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Archive pour 25 décembre 2007

Krzysztof Warlikowski : « violemment moi »

Mardi 25 décembre 2007

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Krzysztof Warlikowski © DR

« Qu’on peigne un paysage ou une nature morte, on fait toujours son portrait ». L’aphorisme de Cocteau colle aux créations du polonais Krzysztof Warlikowski. Ses « Angels in America », sept heures intenses d’un théâtre splendide, brûlant par l’engagement du metteur en scène et de ses acteurs (dont le formidable Jacek Poniedzialek) pour le texte de Tony Kushner (1991), ont retenti comme un coup de tonnerre dans le ciel d’Avignon cet été. Un garçon timide s’avançait alors sur scène, fourbu, perdu, l’air embarrassé de l’émotion que son spectacle provoquait.…
Né en 1962, il étudie l‘histoire et la philosophie, puis la mise en scène à Cracovie. De ses premiers spectacles à la fin des années 1990 jusqu’à ses récentes mises en scène d’opéras (« Iphigénie en Tauride », « L’affaire Makropoulos »), il s’affirme, par l’originalité de ses choix et de son travail, dans la lignée de ceux qui « affirment leur identité non pas grâce à un univers formel constitué… mais grâce à une expérience subjective. Ce sont de romantiques du théâtre moderne, qui imposent leurs « théâtres du moi » comme Grüber ou Chéreau », comme dit Georges Banu dans la postface de « Théâtre écorché » qui rassemble des entretiens donnés par Warlikowski.
Fou de Shakespeare, affrontant Koltès, Kane, Mishima, son itinéraire théâtral est stupéfiant, offrant aux auteurs des perspectives actuelles sans jamais tenter d’«actualiser» leurs propos : « Koltès, avant Shakespeare, m’a tenu la main au moment où je commençais à faire du théâtre . avec lui, je me suis dit qu’il fallait que j’essaie d’abord de me comprendre, de comprendre ma sexualité, de comprendre pourquoi j’ai quitté mon pays, pourquoi je suis revenu dans mon pays… Il m’a aidé à faire un travail artistique qui me ressemblait sans avoir peur de m’exposer. Ce fut un soulèvement pour moi, et j’ai pu utiliser mon énergie profonde, l’accepter, la respecter. Il fallait que je sois violemment moi, passionnément moi dans ma pratique artistique…. »

Théâtre écorché, ouvrage conçu et réalisé par Piotr Gruszczynski. Postface de Georges Banu, Actes Sud, le temps du théâtre, 2007

Angels in America, Tony Kushner, Krzysztof Warlikowski, en tournée en France (Paris, Toulouse).

Parsifal, Wagner, Opéra Paris Bastille, 4 – 23 mars 2008.

Robert Lepage l’illusionniste

Mardi 25 décembre 2007

A quoi reconnaît-on un metteur en scène international ? Sans doute à ses invités. Vendredi soir, au Théâtre national de Chaillot, à quelques mois de sa transformation en temple parisien de la danse contemporaine sur injonction spéciale de Mme Albanel, James Thierrée, petit-fils de l’illustre Charles Chaplin, metteur en scène de talent (somptueuse « Symphonie du hanneton ») et acteur sympathique (« 18 ans après », « Ce que mes yeux ont vu »), profil de famille et allure d’éternel étudiant, lacets défaits, chaussures de gavroche, malgré le cheveu en début de poivre et sel, et un peu plus loin, la délicate Laura Morante (« La chambre du fils » de Nanni Moretti), manteau d’un beau bronze et pantalon navy oversize, attendaient leurs invitations au contrôle…
C’est que Robert Lepage, homme de théâtre québécois à la réputation mondiale, présentait son « Projet Andersen ». Un événement à déplacer les foules. Le spectacle, aux prodigieux effets scéniques, était pourtant loin de mériter les enthousiasmes que j’avais entendus ou lus ces derniers jours – à croire que les critiques n’avaient pas vu le spectacle et s’en tenaient à sa renommée…
Ce « projet Andersen », alors ? Une comédie boulevardière suivant un librettiste québécois, compliqué en amour, venu en France écrire le livret d’un opéra adapté d’un conte du danois Andersen… Moquerie basse sur les institutions culturelles franco-européennes, peep-show et blagues de comptoir sur qui promène son chien au bois de Boulogne font le lot de ce long spectacle (2h10). La magie Lepage ? Elle opère dix minutes lorsqu’elle se met au service d’un autre conte d’Andersen qu’un des personnages, interprétés par Yves Jacques, raconte à sa petite fille. Il y est question d’ombre, de lumière et d’illusion… Tout en subtilité et finesse.

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© Théâtre national de Chaillot

Le projet Andersen, Robert Lepage, Théâtre national de Chaillot (jusqu’au 28 décembre)