Robert Lepage l’illusionniste

A quoi reconnaît-on un metteur en scène international ? Sans doute à ses invités. Vendredi soir, au Théâtre national de Chaillot, à quelques mois de sa transformation en temple parisien de la danse contemporaine sur injonction spéciale de Mme Albanel, James Thierrée, petit-fils de l’illustre Charles Chaplin, metteur en scène de talent (somptueuse « Symphonie du hanneton ») et acteur sympathique (« 18 ans après », « Ce que mes yeux ont vu »), profil de famille et allure d’éternel étudiant, lacets défaits, chaussures de gavroche, malgré le cheveu en début de poivre et sel, et un peu plus loin, la délicate Laura Morante (« La chambre du fils » de Nanni Moretti), manteau d’un beau bronze et pantalon navy oversize, attendaient leurs invitations au contrôle…
C’est que Robert Lepage, homme de théâtre québécois à la réputation mondiale, présentait son « Projet Andersen ». Un événement à déplacer les foules. Le spectacle, aux prodigieux effets scéniques, était pourtant loin de mériter les enthousiasmes que j’avais entendus ou lus ces derniers jours – à croire que les critiques n’avaient pas vu le spectacle et s’en tenaient à sa renommée…
Ce « projet Andersen », alors ? Une comédie boulevardière suivant un librettiste québécois, compliqué en amour, venu en France écrire le livret d’un opéra adapté d’un conte du danois Andersen… Moquerie basse sur les institutions culturelles franco-européennes, peep-show et blagues de comptoir sur qui promène son chien au bois de Boulogne font le lot de ce long spectacle (2h10). La magie Lepage ? Elle opère dix minutes lorsqu’elle se met au service d’un autre conte d’Andersen qu’un des personnages, interprétés par Yves Jacques, raconte à sa petite fille. Il y est question d’ombre, de lumière et d’illusion… Tout en subtilité et finesse.

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© Théâtre national de Chaillot

Le projet Andersen, Robert Lepage, Théâtre national de Chaillot (jusqu’au 28 décembre)

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