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Yves Saint-Laurent et les faiseurs de feu

7 janvier 2002. Midi pile… Yves Saint-Laurent, né à Oran en 1936, annonçait lors d’une conférence de presse dans les salons vert et or du 5, avenue Marceau – devenu depuis le siège de la Fondation Yves Saint-Laurent / Pierre Bergé – qu’il ferait ses adieux le 22 janvier lors d’un dernier défilé-rétrospective à Paris (photo). Il allait fêter le quarantième anniversaire de sa maison de haute couture. Je n’y étais pas, mais Marc V. m’avait raconté la foule, l’atmosphère poignante et l’émotion du couturier disant « adieu à ce métier qu’il aimait tant »… J’ai retrouvé hier le dossier de presse et le texte lu par Yves Saint-Laurent : « Tout homme pour vivre a besoin de fantômes esthétiques. Je les ai poursuivis, cherchés, traqués. Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J’ai connu la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de la dépression et celle des maisons de santé. De tout cela, un jour je suis sorti, ébloui mais dégrisé. Marcel Proust m’avait appris que « la magnifique et lamentable famille des nerveux est le sel de la terre ». J’ai, sans le savoir, fait partie de cette famille. C’est la mienne. Je n’ai pas choisi cette lignée fatale, pourtant c’est grâce à elle que je me suis élevé dans le ciel de la création, que j’ai côtoyé les faiseurs de feu dont parle Rimbaud, que je me suis trouvé, que j’ai compris que la rencontre la plus importante de la vie est la rencontre avec soi-même »

Octobre 2005… Je patiente sur l’esplanade du Théâtre Amandiers de Nanterre. C’est une des premières de Richard III, mise en scène par Philippe Calvario. Son manager, Olivier G., m’a gentiment invité. Une berline imposante s’arrête sur le parking. Les portières claquent, deux beaux garçons, très endimanchés, en sortent. A l’arrière, Monsieur Saint-Laurent s’extraie un peu péniblement de l’auto. Je suis tétanisé de le voir ainsi, à quelques mètres de moi. Un vieux lion, massif, un peu voûté que je ne peux quitter des yeux. Ils disparaissent bientôt dans le hall du théâtre et rejoignent les coulisses. Dans la salle, je cherche Saint-Laurent des yeux. Invisible. A l’entracte, je me rends compte qu’il se tient à plusieurs rangs au-dessus de moi. Il ne quitte pas la salle, posant son regard sur les gens qui vont et viennent, tandis que Claire Chazal, radieuse et raide amoureuse de son Torreton, salue ses nombreux amis…

Décembre 2007… Cette photographie dans « Point de vue » qui me fait penser au dernier autoportrait de Robert Mapplethorpe, émacié par le sida, brandissant une canne, ornée d’un pommeau en forme de crâne. Ma peine, aussi, à ne pas retrouver la trace d’une très belle interview entendue à la radio. De sa voix étrange, dans mon souvenir, Saint-Laurent lâchait en fin d’émission sa devise, héritée des Noailles : « plus d’honneur au singulier que d’honneurs au pluriel ».…

Une réponse à “Yves Saint-Laurent et les faiseurs de feu”

  1. sylvie dit :

    bonjour,
    je viens de tomber sur votre blog par le hasard de google et d’un mot-clé auquel votre site « collait »
    juste ici pour vous dire que le magnifique portrait de saint laurent est passé sur arte vendredi dernier, et que la devise y figure.
    il ne vous reste que 9h pour le visionner sur arte + 7
    sinon je crois qu’il est vendu en dvd sur la boutique d’arte
    bonne continuation à vous…
    sylvie

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