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Archive pour 15 décembre 2007

Des journées entières dans les arbres

Samedi 15 décembre 2007

Je gardais un bon souvenir de la rétrospective de Rineke Dijkstra au Jeu de Paume en 2004, de ses enfants et adolescents sortant de la mer, le regard un rien exténué de trop de vagues et de nage. Puis de ses photographies de soldats israéliens vues à Madrid au festival PhotoEspana 2004.
Je retrouve cet après-midi son regard à la Galerie Marian Goodman qui propose dix nouvelles photographies d’une série commencée en 2005 et intitulée « Park Portraits ». Et c’est un nouvel enchantement : de jeunes gens, en solitaire, par deux, par quatre, fixent l’objectif de la photographe néerlandaise (Sittard, Pays-Bas, 1959). Le décor a changé : Rineke Dijkstra les surprend dans des parcs d’Europe, de Chine ou des Etats-Unis. Ils ont en commun l’incertitude du passage d’un âge à un autre. Des « Ménines » contemporaines d’abord, ailes de fées dans le dos, corde à sauter dans les mains… Des adolescents, plus intéressants encore : des garçons efflanqués, duvet sombre en moustache, jambes poilues, tee-shirts et chemises trop larges, baskets aux pieds ; des filles mal fagotées, nombril dévoilé, ongles rongés, vernis et multicolores, colliers de bric et de broc, marguerite de plastique dans les cheveux… Ils traînent, passent le temps, confondant d’indécision et de désirs maladroits, aussi. Derrière eux, des parcs verdoyants, des étangs, des frondaisons où percent de belles lumières printanières. Ici, dans le cœur pourtant battant des villes, tout est tranquille.

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Rineke Dijkstra, Park Portraits, Marian Goodman Gallery, Paris (jusqu’au 19 janvier)

Le pays perdu

Samedi 15 décembre 2007

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© DR

Pas vraiment envie de commenter le spectacle de François Rancillac « Retour à la citadelle » joué jusqu’au 21 décembre au Théâtre des Abbesses. Sans inspiration. Lagarce comme s’il n’y était pas. Sans doute ce « retour à la citadelle » n’est pas son meilleur texte, mais les choix de mise en scène, lourdement illustrative, de François Rancillac, pourtant familier de l’univers de Jean-Luc Lagarce, frisent aussi le hors sujet. Seuls s’en sortent l’élégant et clownesque Olivier Achard dans le rôle de l’Intendant, et Martine Bertrand, dans celui de la Mère, sans qu’ils ne parviennent pourtant à convaincre totalement. Un plateau qui tourne, mais à vide…

En tournée jusqu’en mars 2008 à Dole, Vannes, Angoulême, Orléans, Saint-Nazaire, Meylan, Bourg-en-Bresse, Colombes, Belfort, Besançon.

Parti sans laisser d’adresse

Samedi 15 décembre 2007

Ca chauffe à la section PS du 3e arrondissement. Dans l’émotion de la constitution de la liste en vue des municipales, une militante, issue des rangs d’Act-Up, a traité un camarade de « sale pédé ». Depuis, c’est une avalanche de courriels qui vous arrive pour justifier avec maladresse l’ire de la délinquante (« entre homosexuels, on se parle comment cela… » On rêve) ou l’excommunier… La semaine dernière, c’était la dénomination de la section (Rosa Luxembourg ou Louise Michel ? On rêve toujours) qui donnait lieu à identique raz-de-marée… Rue Solférino, les derniers éléphants cachent, sous leur manteau poil de chameau, les chiffres calamiteux de réinscription des nouveaux militants (les fameux « 20 euros » de la présidentielle). Est-ce que cela étonne encore quelqu’un ?

Valérie, Pierre et les jeunes loups

Samedi 15 décembre 2007

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© Canal +

Elle en rêvait, les impeccables éditions Naïve l’ont fait… Après l’incandescent Gérard Philipe, Lambert Wilson et même Bill Clinton, Valérie Lemercier donne une nouvelle version du conte musical de Prokofiev « Pierre et le loup » sous la baguette enthousiaste de Tugan Sokhiev, le nouveau chef de l’Orchestre national du Capitole, dont le Tout-Toulouse est tombé sous le charme ossète…
Cela sonne un peu faux au départ, ce ton de gentille maîtresse d’école, appliquée, tant la voix de « la » Lemercier est associée à des fous rires (citons, pêle-mêle , « Milou en mai », « Le Derrière » mieux que « Palais royal », le déjeuner avec Sydney Pollack dans « Fauteuils d’orchestre » de Danièle Thompson, la « rabbi-Jacob dance » en hommage à Gérard Oury lors de la dernière cérémonie des Césars) et à cet étrange état de vague mélancolie à la sortie de son dernier one-woman-show des Folies Bergères. Puis, on s’y fait, entraîné par la ronde des instruments et l’heureux dénouement de cette petite histoire si bien connue. A la suite de ce « Pierre et le loup », quelques contes russes, tout aussi savoureux.

Les soucis de Sophie

Samedi 15 décembre 2007

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© Isabella Balena/WpN pour L’Express

Samedi de soleil d’hiver. Je renonce à la ruée vers les grands magasins. Avalanches de suppléments de quotidiens et d’hebdomadaires qui voudraient nous aider à trouver des cadeaux de fin d’année : Styles, Next, Hottes d’or et autres suppléments « Cadeaux », « Numérique » ou « Luxe ».
En les feuilletant avant de les jeter au panier, je tombe sur cette publicité pour le luxueux catalogue de Sophie Calle, édité par Actes Sud à l’occasion de la présentation de son exposition « Prenez soin de vous » au Pavillon français de la 52e Biennale de Venise :
 »J’ai reçu un mail de rupture. Je n’ai pas su répondre. C’était comme s’il ne m’était pas destiné. Il se terminait par les mots : “Prenez soin de vous”.
J’ai pris cette recommandation au pied de la lettre.
J’ai demandé à 107 femmes, choisies pour leur métier, d’interpréter la lettre sous un angle professionnel.
L’analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter. La disséquer. L’épuiser. Comprendre pour moi. Répondre à ma place.
Une façon de prendre le temps de rompre. À mon rythme.
Prendre soin de moi. »
Parti à Venise en juin dernier dans une toujours grande curiosité pour cette éternelle « faiseuse d’histoires», j’en étais sorti un peu consterné tant l’exposition était bavarde, répétitive et surtout effroyablement parisienne (« petit-milieu ») : choix rétréci des personnes invitées à commenter le mail (Ingrid Caven, Arielle Dombasle, Elsa Zylberstein), peu ou pas de traduction des longs commentaires des unes et des autres. Un travail livré en vrac, avec la complicité de Daniel Buren, à la vision du monde entier, qui ne manquerait pas de défiler au Pavillon français, après le Lion d’Or attribué en 2005 au « Casino » d’Annette Messager…
Pourtant, quelques mètres plus loin, dans le cadre de l’Exposition internationale « Think with the senses – Feel with the mind. Art in the present tense », Sophie Calle revenait nous jouer un sacré tour. Dans deux petites pièces, un court texte, une croûte sympathique d’un joli minois de femme et une vidéo. La captation paisible des derniers moments de sa mère, Rachel. Dans la crainte de ne pas les vivre, Sophie Calle, avec son accord, avait installé dans sa chambre une caméra pour la filmer. Dans ses treize minutes, on imagine la vie s’en aller sans en jamais saisir l’instant. Uns installation d’une émotion pure, sans trafic, ni commentaire qui de nouveau nous faisant défendre et admirer ce travail inlassable de dévoilement poussé à l’extrême.
Rentré de Venise, je fouillais dans mes archives pour retrouver le texte que Sophie Calle avait fait paraître, quelques jours après sa mort. Intrigué par sa taille et sa singularité dans le « Carnet » de Libération, je l’avais conservé.
Le voici : « Monique voulait voir la mer une dernière fois. Le mardi 31 janvier, nous sommes allées à Cabourg. Dernier voyage. Le lendemain, « pour partir avec de beaux pieds », dernière pédicure. Elle lu Ravel, de Jean Echenoz, dernier livre. Elle a élu le cimetière du Montparnasse comme adresse définitive, et en a profité pour maudire, une fois de plus, Suzanne S., qui occupe depuis peu, la fosse convoitée. Elle a organisé la cérémonie des obsèques, sa dernière fête. Elle a choisi sa robe de deuil. Pour sa pierre tombale, une photographie où elle grimace et comme épitaphe : « Je m’ennuie déjà ! ». Elle a entamé son ultime poème, il sera lu à l’enterrement. Ses dernières larmes ont coulé. Elle ne voulait pas mourir. Elle a remarqué que c’était la première fois de sa vie qu’elle n’était pas impatiente. Les jours précédant sa mort, elle répétait, sans cesse : « C’est bizarre », ou « C’est bête ». Elle a écouté son dernier morceau de musique, un concerto pour clarinette de Mozart. Elle avait programmé une date de décès : le 13 mars. Elle est morte le 15, à 15 heures. Elle souriait. Dernier mot : « souci ».
Sophie Calle, sa fille… vous annoncent la mort de Rachel-Monique SINDLER-CALLE-PAGLIERO-GONTHIER né un 21 mai.
Elle sera inhumée au cimetière du Montparnasse le mardi 21 mars, à 15 heures. 3 Bd Edgar-Quinet, entrée principale. »

Les nocturnes de Dick Annegarn

Samedi 15 décembre 2007

Le label « Tôt ou tard » nous fait un formidable cadeau en cette fin d’année en rassemblant dans un beau coffret trois albums mal connus du grand Flamand au regard triste, édités entre 1985 et 1990. Il était réapparu un jour de mars 98, belle photo de Mondino en couverture, pour un album lumineux « Approche-toi » (Tôt ou tard), annonciateur d’une réjouissante série d’albums (« Adieu verdure », « Un ombre », « Plouc ») et de concerts sensibles. Un nouveau compagnon de routes et de chansons, un autre bel irrégulier : « Il y a de l’or aux arbres / il y a du bleu au ciel / il y a du gout au miel… / je te nomme chevalier de la feuille d’or / c’est tout comme gentil-homme…».
C’était encore le chanteur oublié de « Bruxelles », cette chanson collante comme le sparadrap du capitaine Haddock, qu’il n’en pouvait plus de s’entendre réclamer à chacun de ses concerts et qu’il abandonne souvent dès le deuxième couplet ! Un succès comme par inadvertance pour une chanson qu’il doit sans doute aimer un peu moins que d’autres que le public n’a pas entendu.
Fuyant cette « Bruxelles » maudite, Dick Annegarn avait largué les amarres et s’était installé sur une péniche-café-boulangerie-épicerie sur la Marne, continuant d’écrire et de composer, loin des « foules sentimentales ». Quinze années de poème, sans le sou, et de « résonances de bateau, d’eau et de banlieue » que l’on redécouvre étincelantes ou troubles ces jours-ci sous le titre « Les années nocturnes ». Il est vivement recommandé d’aller faire un tour par ces nuits-là… Beauté du verbe, sons extraordinaires, chansons-fleuves, la boîte à secrets de Dick Annegarn, révélée à nous…

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© Dick Annegarn / DR