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Archive pour 18 décembre 2007

J’aurais voulu…

Mardi 18 décembre 2007

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© Hervé Guibert, La machine à écrire

Les Editions Gallimard annoncent pour le 21 février 2008 la publication des « Articles intrépides », recueil des articles d’Hervé Guibert (photo) parus dans la presse. J’y reviendrai dans les semaines à venir, mais dès cette annonce, recommencent le vertige et l’attente des derniers mots à lire d’Hervé Guibert. Après ce recueil, sans doute plus rien… ou peut-être encore la correspondance d’Hervé Guibert et d’Eugène Savitzkaya. Une attente toujours renouvelée, la promesse d’une passion qui ne s’achèvera, je rêve, jamais…
Dans le même ordre de passion, lire le texte de Marie Darrieussecq « Le fantôme Guibert » dans la livraison hivernale de « Senso », le journal chic d’Olivier Barrot. Son texte commence ainsi : « J’aurais voulu connaître Hervé Guibert. Ou plutôt, j’aurais juste aimé le croiser. ». Moi aussi.

Senso, le magazine des plaisirs et des mots, n° 29, hiver 2007 (en kiosque).

Cinéma direct

Mardi 18 décembre 2007

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C’est à l’honneur de la République française d’accorder un régime de semi-liberté à Jean-Marc Rouillan, cofondateur d’Action Directe, reconnu coupable de « complicités d’assassinats » du général René Audran en 1985 et du pdg de Renault Georges Besse en 1986 portant « un coup décisif… aux forces de la répression bourgeoise » (sic). Et ce bien que son « renoncement à la lutte armée » soit prononcé mezzo voce. La République est forte quand elle applique ses grands principes à ses propres ennemis.
A lire les échos dans la presse, à chercher des archives, on s’étonne du silence assourdissant qui règne en France sur cette dramatique aventure terroriste. Si les partis politiques de gauche se sont heureusement tenus à distance de ces « gauchistes extrémistes » avant de réclamer pour « raisons humanitaires » leur semi-liberté, peu de fictions, quelques documentaires se sont emparés de cette dérive sanglante et imbécile de Mai-68.
On pense alors au nouveau cinéma italien capable d’aligner, dans un salutaire mouvement cathartique, une petite dizaine de films importants (« Romanzo Criminale »(photo), « Mon frère est fils unique », « Nos meilleures années », « La seconda volta », « Buongirno notte ») sur les Brigades rouges.
Un tel désintérêt intellectuel pour ces « années de plomb » à la française ferait-il mieux comprendre la polémique née à l’arrestation de l’écrivain Cesare Battisti et la complaisance des amis de Fred Vargas à l’époque ?

Soutiens directs, Raphaëlle Bacqué, in Le Monde, 9 décembre 07, p. 16.

Dazy, Ruby, Nooka et quelques autres…

Mardi 18 décembre 2007

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« You and I / both seventeen / sparkling, bubbling / king and queen » nous serine Arielle Dombasle en promotion de son nouveau DVD « Arielle au Crazy Horse ». La ravissante idiote sait faire son intéressante. Peut-être une des seules artistes françaises à pratiquer avec succès l’ « entertainment », touche-à-tout inspirée, bien épaulée par les réseaux de son philosophe de mari…
Arielle a désormais quitté l’affiche du Crazy Horse, après moults rappels et s’en retourne sur les plateaux de télévisions vendre ses charmes abandonnant à leur anonymat ses amies Dazy Blu, Ruby Chromatic, Nooka Karamel, Alexa Phocea et la délicate Douchka Opaline qui en profitent pour se dévoiler en couverture et dans les pages du magazine « Danser ». On y apprend sous la plume d’Agnès Izrine et Laurent Goumarre que les « Crazy girls ont la tête bien pleine, des diplômes, et pour beaucoup, une formation ultra pointue en danse classique ».
A se souvenir du show vu il y a quelques années dans le célèbre cabaret de l’avenue Georges V, on n’en doute pas une seconde. Elégance des poses, numéros intemporels de balançoire et de cage, uniformes et bijoux de pacotille, vertiges des lumières caressant les peaux, plastique impeccable et sévèrement calibrée, voix off porno-chic un rien languide, tintement de coupes de champagne dans la pénombre du petit théâtre aux fauteuils rouges… Pour que Paris reste à jamais Paris !

Danser, décembre 2007 (en kiosque).

Robert Plagnol : l’équipée malaise

Mardi 18 décembre 2007

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© Manufacture des Abbesses

« Ramenez le drap sur vos yeux / Entrez dans le rêve / Reprendre la vie des autres / On l’a laissée quand le jour s’achève / Voir les couleurs voir les formes / Enfin marcher pendant que les autres dorment… »…
J’écoute Gérard Manset dans le train vers Brive-la-Gaillarde et je repense à ce spectacle étrange « Thomas Chagrin » vu ce samedi. A l’affiche un trio attirant : Gilbert Désveaux à la mise en scène, Jean-Marie Besset (inoubliable « Commentaire d’amour ») à l’adaptation et l’élégant Robert Plagnol seul en scène.
Robert Plagnol, vu dans des films qualité France (Le Secret, Michou d’Auber, Les Poupées russes) donne ici la mesure de son talent, immense, dans une pièce folle à lier. Il est question de souvenirs d’enfance, de chien, de cheval malade du sida, de femme aimée mais perdue, de rêves mouillés – de magie, aussi. Comme le comédien, on se frotte les yeux, on perd le fil, on le retrouve, on rit de ce Thomas furieusement atrabilaire, de ses méchantes adresses au public. Un cauchemar de misanthropie.

« Thomas Chagrin », de Willl Eno, Manufacture des Abbesses, Paris 18, jusqu’au janvier. Durée : 1h10.
Gérard Manset, « Entrez dans le rêve », album « Lumières ».

Les trésors de Valentina Paloma Pinault

Mardi 18 décembre 2007

On découvrait, ces jours derniers, les premières photos de la dernière héritière de l’empire Pinault, Valentina-Paloma, fruit des amours de François-Henri Pinault et de la comédienne Salma Hayek.
La rencontre, largement commentée, avait eu lieu à l’inauguration du Pinault-Palazzo Grassi de Venise, premier abri de la collection d’art contemporain du père François avant qu’elle ne puisse se déployer majestueusement et à la barbe des Guggenheim, dans le bâtiment restauré de la pointe de la Douane de mer.
Connaît-elle déjà, little Valentina, dans sa robe Bonpoint, l’état de sa fortune ? Nous, oui, à découvrir la formidable exposition « Passage du temps » de François Pinault Foundation au Tri postal à Lille.
Saisi dès l’entrée par les néons colorés de Dan Flavin, l’estimation des biens se poursuit par une série de portraits rares de Cindy Sherman, un Gilbert and George idéal («Drinking sculpture »). A l’étage, plusieurs Fischli & Weiss nous épuisent un peu, mais les Pierre & Gilles sont de premiers choix (Sylvie Vartan gelée, Marie-France bleu blanc rouge) comme le Dominique Gonzalez-Foerster (« Interiorisme »), le Paul Pfeiffer (Self-portrait as a fountain), le Douglas Gordon (« Through a looking glass » avec le De Niro de Taxi-Driver en double-vision !) et plus encore le Francesco Vezzoli (Marlene redux, beaucoup mieux que « Democrazy » avec BHL et Sharon Stone vu en juin à la Biennale de Venise).
Dernier étage comme le septième ciel : le lion et les sangliers d’Adel Abdessemed, les deux Kendell Geers (dont 48 hours, mur d’autres lamentations) et une salle entière consacrée à une installation de vidéos de Bill Viola (« Going forth by day, the voyage), une variation captivante sur le passage du temps – la naissance et la mort, le rituel, l’eau, le rêve…
De tout cela, que dit grand-père François ? « Je crois en l’art et la culture comme des facteurs importants de dialogue, de tolérance et de cohésion sociale… L’art est une forme de communication, de lien entre les hommes. ». Tout juste.

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« Passage du temps », Tri postal, Lille, jusqu’au 1er janvier 2008.

Turner light

Mardi 18 décembre 2007

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Londres, toujours. Dimanche, je quitte Paris à l’heure où le monde de la nuit s’échappe des boîtes, laissant les rues désertes à la belle lumière du matin. Deux heures vingt plus tard, j’arrive à St-Pancras International. Nouvelle gare Eurostar : murs anciens et galerie de verre. Dictature encore de la transparence…
Mais Londres comme je l’aime. En cavalcade. Un métro, une exposition. La Tate Britain présente une rétrospective des Turner Prize, les prestigieux Prix récompensant des artistes britanniques. Loin de notre pâle et hexagonal Prix Marcel Duchamp, le jury – tournant – du Turner Prize bat au « beat » de l’art résolument contemporain, polémique, fait des choix justes et injustes. Et son palmarès en dit long sur la nécessité d’un tel « mauvais esprit » : Wolfgang Tillmans, Gilbert and George, Simon Starling, Martin Creed, Rachel Whiteread, Damien Hirst, Douglas Gordon, Steve MacQueen, Anish Kapoor…
Certes, la scénographie de l’exposition, didactique à l’extrême, semble en contradiction avec cette attitude, mais elle a l’avantage de laisser toute sa place aux œuvres et renseigne opportunément sur l’actualité de l’année et les critiques qui ne manquent jamais à l’attribution du Prix. Ne pas manquer la « cabane de bois » de Simon Starling (photo)… Le 3 décembre dernier, le Turner Prize 07 a été attribué à Mark Wallinger, un étrange homme-ours, qui a reconstitué in-situ le campement d’un opposant à la guerre en Irak, près de Westminster. L’installation est visible à la Tate Liverpool. La polémique fait rage !

« Turner prize : a retrospective », Tate Britain, Londres, jusqu’au 6 janvier.