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Archive pour 6 décembre 2007

J’ai cru entendre « je t’aime »…

Jeudi 6 décembre 2007

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Jour de fête nationale en Finlande ! Sortant du train de Marseille, à quelques heures de l’avion pour Toulouse, je trouve le temps de passer à la FNAC Bastille pour acheter l’édition collector des « Chansons d’amour », le film de Christophe Honoré qui paraît en DVD. Sans conteste, son plus beau film, défait de ce maniérisme agaçant qui me faisait abandonner à mi-parcours ses précédents films (« Ma mère » surtout) ou ses livres « pour adultes » (« Scarborough », « Le livre pour enfants », Editions de l’Olivier) – alors que sa littérature pour enfants est un ravissement («Tout contre Léo », à découvrir de toute urgence à l’Ecole des Loisirs). Alors revoir une nouvelle fois ces « Chansons d’amour » dont je ne dirai jamais assez à quel point elles sont le reflet de ma génération, de nos amours, de la confusion voulue des genres et des solitudes, de notre confrontation mal-aisée avec la mort de nos proches. Film-chorale porté par la grâce de ses comédiens (Garrel, Hesme, Mastroianni, Sagnier, Roüan, et naturellement Leprince-Ringuet), un film est encore magnifié par les paroles et musique d’Alex Beaupain, écoutés en boucle depuis : « je suis beau, jeune et breton, je sens la pluie, l’océan et les crêpes au citron… »

A propos de samedi soir

Jeudi 6 décembre 2007

Guibert, toujours. Agathe Gaillard me précise ce matin par un message goguenard que c’est elle-même qui a rallumé la lumière samedi soir après l’écoute de la composition sonore de Matthieu Combetteg : « Serge, si vous avez vu une jeune femme rallumer les lumières, (moi) alors vous êtiez plus sous le charme que vous ne voulez le paraître… ». Je tiens aussi à préciser à Sarah Koné que je n’avais pas bu de champagne ce soir-là, filant derrière Philippe Mezescaze…
Toutes ces précisions me rappellent – toute modestie gardée – les péripéties d’un Guibert, envoyé spécial du Monde au festival de Venise, après une interview de Balthus, membre du jury cette année-là. Le peintre s’était laissé à des propos peu amènes sur les curateurs japonais d’une de ses récentes expositions, provoquant un véritable incident diplomatique. Il fallut publier dans le quotidien du soir plusieurs rectificatifs, du plus factuel au plus alambiqué, pour venir à bout de la susceptibilité japonaise… L’anecdote est à lire dans « L’homme au chapeau rouge » (Gallimard, 1992) – mais si vous vous plongez dans les « Monde » de l’époque, vous lirez avec gourmandise chacun des rectificatifs – donnant à l’affaire les ressorts d’un feuilleton assez cocasse !

Pour en savoir plus sur Matthieu Combetteg, le musicien a une page « myspace » très bien faite, où vous découvrirez son travail…

King Lear

Jeudi 6 décembre 2007

Un article du Monde lu il y a quelques jours me rappelle quelques souvenirs de Jean-Luc Godard. Fidèle au Centre André-Malraux de Francis Bueb, il participait aux Rencontres européennes du Livre de Sarajevo. Quelques années plus tard, il y tournera d’ailleurs un film « Notre musique ». Monologue du maître au fond d’un taxi dans Sarajevo, la nuit, le cigare légendaire aux lèvres. Présent comme perdu au milieu de ses contemporains, « mieux vaut toujours faire son devoir que son droit », disait-il, le sens de la formule toujours aussi aiguisé…
Aujourd’hui, Jean-Luc Godard se sent seul. « De plus en plus de films sortent en salles, mais il y a de moins en moins de cinéma ». Disparues l’atmosphère et l’émulation créatrice des années 50, finie la belle complicité avec les cinéastes, anciens des Cahiers du Cinéma, comme Rohmer ou Rivette, ratée la grande exposition rêvée par Dominique Païni à Beaubourg, plus que le tennis, un art qui se joue pourtant à deux, pour le réjouir… Il n’ira pas chercher à Berlin le Prix pour l’ensemble de son œuvre (« life achievement » en VO) de l’Académie du cinéma européen, présidée par Wim Wenders. « Les trois quarts des gens qui reçoivent aujourd’hui des Prix à Berlin n’utilisent la caméra que pour exister, et non pour voir quelque chose, que l’on verrait pas sans elle – de la même façon qu’un scientifique ne pourrait voir certaines choses sans son microscope, ou un astronome certaines étoiles sans son télescope », déclare-t-il dans l’hebdomadaire « Die Zeit », paru le 29 novembre.
Retour à Sarajevo… A l’aéroport, en attendant l’avion du retour, JLG s’isole, parcourt les livres que les écrivains invités n’ont pas manqué de lui dédicacer, se lève et disparaît sans mot dire. Philippe C., jeune journaliste à l’époque, retrouvera quelques minutes plus tard tous les livres dans la poubelle des toilettes de l’aéroport de Sarajevo…
De ces étonnantes journées à accompagner Jean-Luc Godard dans Sarajevo encore en ruines, je conserve tout de même une belle photographie de Sophie Bassouls et le scénario d’un film d’Anne-Marie Miéville, sa compagne, que je reçus de Suisse quelques jours après mon retour de Bosnie-Hervégovine…

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© Films Alain Sarde / DR

Notre musique, Jean-Luc Godard, 2004, (DVD Cahiers du Cinéma)
Après la réconciliation (scénario), Anne-Marie Miéville, Editions du Cahiers du Cinéma

Les cabines de bain

Jeudi 6 décembre 2007

Ce soir-là, Frédérique C. préféra la proximité du Théâtre de la Ville et l’élégance de Merce Cunningham à une virée dans les Hauts-de-Seine. Que c’est parfois loin, Nanterre, pour les « intellectuels artistiques » comme deux clochards pas bien célestes nous surnommèrent un soir de jubilation, bras dessus bras dessous, à la sortie d’un théâtre… Au téléphone, elle me racontera dans la nuit que le spectacle était très beau et qu’il lui fallut échanger son téléphone portable contre un i-Pod nano pour avoir la bande-son du spectacle dans les oreilles…
Aux Amandiers, on donnait donc « La seconde surprise de l’amour » de Marivaux (1727) dans une mise en scène de Luc Bondy. Plaisir de retrouver au bar ce cher Arnaud Laporte et sa bande de chroniqueurs de « Tout arrive », que l’on avait un peu perdu de vue. Arnaud aime son métier, l’antenne de France Culture à midi pétantes pour ce que Guibert appelait des « variétés culturelles » et ne s’en plaint jamais !
Sur scène, – on y arrive -, on annonçait avant l’été le duo enchanteur des « Chansons d’amour » de Christophe Honoré et des « Amants réguliers » de Philippe Garrel : Louis Garrel et Clotilde Hesme. Finalement, elle se présente seule aux côtés d’une distribution impeccable (Pascal Bongard, Roch Leibovici). Le spectacle, un marivaudage exquis, se déguste et vaut particulièrement pour la performance tout empruntée du Chevalier, interprété par Micha Lescot. C’est l’amour à la plage comme une charmante valse–hésitation de sentiments un soir d’été…

« La seconde surprise de l’amour » de Marivaux, par Luc Bondy, Théâtre des Amandiers, Nanterre (jusqu’au 21 décembre, puis en tournée en France).
« Tout arrive », par Arnaud Laporte, France Culture, du lundi au vendredi, à 12h00.