rêve…
De tout cela, que dit grand-père François ? « Je crois en l’art et la culture comme des facteurs importants de dialogue, de tolérance et de cohésion sociale… L’art est une forme de communication, de lien entre les hommes. ». Tout juste.

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« Passage du temps », Tri postal, Lille, jusqu’au 1er janvier 2008.

Turner light

Mardi 18 décembre 2007

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Londres, toujours. Dimanche, je quitte Paris à l’heure où le monde de la nuit s’échappe des boîtes, laissant les rues désertes à la belle lumière du matin. Deux heures vingt plus tard, j’arrive à St-Pancras International. Nouvelle gare Eurostar : murs anciens et galerie de verre. Dictature encore de la transparence…
Mais Londres comme je l’aime. En cavalcade. Un métro, une exposition. La Tate Britain présente une rétrospective des Turner Prize, les prestigieux Prix récompensant des artistes britanniques. Loin de notre pâle et hexagonal Prix Marcel Duchamp, le jury – tournant – du Turner Prize bat au « beat » de l’art résolument contemporain, polémique, fait des choix justes et injustes. Et son palmarès en dit long sur la nécessité d’un tel « mauvais esprit » : Wolfgang Tillmans, Gilbert and George, Simon Starling, Martin Creed, Rachel Whiteread, Damien Hirst, Douglas Gordon, Steve MacQueen, Anish Kapoor…
Certes, la scénographie de l’exposition, didactique à l’extrême, semble en contradiction avec cette attitude, mais elle a l’avantage de laisser toute sa place aux œuvres et renseigne opportunément sur l’actualité de l’année et les critiques qui ne manquent jamais à l’attribution du Prix. Ne pas manquer la « cabane de bois » de Simon Starling (photo)… Le 3 décembre dernier, le Turner Prize 07 a été attribué à Mark Wallinger, un étrange homme-ours, qui a reconstitué in-situ le campement d’un opposant à la guerre en Irak, près de Westminster. L’installation est visible à la Tate Liverpool. La polémique fait rage !

« Turner prize : a retrospective », Tate Britain, Londres, jusqu’au 6 janvier.

Un coeur qui bat

Lundi 17 décembre 2007

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© Nan Goldin

Que faisait David Lodge ce dimanche après-midi ? Il visitait tranquillement l’exposition « Seduced : art and sex from antiquity to now». A Paris, comme à Londres, de la Bibliothèque nationale de France François Mitterrand au Barbican Centre, la mode est aux « enfers ». La rumeur, sulfureuse, a fait long feu et c’est un pétard mouillé qui s’épuise sous nos yeux. Un parcours déjà mille fois emprunté – ne boudons pas notre plaisir à revoir les frises des lupanars de Pompéi, les « minotaures » de Picasso, les corps nus et décharnés d’Egon Schiele, les photos diablement SM de Robert Mapplethorpe ; à découvrir les travaux plus récents de Marlène Dumas ou de Juliao Sacramento mais, pour le reste, l’exposition est à l’avenant : un peu de Sade, un rien de kama-sutra, la naissance de la photographie, tout de suite transformée en instrument de pornographie, quelques turqueries ou japonaiseries bien salaces – sexes d’homme toujours surdimensionnés, femmes en extase–, un « blow-job » d’Andy Warhol de 48 minutes, d’ineffables Louise Bourgeois (qu’est-ce qu’on lui trouve ?), un tag essentiel de Tracey Emin, un Araki mineur…
Pourtant, il faut aller jusqu’au bout de l’exposition pour Nan Goldin dont on projette le slide-show « Heartbeat » (photo), 245 diapositives incandescentes d’amour et de sexe mélangés sur une musique de Björk et John Taverner (Prayer of the Heart), qui valent à elles-seules le déplacement – comme le résumé opportun et puissamment artistique de la liberté sexuelle conquise de nos jours… Alors que certains cherchent à censurer par tous les moyens les images de Nan Goldin, cette exposition vaut pour la possibilité de partager cette beauté-là et se battre pour elle.
A l’inévitable « gift-shop », à la sortie de l’exposition, David Lodge s’est longuement arrêté devant quelques objets design, feuilleté plusieurs beaux-livres. Les sourcils froncés, il venait de se rendre compte qu’en ce dernier dimanche avant Noël, il ne s’était nullement préoccupé de cadeaux…

Seduced, Barbican centre, Londres, jusqu’au 27 janvier.
Le terrain de jeu du diable, Nan Goldin, Editions Phaidon, 2003
Eros aux enfers, BNF – site François Mitterrand, Grande Galerie, jusqu’au 2 mars

La vie Zizi

Lundi 17 décembre 2007

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© Francis Giacobetti / HFA

Le « Truc en plumes » ? Mais qui se souvient d’elle, souvent confondue avec Line Renaud ou l’amie Régine, même gueule de nuit et d’escalier descendu, toutes en plumes, Gainsbourg en chansons. Ou la postérité viendra-t-elle des Repetto « Zizi », inventés par Rose Repetto, mère du chorégraphe Roland Petit, que les fashionistas s’arrachent aujourd’hui ?
Drôle de manière de rappeler le talent de Zizi Jeanmaire, délicieux oiseau de paradis. Pourtant, avant, il y eut la danse, les revues, le music-hall et de magnifiques chansons cousues-main (« Les bleus », «Il nous faut des chansons », « La croqueuse de diamants », « Tout le monde est musicien », « Frankie et Johnny », « Ah, quelle journée ! »). Dans l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille, pour faire, sans le dire, ses adieux à la scène en novembre 2000, reconnaissons qu’elle était frêle à danser, soutenue, portée par ses « dancers », le pied parfois hésitant.
Ne pouvant plus chanter, ne pouvant plus danser, elle offre ses souvenirs de scène dans un DVD-testament « Plumes et diamants ». Vincent Josse l’interroge sur France Inter : elle dit les belles années de danse et d’effort, les shows de Roland Petit, l’amitié des auteurs Dimey, Vian, Queneau. Un Paris oublié, comme une carte postale de Doisneau. Elle a résisté longtemps à la vieillesse, aujourd’hui, à 83 ans, l’âge a pris sa revanche. Elle souffre de ne plus vivre le frisson de la scène, de ne plus endurer à la barre, discipline sévère des belles jambes. Ces derniers mots, étranglés, seront à l’adresse de son compagnon fidèle, rencontré dès 9 ans à l’Opéra et de sa fille : « que cela ne se termine pas trop mal ».

« Plumes et diamants », DVD, Bel Air / INA.

Des journées entières dans les arbres

Samedi 15 décembre 2007

Je gardais un bon souvenir de la rétrospective de Rineke Dijkstra au Jeu de Paume en 2004, de ses enfants et adolescents sortant de la mer, le regard un rien exténué de trop de vagues et de nage. Puis de ses photographies de soldats israéliens vues à Madrid au festival PhotoEspana 2004.
Je retrouve cet après-midi son regard à la Galerie Marian Goodman qui propose dix nouvelles photographies d’une série commencée en 2005 et intitulée « Park Portraits ». Et c’est un nouvel enchantement : de jeunes gens, en solitaire, par deux, par quatre, fixent l’objectif de la photographe néerlandaise (Sittard, Pays-Bas, 1959). Le décor a changé : Rineke Dijkstra les surprend dans des parcs d’Europe, de Chine ou des Etats-Unis. Ils ont en commun l’incertitude du passage d’un âge à un autre. Des « Ménines » contemporaines d’abord, ailes de fées dans le dos, corde à sauter dans les mains… Des adolescents, plus intéressants encore : des garçons efflanqués, duvet sombre en moustache, jambes poilues, tee-shirts et chemises trop larges, baskets aux pieds ; des filles mal fagotées, nombril dévoilé, ongles rongés, vernis et multicolores, colliers de bric et de broc, marguerite de plastique dans les cheveux… Ils traînent, passent le temps, confondant d’indécision et de désirs maladroits, aussi. Derrière eux, des parcs verdoyants, des étangs, des frondaisons où percent de belles lumières printanières. Ici, dans le cœur pourtant battant des villes, tout est tranquille.

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Rineke Dijkstra, Park Portraits, Marian Goodman Gallery, Paris (jusqu’au 19 janvier)

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